Komla YAWO
Les incendies en RDC prennent une dimension de plus en plus préoccupante. Quelques jours après l'incendie meurtrier de la salle Panacée à Kinshasa, qui a conduit les autorités à annoncer un contrôle généralisé des salles de fêtes, un nouveau drame frappe le pays. À Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo, au moins 27 enfants ont péri jeudi 10 septembre dans un incendie ayant atteint deux établissements scolaires. Au-delà de l'émotion, cette succession de catastrophes pose une question urgente; que se passe-t-il avec les incendies en RDC et pourquoi les mesures de prévention semblent-elles toujours intervenir après les drames ?
Les incendies en RDC, une succession de drames qui interrogeLe scénario de Bukavu est particulièrement tragique. Le feu, parti selon les premiers témoignages d'habitations voisines, s'est rapidement propagé dans une zone où les constructions en bois sont nombreuses et très rapprochées. Deux complexes scolaires ont été touchés alors que les élèves étaient en plein cours.
Pris de panique, les enfants ont tenté de fuir. Mais dans la bousculade, plusieurs ont été piétinés. La majorité des victimes seraient de jeunes filles âgées de 6 à 14 ans. Le bilan provisoire fait également état d'une trentaine de blessés, tandis que de nombreuses familles ont perdu leur logement dans les flammes.
Ce drame intervient dans un contexte déjà marqué par plusieurs incendies. Il y a quelques jours, le marché principal de Kadutu avait lui aussi été ravagé par le feu. À Bukavu, un autre incendie s'est déclaré jeudi dans le quartier de Cimpunda, détruisant des dizaines d'habitations.
À Kinshasa, l'incendie meurtrier de la salle Panacée avait déjà provoqué une vive émotion et poussé les autorités à annoncer des mesures de contrôle des salles de fêtes. Mais l'incendie de Bukavu rappelle brutalement que le problème dépasse les seuls lieux de divertissement.
Un problème structurel de prévention et de secoursLa multiplication de ces sinistres révèle surtout les fragilités de la prévention. Dans plusieurs villes de RDC, les quartiers connaissent une urbanisation rapide et souvent peu maîtrisée. Les maisons sont parfois construites les unes contre les autres, avec des voies d'accès étroites qui compliquent l'intervention des secours.
Dans les zones populaires, la présence de nombreuses habitations en matériaux inflammables augmente également la vitesse de propagation du feu. À cela s'ajoutent les risques liés aux installations électriques défectueuses ou aux raccordements anarchiques.
Mais le véritable problème est aussi celui des moyens disponibles. Face à un incendie, chaque minute compte. Or, lorsque les services de secours manquent d'engins adaptés, d'eau, d'équipements ou d'un accès rapide aux zones sinistrées, un feu qui aurait pu être maîtrisé devient rapidement une catastrophe humaine.
Le drame de Bukavu soulève aussi la question de la sécurité dans les écoles. Les établissements accueillant des centaines d'enfants devraient disposer de sorties de secours clairement identifiées, d'exercices d'évacuation et de dispositifs permettant d'éviter les mouvements de panique. Car, dans ce cas précis, les flammes ne sont pas seules responsables du lourd bilan; la bousculade lors de la fuite a également été meurtrière.
Après Panacée et Bukavu, passer des réactions à la préventionLes autorités congolaises se retrouvent désormais face à un défi plus large; passer d'une gestion de crise à une véritable politique nationale de prévention des incendies.
L'annonce de contrôles après le drame de Panacée était une première réponse. Mais la tragédie de Bukavu montre qu'une stratégie limitée à certains établissements ne suffira pas. Les salles de fêtes, marchés, écoles, quartiers densément peuplés et bâtiments publics sont tous concernés par le risque.
L'enjeu est donc d'anticiper plutôt que d'attendre le prochain drame. Il s'agit ainsi de renforcer les services de lutte contre les incendies, de contrôler les installations électriques, d'imposer des normes de sécurité, d'améliorer l'accessibilité des quartiers et de sensibiliser les populations aux premiers réflexes face au feu.
Les incendies en RDC ne peuvent plus être considérés comme de simples faits divers isolés. Entre Kinshasa et Bukavu, leur répétition met en lumière une urgence nationale; celle de protéger les populations avant que les flammes ne transforment une nouvelle fois des lieux de vie, d'apprentissage ou de rassemblement en scènes de deuil.
