🇵🇸 14/09/2026 chroniquepalestine.com  11min 13 #326634

Gaza : les Israéliens militarisent l'aide humanitaire et en font un outil de chantage

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12 septembre 2026 - Le corps d'un enfant à naître, tué avec sa mère enceinte lors d'une attaque israélienne à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, est tenu par des proches réunis pour pleurer ces victimes. Iman Shalouf, âgée de vingt-sept ans, a été touchée par un obus tiré depuis un char israélien dans la zone de Bir 19, un camp de personnes déplacées. Iman était enceinte de sept mois. Malgré le soi-disant "cessez-le-feu" d'octobre 2025, les attaques israéliennes se sont poursuivies quotidiennement, faisant plus de 1 300 morts depuis lors - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par  EuroMed Monitor

De l'Espagne aux Pays-Bas en passant par le Royaume-Uni, Israël exploite la coordination de l'aide à Gaza pour maintenir son occupation et ses colonies.

La décision d'Israël d'exclure le Royaume-Uni du Centre international de soutien à Gaza (IGSC) situé à Kiryat Gat, anciennement connu sous le nom de Centre de coordination civilo-militaire (CMCC), souligne une fois de plus que ce centre, à l'instar de toutes les autres initiatives issues du plan Trump pour Gaza, n'est pas indépendant du système d'occupation israélien ni des intérêts politiques d'Israël.

Israël, qui exerce un contrôle effectif sur l'accès à l'aide à Gaza, gère également la liste des parties participant à la coordination, considérant l'adhésion au centre comme un privilège qu'il accorde ou retire en fonction de la position des pays vis-à-vis de ses politiques.

Ce centre dirigé par les États-Unis, qui rassemble des représentants d'une cinquantaine de pays et d'une organisation internationale, a été créé pour superviser le prétendu  cessez-le-feu, coordonner l'acheminement de l'aide et mettre en place des dispositions d'après-guerre dans la bande de Gaza.

Cependant, Israël a empêché les représentants de l' Espagne d'y participer en avril, puis ceux des Pays-Bas en août. Ces deux mesures seraient liées aux positions respectives de ces gouvernements vis-à-vis d'Israël et de ses politiques, en particulier la décision des Pays-Bas d'interdire les importations de produits provenant des colonies.

Cette succession d'événements montre qu'Israël tire parti de son contrôle sur la coordination de l'aide humanitaire - une obligation juridique internationale visant à venir en aide aux civils en fonction de leurs besoins et sans conditions politiques - pour faire chanter, punir et isoler des États.

Il subordonne la participation à l'aide à l'adhésion des gouvernements à ses politiques, transformant ainsi ce qui devrait être un système destiné à remplir des responsabilités juridiques; en un moyen d'opprimer le peuple palestinien et de porter atteinte à ses droits fondamentaux à la vie, à l' alimentation, à l' eau, à la  santé et à la dignité.

En tant que puissance occupante, Israël est tenu, en vertu des articles 55, 56 et 59 de la quatrième Convention de Genève, de fournir de la nourriture, des médicaments et d'autres produits de première nécessité à la population ; de maintenir les services de santé ; d'approuver les opérations de secours ; et de les faciliter par tous les moyens disponibles.

La création de l'IGSC ne décharge pas Israël de ces obligations ni ne les transfère aux États participants, conformément à l'article 60 de la Convention.

La Cour internationale de justice [ CIJ] a affirmé, dans son avis consultatif du 22 octobre 2025, qu'Israël doit approuver les programmes d'aide humanitaire mis en œuvre par les Nations unies et ses agences, y compris l' UNRWA, et soutenir leur mise en œuvre sans entrave. Les préoccupations en matière de sécurité ne justifient pas des restrictions arbitraires, inutiles ou disproportionnées, et ne doivent pas non plus retarder ou entraver l'acheminement de l'aide ni politiser les entités chargées de la coordonner.

La décision prise à l'encontre du Royaume-Uni s'inscrit dans le cadre d'une série de mesures de rétorsion prises par le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, après l'annonce du  projet d'interdiction, par le Royaume-Uni, la France et le Canada, de tout commerce avec les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée.

Ces mesures comprenaient la fermeture du consulat britannique à Jérusalem-Est, la suspension des programmes britanniques de formation destinés aux  forces répressives de l'Autorité palestinienne [ AP] en  Cisjordanie, ainsi que l'interdiction d'entrée en Israël pour 12 élus britanniques et d'autres citoyens britanniques.

Ce cycle répété de représailles sape les efforts internationaux de coordination autour de Gaza et montre que les accords liés au plan de Trump s'inscrivent dans le cadre du système de contrôle israélien. Ils n'offrent aucune garantie indépendante quant à l'acheminement de l'aide, à la sécurité des civils ou au contrôle des violations, et ne limitent pas non plus la capacité d'Israël à poursuivre ses actes de génocide dans la bande de Gaza.

Cette stratégie va au-delà du centre de Kiryat Gat. Elle s'inscrit dans le cadre d'un effort plus large visant à démanteler le système d'aide humanitaire indépendant dans les territoires palestiniens occupés, afin de le placer sous contrôle israélien.

Les autorités israéliennes ont interdit au personnel de l'UNRWA d'entrer sur le territoire, ont limité les activités de l'agence ainsi que son accès aux installations et à de vastes zones, et ont ordonné à  37 ONG internationales de cesser leurs opérations à Gaza, en Cisjordanie et à  Jérusalem-Est. De plus, elles ont empêché certains membres du personnel international de ces organisations d'entrer dans la région.

Ces mesures, associées à la politisation de l'IGSC, montrent qu'Israël ne se contente pas de réglementer les efforts humanitaires, mais qu'il les restructure activement pour les adapter à ses besoins.

L'accès à la population palestinienne et les activités humanitaires dépendent désormais du respect de ses impératifs politiques et sécuritaires unilatérales, ce qui exclut les organisations qui restent indépendantes ou s'opposent à ses politiques. En conséquence, les institutions internationales indépendantes sont démantelées et remplacées par des structures agréées par Israël, qui supervise la composition de leurs membres, leurs opérations et la diffusion de l'information.

Permettre à Israël de décider du rôle du centre compromet bien plus que la simple coordination de l'aide ; cela risque de façonner les arrangements d'après-guerre à Gaza. Si Israël peut sélectionner les États participants et exclure ceux qui s'opposent à son occupation, le centre pourrait devenir un moyen de déterminer la future gouvernance, la sécurité et la reconstruction de Gaza, sans le consentement du peuple palestinien.

Lier la coordination de l'aide humanitaire à des motivations politiques peut entraîner une responsabilité pénale individuelle, en particulier si cela implique de priver intentionnellement les civils de produits de première nécessité tels que la nourriture, les médicaments, l'eau et le carburant. De telles actions, lorsqu'elles sont utilisées comme tactique d'affamement dans le cadre d'un conflit armé et visent à détruire tout ou partie du peuple palestinien en créant des conditions de vie mortelles, constituent des actes de  génocide.

Tous les États, en fonction de leur influence réelle, devraient agir sans délai, individuellement et collectivement, pour faire pression sur Israël afin qu'il mette fin au génocide dans la bande de Gaza.

Cela implique notamment de mettre un terme à tous les actes connexes, tels que le meurtre de Palestiniens, le fait de leur causer des atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale, la création délibérée de conditions visant à leur destruction physique, ainsi que des mesures telles que l'empêchement des  naissances et le transfert forcé d'enfants.

Israël doit mettre fin à la famine, aux déplacements forcés, à la destruction systématique et aux autres crimes associés au génocide.

Euro-Med Human Rights Monitor demande instamment la levée immédiate et totale du blocus israélien sur la bande de Gaza, ainsi que l'ouverture permanente de tous les points de passage afin de faciliter l'acheminement rapide et sans entrave de l'aide, des marchandises, du carburant, des médicaments et des matériaux de  reconstruction, en veillant à ce qu'ils soient livrés sans délai et en quantités suffisantes, sans restrictions arbitraires ni conditions politiques.

En outre, la coordination doit rester dans le cadre du système existant des Nations unies, en impliquant principalement l'UNRWA et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires ( OCHA). Leur indépendance opérationnelle doit être préservée, au lieu de créer des structures alternatives qui pourraient être soumises au contrôle israélien.

Tous les États doivent s'acquitter de leur obligation de respecter et d'appliquer les Conventions de Genève, tout en prévenant le génocide et en prenant toutes les mesures juridiques, politiques et économiques nécessaires pour mettre fin à de tels crimes.

Ils ne peuvent justifier leur inaction en invoquant l'attente d'un jugement définitif sur le génocide, car le devoir de prévention naît dès lors qu'un État a connaissance, ou devrait avoir connaissance, d'un risque significatif que ce crime soit commis. Les mesures requises dépendent de la capacité effective de l'État à influencer la situation.

En outre, les États devraient collaborer pour mettre fin à la présence illégale d'Israël dans les territoires palestiniens occupés. Ils devraient s'abstenir de reconnaître cette présence ou d'apporter un soutien qui prolonge l'occupation.

De plus, ils doivent réévaluer leurs relations avec Israël afin d'empêcher le  transfert d'armes, de fonds, de technologies, de renseignements ou de soutien logistique susceptibles de faciliter l'occupation, le génocide ou d'autres crimes contre les Palestiniens.

Il est essentiel de mettre en place des sanctions globales et coordonnées contre Israël, allant au-delà de mesures symboliques ou sélectives. Celles-ci devraient inclure une  interdiction totale du transfert d'armes, de munitions, de technologies, d'équipements et de services militaires et de sécurité.

Euro-Med Monitor appelle à  mettre fin à la coopération, à la formation et à l'échange d'informations militaires et de sécurité ; à suspendre les relations et accords commerciaux, financiers et d'investissement ; et à appliquer des sanctions diplomatiques, économiques et financières au gouvernement, à l'armée, aux entités et aux individus impliqués.

Dans le même temps, il est essentiel de veiller à ce que ces mesures ne compromettent pas la satisfaction des besoins fondamentaux ni l'acheminement de l'aide humanitaire au peuple palestinien.

L'heure est venue de mettre fin au soutien politique, militaire et économique qui a permis à Israël de perpétuer le génocide, de maintenir le blocus et d'entraver l'acheminement de l'aide.

La communauté internationale doit mettre un terme aux violations, prévenir de nouveaux incidents et remédier aux préjudices subis par les victimes. Elle doit également traduire les auteurs de ces actes devant la Cour pénale internationale [ CPI] et les juridictions nationales.

En outre, les États devraient rechercher les personnes accusées de violations graves des Conventions de Genève, les poursuivre ou les extrader, appliquer la compétence universelle et veiller à ce qu'elles n'aient nulle part où se réfugier en toute sécurité.

9 septembre 2026 -  EuroMed Monitor - Traduction :  Chronique de Palestine - Éléa Asselineau

* L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme [EuroMed Monitor] est une organisation indépendante à but non lucratif dirigée par des jeunes qui défend les droits humains de toutes les personnes à travers l'Europe et la région MENA, en particulier celles qui vivent sous occupation, en proie à la guerre ou à des troubles politiques et/ou ont été déplacés en raison de persécutions ou de conflits armés. Le  site internet, comptes  Facebook et  Instagram.

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