📑 14/09/2026 reseauinternational.net  5min 16 #326590

 Sommet des Brics en Inde : une visite de trois jours de Vladimir Poutine à New Delhi en direct

Brics : le réseau derrière la photographie

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par Jules Kaizen

Le 18e sommet des BRICS s'est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026. Onze membres à part entière, dix pays partenaires. La Déclaration de New Delhi a été adoptée à l'unanimité : 45 pages, 140 points.

Ce n'est pas un bloc. C'est un réseau.

Le moment

L'Iran et les Émirats arabes unis ont signé la même déclaration. Les deux pays sont en guerre. Téhéran a frappé des bases émiraties en août.

Reuters le documente le 12 septembre 2026 : "L'Iran et les Émirats arabes unis ont signé une déclaration commune du groupe des BRICS appelant à la retenue dans la guerre au Moyen-Orient samedi, ce qui a été vu comme un signe de progrès diplomatique entre les pays divisés par la guerre".

La rencontre qui précède est plus forte encore. Massoud Pezeshkian, président iranien, a vu le prince héritier d'Abu Dhabi en marge du premier jour. Reuters précise : "Le président iranien Masoud Pezeshkian a également rencontré le prince héritier d'Abu Dhabi en marge du premier jour du sommet de New Delhi, la rencontre au plus haut niveau entre les deux pays depuis le début du conflit".

Deux adversaires, une même table. C'est ce que le réseau fait : il oblige des ennemis à cohabiter sous un même texte.

Ce que la déclaration dit

La Déclaration de New Delhi ne nomme pas les États-Unis. Elle les vise.

Le texte, cité par News18 et l'agence PTI, exprime "de sérieuses inquiétudes face à la montée des mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales qui faussent le commerce et sont incompatibles avec les règles de l'OMC" - l'Organisation mondiale du commerce, qui fixe les règles du commerce international.

Un second passage est plus direct : "Nous condamnons l'imposition de mesures coercitives unilatérales contraires au droit international".

Le texte appelle aussi à réformer le FMI, le Fonds monétaire international, et la Banque mondiale. Deux institutions financières créées en 1944, où les voix des pays du Sud pèsent moins que celles des fondateurs.

Ce qu'elle ne dit pas

Le silence est instructif.

The Hindu BusinessLine le relève le 12 septembre 2026 : "Il n'y a aucune mention d'une monnaie commune des BRICS ni d'appel formel au remplacement du dollar américain. Le document s'en tient au langage plus incrémental et technocratique que le bloc utilise depuis Rio et Kazan : systèmes de paiement interopérables, règlement en devises locales, coopération volontaire entre membres qui"respectent les priorités nationales"".

Le dollar reste dominant. 47% du trafic SWIFT - le réseau bancaire international qui fait transiter les messages entre banques - et 58% des réserves allouées dans le monde.

Aucune monnaie commune. Aucune rupture déclarée. Le réseau tisse, il ne proclame pas.

Les acteurs

Quatre regards, quatre positions.

Téhéran plaide le plus directement. Masoud Pezeshkian, cité par The Hindu BusinessLine : "L'une des étapes les plus importantes est d'élargir l'usage des devises nationales dans le commerce entre les membres. Cette étape doit s'accompagner de la mise en place des instruments nécessaires à la gestion des risques de change et des règlements réciproques, car le système financier actuel est vulnérable aux chocs politiques en raison de sa concentration sur un nombre limité de devises".

Moscou voit dans le groupe une plateforme. Vladimir Poutine, le 12 septembre 2026, cité par Anadolu Agency, déclare que les BRICS sont "pratiquement la plus grande formation du monde".

New Delhi avance une position plus fine. Le Lowy Institute, le 11 septembre 2026, cite S. Jaishankar, ministre indien des Affaires étrangères : "L'Inde est"non-occidentale, pas anti-occidentale". Elle se voit comme une puissance réformiste plutôt que révisionniste".

La Chine se dit prête à jouer son "rôle dû" pour la paix au Moyen-Orient, selon Reuters. Elle est là comme puissance stratégique. Le sommet s'est ouvert sur un constat de Narendra Modi, premier ministre indien : le bloc a "atteint l'âge adulte".

Les limites

Le réseau grandit. Il se dilue en grandissant.

News18 le formule sans détour le 12 septembre 2026 : "Plus les BRICS s'agrandissent, plus il devient difficile de s'accorder sur l'usage exact de cette puissance".

Guy Burton, analyste géopolitique, le confirme à Al Jazeera le 11 septembre 2026 : l'expansion a élargi la représentation du Sud global, mais elle a aussi "dilué le positionnement cohérent que le groupe pouvait avoir".

Deux chiffres disent la même chose : un poids énorme, des instruments encore petits.

Le déficit commercial entre l'Inde et la Chine atteint 226 milliards de dollars. L'Inde achète beaucoup plus qu'elle ne vend à son voisin. Ce déséquilibre complique le règlement en devises locales : à la fin de l'année, l'Inde se retrouve avec des yuans qu'elle ne peut pas dépenser. Il faut convertir en dollars.

La Nouvelle Banque de développement, l'institution financière du groupe, a approuvé environ 39 milliards de dollars de projets depuis sa création. En dix ans, elle a financé ce que la Banque mondiale approuve en quelques mois.

La photographie des dirigeants à New Delhi a circulé partout. Mais la vraie image du sommet, c'est celle de deux adversaires assis à la même table. Le réseau ne remplace pas le monde ancien. Il le double. Combien de temps avant que les deux ne se touchent ?

source :  Georisk Watch

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