
Par Chris Hedges, le 12 septembre 2026
Notre expansion impériale excessive a commencé il y a 25 ans avec la "guerre contre le terrorisme". Elle tire aujourd'hui sa sinistre conclusion avec la guerre de Donald Trump contre l'Iran.
Donald Trump, dont la guerre contre l'Iran constitue la pire erreur stratégique de l'histoire des États-Unis, n'est pas responsable du déclin de l'Empire américain, mais il est responsable de son issue fatale.
C'est la fin.
Les bases américaines du golfe Persique, riche en pétrole, ont été endommagées ou détruites et je pense qu'elles ne seront pas reconstruites. Nos alliés, même en Europe, nous tournent le dos. La décadence et la dépravation de la société américaine, incarnées par la vulgarité, l'ignorance stupéfiante et la perversité de Trump, sont les traits caractéristiques de l'Empire. Les pays du Sud, profondément choqués par le mépris flagrant de l'Empire pour le droit international humanitaire - notamment en participant au génocide à Gaza -, nous considèrent comme des ennemis. La prison d'Abu Ghraib a peut-être disparu de nos consciences, mais pour le reste du monde, ses images de soldats et de sous-traitants américains humiliant et torturant sadiquement des Irakiens emprisonnés ont remplacé la version "Disney" de l'Amérique que nous exportions autrefois. La guerre contre l'Iran, qui a perturbé l'approvisionnement mondial en pétrole, est en train de pousser rapidement l'économie mondiale à la ruine.
Nous sommes en train de sombrer. Et nous en entraînerons plus d'un dans notre chute.
Oussama Ben Laden repose peut-être dans les profondeurs de la mer d'Arabie du Nord. Al-Qaïda n'est peut-être plus que l'ombre d'elle-même. Mais les rêves les plus chers de Ben Laden se sont réalisés ces vingt-cinq dernières années, conséquence des graves erreurs de calcul de l'Empire - ses milliards de dollars gaspillés dans des débâcles militaires et la montée en puissance de notre version d'Ubu Roi, Donald J. Trump.
Plutôt que de vaincre ses soi-disant ennemis, les États-Unis ont grossi leurs rangs. Ils sont, avec leur colonie Israël, les nations les plus décriées de la planète. Chaque progression de l'Iran dans sa guerre asymétrique contre l'Empire suscite l'enthousiasme aux quatre coins du monde.
Les défaites humiliantes, le détournement de ressources et au moins 8 000 milliards de dollars consacrés à mener une guerre après l'autre - qui ont coûté la vie à environ 4,5 à 4,8 millions de personnes - ont sonné le glas de l'Empire. Ses infrastructures s'effondrent. Ses institutions démocratiques sont impuissantes. Il survit grâce à une dette insoutenable de 40 000 milliards de dollars. Les joyaux de sa démocratie, notamment son système éducatif, ses élections équitables et sa presse libre, sont discrédités et dégradés.
Une population ouvrière abandonnée, paralysée par l'insécurité économique et par un gouvernement qui démantèle progressivement les programmes sociaux permettant aux plus démunis de garder la tête hors de l'eau, est soumise à une propagande censée lui faire croire que ce déclin manifeste est l'œuvre de traîtres et d'ennemis intérieurs. Les partisans de Trump s'en prennent ainsi aux institutions et aux idéaux mêmes censés soutenir la démocratie. Les cibles habituelles du fascisme - la "gauche radicale", les musulmans, les migrants, les intellectuels, les artistes, les gens de couleur et les journalistes - sont persécutées en vertu de lois comme l'Espionage Act. Les mensonges diffusés sur les ondes alimentent l'illusion confortable selon laquelle, une fois les ennemis intérieurs réduits au silence ou éradiqués, les jours de gloire de l'Empire - caractérisés par l'hypernationalisme, le patriarcat, la stabilité de l'emploi et la suprématie blanche - seront de retour.
La violence à l'encontre des ennemis intérieurs, assortie de fraudes électorales, est ouvertement prônée par Trump et sa cour de flagorneurs, de bouffons, d'escrocs et de fascistes chrétiens. Ses tentatives de corruption des électeurs en leur promettant 5 000 dollars si les Républicains remportent les élections de mi-mandat, conjuguées à son mépris pour l'ordre constitutionnel, constituent l'aveu flagrant que la démocratie américaine n'est plus qu'une farce.
C'est George W. Bush, porté à la présidence par un décret judiciaire, qui a semé ces graines d'anarchie et d'impunité. Trump les a fait éclore.
Les hommes de main de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement), masqués et protégés par le genre d'impunité qui a permis la torture et le massacre d'innocents en Irak et en Afghanistan, terrorisent les villes américaines. Ils mènent des raids de type militaire contre des civils non armés qui ne diffèrent en rien de ceux que l'Empire a menés à Falloujah ou dans la province de Helmand en Afghanistan. Ils mettent en place un réseau de camps de concentration internes sordides.
Les outils d'asservissement utilisés par l'Empire à l'étranger, notamment la suppression des libertés civiles et la généralisation de la surveillance de masse, ont été légalisés sur le territoire national avec l'adoption du Patriot Act, avec ses longues listes de suspects, ses informateurs et son profilage racial et religieux.
Les empires en déclin imposent à leurs propres citoyens la tyrannie que connaissent bien ceux qu'ils ont asservis à l'étranger.
J'étais au Moyen-Orient lorsque tout a basculé. La quasi-totalité du monde musulman a été horrifié par les attentats du 11 septembre. Il y a eu des manifestations publiques massives de solidarité, notamment des veillées aux chandelles en Iran. Si nous avions su tirer parti de cette empathie au lieu de diaboliser les musulmans et d'infliger souffrances et mort à des millions de personnes au Moyen-Orient, nous serions aujourd'hui autrement plus en sécurité.
Mais nous avons préféré boire à grandes gorgées l'élixir empoisonné du nationalisme. Nous avons cru naïvement avoir été attaqués, comme l'a affirmé Bush, parce qu'"ils haïssent nos libertés", et pas à cause de notre soutien à l'État d'Israël, pratiquant l'apartheid et le génocide, de notre froide indifférence à la vie humaine au-delà de nos frontières - notamment le massacre de plus d' un million de personnes en Irak par les sanctions américaines -, et de notre soutien aux dictatures arabes brutales.
Les décombres que nous laissons derrière nous après nos guerres sans fin témoignent de la destruction de villes entières, ainsi que de 940 000 morts directs dans les zones de guerre post-11 septembre, de 3,6 à 3,8 millions de morts indirectes et de 38 millions de personnes déplacées.
Les pirates de l'air ont choisi de semer la mort et la destruction à grande échelle dans le ciel urbain pour faire passer un message. Ils ont parlé la langue que nous leur avons enseignée. C'est le message que nos avions de combat, nos missiles et nos drones ont transmis du Vietnam à l'Irak. Nous n'avons pas écouté. Nous avons naïvement cru pouvoir transformer le Moyen-Orient à notre image grâce à notre armée.
L'échec de la "guerre contre le terrorisme" n'est pas qu'un échec moral. C'est un échec stratégique. Nous avons refusé de nous poser la question qui s'imposait. Pourquoi tant de gens ailleurs dans le monde ressentent-ils une telle hostilité à notre égard qu'ils sont prêts à se sacrifier et à tuer des milliers de nos concitoyens ?
Ceux d'entre nous qui ont osé soulever ces questions il y a vingt-cinq ans ont été diffamés, qualifiés de partisans du terrorisme et réduits au silence .
Le seul moyen de vaincre le terrorisme est d'isoler les auteurs d'actes terroristes au sein de leurs propres sociétés. Pour cela, des réseaux de solidarité et de respect mutuel doivent être mis en place. Nous avons plutôt fait à l'inverse. Nous sommes devenus les terroristes que nous prétendions vouloir éliminer. Nous avons fait ce que Ben Laden attendait de nous. Nous nous sommes auto-détruits.
Et Trump va conclure le dernier acte.
Traduit par Spirit of Free Speech