📑 13/09/2026 chroniquepalestine.com  8min 18 #326454

Asie de l'Ouest : une longue série de revers pour les Etats-Unis

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Les pertes subies par l'aviation américaine dans le conflit avec l'Iran sapent les déclarations annonçant une victoire imminente des États-Unis et accentuent leur enlisement dans une guerre dont ils n'arrivent plus à s'extraire - Photo : Réseaux sociaux

Par  Ramzy Baroud

Le gouvernement US continue de camper sur ses positions, alors même que son entêtement lui coûte cher - non seulement en termes  matériels, mais aussi en termes d'influence géopolitique. Washington perd rapidement son pouvoir et son prestige en Asie de l'Ouest, un déclin qui pourrait entraîner un effet domino de grande ampleur, avec des répercussions dans le monde entier.

La dernière manifestation de cette arrogance est venue du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent. S'exprimant lors d'une réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, en Caroline du Nord, le 1er septembre, Bessent a  déclaré que d'ici deux ans, le détroit d'Ormuz deviendrait "une pièce d'eau sans valeur", le pétrole étant alors acheminé par des oléoducs terrestres.

Bessent promeut désormais un nouveau discours qui déplace l'accent de la guerre militaire vers une guerre économique. Dans un  article publié le 23 août dans le Financial Times, il a annoncé qu'"un J-Day économique se profile pour l'Iran", menaçant les pays qui continuent de commercer avec Téhéran de graves conséquences économiques.

Cela ressemble moins à une stratégie sérieuse de politique étrangère qu'à un aveu de l'incapacité de Washington à modifier le cours de la guerre en cours.

Deux écoles de pensée dominantes ont émergé pour expliquer comment Washington s'est retrouvé empêtré dans cette situation.

La première, largement relayée par certains médias américains ainsi que d'anciens responsables et des commandants militaires à la retraite, soutient que la guerre contre l'Iran était une erreur dès le départ et que Washington ne disposait pas de la préparation militaire et logistique nécessaire pour la mener.

La deuxième explication place l'Iran au centre. Elle soutient que Washington a fondamentalement sous-estimé les capacités militaires, la force de la structure politique et l'influence régionale de l'Iran, traitant ce pays comme s'il s'agissait d'un autre  Venezuela que l'on pouvait dompter par des sanctions, des menaces et une pression militaire limitée.

Ces deux explications contiennent une part de vérité. Aucune d'entre elles n'offre toutefois la compréhension plus approfondie, moins défensive et davantage ancrée dans l'histoire, nécessaire pour expliquer l'ampleur de l'échec américain actuel.

 John J. Mearsheimer, éminent politologue américain et spécialiste des relations internationales, figure parmi les critiques les plus audacieux de la guerre menée par les États-Unis.

"Trump est pris au piège et n'a aucune issue", a  déclaré Mearsheimer le 15 juillet, réitérant un argument qu'il n'avait cessé d'avancer depuis le début de la guerre. "Tout cela pour dire que la décision d'attaquer l'Iran le 28 février 2026 est l'une des plus grandes erreurs de l'histoire de la politique étrangère américaine", a-t-il ajouté.

Mearsheimer, à l'instar de Jeffrey Sachs, Scott Ritter et d'autres voix américaines critiques, analyse souvent - et de manière compréhensible - ces "grandes erreurs" dans une perspective centrée sur les États-Unis.

Pour des millions de personnes au Moyen-Orient, cependant, cette analyse collective n'est pas un exercice intellectuel ou stratégique. Elle décrit leur réalité quotidienne. Elles ont vécu ces erreurs de calcul catastrophiques et ont payé le prix humain de l'intransigeance, du militarisme et de l'échec politique des États-Unis.

L'histoire de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient offre d'innombrables exemples de ce schéma destructeur. Le soutien de Washington à Israël - la plus grande force déstabilisatrice de la région - reste l'exemple le plus marquant.

Les  Palestiniens, les  Libanais, les  Syriens et les autres peuples de la région n'ont pas besoin d'un nouveau cadre stratégique pour parvenir à une conclusion similaire à celle de Mearsheimer.

Ils ont directement subi les conséquences de la puissance américaine : guerres, invasions, occupations, sanctions, ingérence politique et  soutien inconditionnel à Israël.

Les États-Unis ont également établi un bilan désastreux avec leur invasion et leur  occupation de l' Irak. Ils ont réussi à renverser le gouvernement de Saddam Hussein en 2003, mais ont échoué de manière catastrophique à gouverner le pays, à le stabiliser ou à restructurer la région selon la "vision" qu'ils avaient proclamée.

Le résultat n'a pas été un nouvel ordre américain, mais la dévastation de l'Irak, une instabilité prolongée et la montée en puissance de forces politiques que Washington n'avait ni anticipées ni maîtrisées.

Les alliés occidentaux de Washington ont également été entraînés dans ce qu'on a  appelé le "bourbier irakien", payant un lourd tribut politique, militaire et financier pour une guerre dont les prémisses se sont révélées fausses et dont les conséquences restent sans solution.

Naturellement, ces anciens partenaires ne sont guère enclins à participer à une guerre bien plus vaste et potentiellement plus destructrice contre l'Iran pour une durée indéterminée - d'autant plus que la crise est gérée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu, deux dirigeants profondément impopulaires et incontrôlables.

Mais l'Asie de l'Ouesta changé. Les États de la région disposent désormais d'une plus grande autonomie politique, d'alliances plus diversifiées et ont bien plus à perdre qu'en 2003. Ils n'évoluent plus au sein d'un ordre régional où Washington représente le seul centre de pouvoir mondial significatif.

La récente visite du président chinois Xi Jinping en Égypte en est l'un des nombreux exemples. "Nous devons défendre le principe selon lequel les peuples de l'Asie de l'Ouest sont maîtres de leurs propres affaires", a  déclaré Xi lors de sa rencontre du 2 septembre avec le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi. Il a également exhorté les pays à s'opposer à toute "ingérence extérieure" et à renforcer le dialogue régional sur la paix et la sécurité.

À l'instar de l'Égypte, d'autres puissances régionales diversifient de la même manière leurs partenariats plutôt que de compter exclusivement sur Washington.

Les principaux dirigeants du Moyen-Orient comprennent qu'une guerre prolongée contre l'Iran ne resterait pas confinée à ce pays. Elle pourrait déstabiliser toute la région, dévaster les économies et les infrastructures, détruire les voies d'approvisionnement énergétiques vitales et engendrer des guerres en chaîne dont les conséquences pourraient perdurer pendant des décennies.

Cela nous amène à Israël. Historiquement pierre angulaire de la stratégie américaine dans la région, Israël est lui-même considérablement affaibli. Il est sous  forte pression sur le plan militaire,  fragmenté sur le plan politique, divisé sur le plan social et incapable de mener à bien de manière décisive aucune des guerres qu'il a déclenchées, malgré les déclarations de victoire répétées de Netanyahu.

La situation difficile dans laquelle se trouve actuellement Washington ne peut donc pas s'expliquer uniquement par des arsenaux épuisés, une mauvaise planification militaire, l'impulsivité de Trump ou les manœuvres de Netanyahu. Elle ne peut pas non plus être comprise simplement comme le résultat d'une sous-estimation de l'Iran.

L'échec le plus patent réside dans la tentative de Washington d'imposer un modèle dépassé de domination régionale - et mondiale - dans un environnement qui a profondément changé.

9 septembre 2026 -  Middle East Monitor - Traduction :  Chronique de Palestine - Lotfallah

* Dr Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de  Palestine Chronicle. Il est l'auteur de six ouvrages. Son dernier livre, coédité avec Ilan Pappé, s'intitule " Our Vision for Liberation : Engaged Palestinian Leaders and Intellectuals Speak out" ( version française). Parmi ses autres livres figurent " These Chains Will Be Broken: Palestinian Stories of Struggle and Defiance in Israeli Prisons", " My Father was a Freedom Fighter" ( version française), " The Last Earth" et " The Second Palestinian Intifada" ( version française) Son dernier livre, " Before the Flood", a été publié par Seven Stories Press. Dr Ramzy Baroud est chercheur principal non résident au Centre for Islam and Global Affairs ( CIGA). Son  site web.

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