🌎 11/09/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min 12 #326363

Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections - Les États-Unis « construisent la démocratie » au Venezuela

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Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections

Leonid Savin

Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela

Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.

Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.

Selon le prix de référence fixé à 65 dollars le baril — bien que le cours en vigueur au moment de la conclusion de l'accord ait été de 88 dollars —, le Venezuela ne recevra des États-Unis que 19 dollars par baril. L'accord porte sur 17 zones d'extraction, dont le lac Maracaibo et des gisements jusque-là inexploités situés près du lit de l'Orénoque.

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Des investissements américains d'un montant de 100 milliards de dollars seront mobilisés pour moderniser les infrastructures. Caracas présente cette opération comme manifestement avantageuse, puisque le budget national devrait, prétendument, en tirer 200 milliards de dollars de recettes.

La Chine a réagi avec une inquiétude manifeste, déclarant que ses intérêts devaient, eux aussi, être pris en considération — en premier lieu les prêts accordés auparavant ainsi que l'aide financière fournie en échange de pétrole.

Les chavistes et leurs partisans dans d'autres pays d'Amérique latine ont vivement critiqué l'accord, le qualifiant de nouvelle étape vers la perte de souveraineté. Ils ont toutefois ajouté qu'il était encore possible de revenir en arrière.

La question ne doit pas être envisagée uniquement comme un contrat entre deux États, mais dans une perspective beaucoup plus large, aussi bien dans le contexte de la géopolitique pétrolière que dans celui des dynamiques régionales. En effet, depuis l'enlèvement du président légitime Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier, des événements radicalement contraires à l'esprit du chavisme et manifestement dirigés contre la souveraineté du Venezuela se sont produits.

Le premier accord avec les États-Unis avait déjà été signé le 21 janvier et concernait lui aussi les livraisons de pétrole. Dans le même temps, Washington avait interdit toute vente à d'autres pays. Le 30 janvier, la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a annoncé une amnistie pour toutes les personnes qui s'étaient opposées au pouvoir de l'État depuis 1999, c'est-à-dire depuis l'accession d'Hugo Chávez à la présidence de la République.

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En février, les conseillers cubains et le personnel médical cubain ont quitté le Venezuela. Les livraisons humanitaires de pétrole à l'île ont été interrompues, ce qui a considérablement aggravé la crise énergétique à Cuba. En mai, le Venezuela a extradé vers les États-Unis Alex Saab, qui avait pendant de nombreuses années contribué à contourner les sanctions imposées par l'Occident et avait occupé un poste ministériel.

Il importe de noter que, lorsque son arrestation a été rendue publique, les représentants du pouvoir ont opposé un silence de mort aux demandes d'information, tandis que ceux qui continuaient de soutenir le gouvernement affirmaient qu'il ne s'agissait que de rumeurs absurdes.

En juillet, après le tremblement de terre, du personnel militaire et technique venu des États-Unis et d'Israël est arrivé dans le pays. Les dirigeants vénézuéliens ne parlent plus de soutien à la Palestine.

À la place, le rétablissement des relations avec Israël a été annoncé. La coopération avec l'Iran a, de fait, cessé. Rappelons qu'Hugo Chávez qualifiait les liens avec la République islamique d'«Axe du Bien», opposé à l'«Empire du Mal», c'est-à-dire aux États-Unis.

Presque simultanément à l'annonce de cet accord et à son approbation par l'Assemblée nationale du Venezuela, Donald Trump et Delcy Rodríguez ont déclaré qu'il était encore trop tôt pour organiser des élections au Venezuela.

De toute évidence, Washington se satisfait pleinement d'un régime aussi docile. On peut s'attendre à ce que soit ensuite formulée l'exigence d'installer des bases militaires sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, ce qui nécessiterait de modifier la Constitution de la République.

Rodríguez comprend, quant à elle, qu'elle a peu de chances de rester au pouvoir après un scrutin, puisque ses actes discréditent entièrement l'héritage de Chávez et de Maduro. Qui plus est, si l'opposition obtenait la majorité, l'actuelle cheffe de l'État par intérim et plusieurs autres membres de l'establishment pourraient se retrouver sur le banc des accusés.

Les déclarations selon lesquelles le pays ne serait pas prêt à organiser de nouvelles élections semblent donc être le résultat d'une entente entre la Maison-Blanche et les autorités vénézuéliennes. Si Washington compte réaliser de nouvelles acquisitions dans le cadre de sa nouvelle politique étrangère, qui définit l'ensemble de l'Amérique latine comme une zone d'intérêts directs des États-Unis, Caracas est, pour sa part, dominée par la crainte très prosaïque de perdre le pouvoir.

C'est d'ailleurs pour cette raison que Rodríguez retarde également l'exécution de plusieurs exigences américaines, notamment celles concernant la libération de prisonniers. Elle doit conserver des atouts pour de futures négociations.

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S'agissant de la géopolitique pétrolière, le facteur iranien a manifestement joué lui aussi un rôle. Le projet initial des Américains visant à vaincre la République islamique et à prendre le contrôle des ressources de ce pays a échoué.

De plus, la navigation dans le détroit d'Ormuz, qui constitue la principale voie d'acheminement des hydrocarbures provenant des pays du golfe Persique, demeure paralysée.

Trump tente donc de réorganiser les actifs pétroliers, tout en escomptant des dividendes politiques à la veille des élections au Congrès américain. En contrôlant les vastes réserves pétrolières du Venezuela, Washington disposera de moyens de pression indirects sur les pays qui ont besoin de ce pétrole.

Il n'est pas anodin que le secrétaire d'État Marco Rubio ait été soutenu par la compagnie pétrolière ExxonMobil lors de précédentes élections au Congrès et qu'il en soit un lobbyiste déclaré. C'est également lui qui, dans les faits, dirige Delcy Rodríguez à distance par l'intermédiaire d'une messagerie et interdit à plusieurs figures majeures de l'opposition de retourner au Venezuela.

Étant donné que les autres pays voisins également fournisseurs de pétrole — la Colombie, l'Équateur et le Guyana — suivent eux aussi le sillage de Washington, la Maison-Blanche pourrait consolider ces actifs. Outre le facteur pétrolier, le département d'État exploite activement les questions de sécurité dans la région. Il serait par conséquent possible de constituer une sorte de bloc placé sous le contrôle des États-Unis, séparant l'Amérique centrale des pays andins et de l'Amazonie.

Une telle restructuration aura manifestement des répercussions sur la géopolitique de la région, laquelle, en raison des ingérences extérieures, ne parvient toujours pas à mener une intégration conforme à ses propres intérêts, alors même que des institutions officielles telles que la CELAC, l'UNASUR et le MERCOSUR existent depuis longtemps.

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Toutefois, de nombreux obstacles pourraient contrarier les projets à long terme de Washington, qui rêve d'une «Grande Colombie» placée sous son contrôle. Ce n'est pas un hasard si la Maison-Blanche redoute à ce point la tenue d'élections au Venezuela, pays qui nécessite par ailleurs des injections financières colossales. Ce n'est pas non plus sans raison que plusieurs investisseurs ne se pressent pas d'entrer sur le marché de cette république instable — notamment du fait des actions des États-Unis —, où la situation pourrait à tout moment connaître une nouvelle aggravation radicale.

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