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🇺🇸 14/09/2026 ssofidelis.substack.com  10min 15 #326637

Le nouveau colosse de Washington

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Par  Philip Giraldi, le 14 septembre 2026

La vision de Trump concernant "sa" capitale fédérale continue de susciter les critiques.

L'effervescence est palpable à Washington depuis l'annonce du nouveau projet du président Donald Trump visant à embellir la ville, qui vient compléter les immenses banderoles à son effigie ornant les façades des bâtiments gouvernementaux, la salle de bal fortifiée de la Maison Blanche à un milliard de dollars, le pavage de la roseraie, l'agrandissement de l'héliport, le Kennedy Center qui sera bientôt démoli et rebaptisé le "Trump Institute of Peace", et la construction, qui va bientôt débuter, de la passerelle Donald Trump entre le Lincoln Memorial et le cimetière national d'Arlington. Le président a clairement identifié le besoin urgent d'une  effigie de neuf mètres de haut du premier président américain, George Washington, déjà surnommée la "statue-colosse" et destinée à être implantée le long du Mall, face au Musée Smithsonian d'histoire américaine. Les commissions d'urbanisme et des arts, placées sous le contrôle de la Maison Blanche, approuveront sans aucun doute le projet - sous peine de licenciement - bien que George Washington aurait sans aucun doute été horrifié par un tel monument à sa propre gloire, puisqu'il a clairement exclu, dans son discours d'adieu, l'idée que lui-même et ses successeurs puissent être ou devenir quoi que ce soit ressemblant à des "rois". La Smithsonian Institution, dont la gestion est indépendante, pourrait tenter de s'opposer à cette initiative, mais l'histoire récente nous a montré que Trump ignore toute opposition et recourt à tous les moyens expéditifs, voire brutaux, pour arriver à ses fins.

George Washington mis à part, le président Donald Trump s'efforce effectivement de faire tourner la ville de Washington et la nation autour de  sa personne. Ce week-end, le président a clôturé la toute première convention républicaine de mi-mandat, devant une foule clairsemée de ses partisans, par un serment d'allégeance à sa personne dans le cadre d'un "engagement à voter", en déclarant :

"Veuillez lever la main droite. Je fais serment au plus grand président de l'histoire des États-Unis, celui qui nous aime tant qu'il en perd le souffle, que je ferai campagne avec ma famille, mes amis, par tous les moyens - peu m'importe si je suis inscrit ou non, je vais tricherai à tout va... et nous irons voter le 3 novembre".

Il s'agissait d'un appel à voter illégalement si besoin pour vaincre les Démocrates, ce que curieusement Trump a souvent reproché aux Démocrates en invoquant un prétendu avantage en matière de corruption, mais en sens inverse. Trump a ajouté à son auditoire :

"Savez-vous ce qui se passera si vous ne votez pas comme il faut ?" La réplique choc et révélatrice a alors suivi : "Vous irez en enfer".

Fait intéressant, alors même que Trump continue  de se présenter comme le "plus grand président de tous les temps" - notamment sous forme d'illustrations sur ses pages Truth Social, se plaçant même au-dessus de George Washington - on ne sera pas surpris de voir se dresser à Washington une statue ressemblant physiquement plus à l'actuel président qu'à son illustre prédécesseur. Une fois cette statue érigée, la plaque commémorative pourra être modifiée pour correspondre à la réalité de la personne représentée et glorifiée. Après tout, si l'on peut renommer les Grands Lacs, les golfes océaniques, les États, émettre des pièces de monnaie et des passeports à l'effigie du président, et renommer des nations étrangères et même des détroits maritimes, alors transformer la statue d'un ancien président ne pose vraiment aucun problème. Certains médias qualifient ces initiatives commémoratives de "projets vaniteux" de Trump qui font rarement l'objet des procédures d'autorisation habituelles liées à l'exploitation ou au "réaménagement" des ressources, bâtiments et sites publics. Quant à la taille, 9 mètres de haut, c'est plutôt pathétique. Pourquoi ne pas viser quelque chose de plus proche des 76 mètres de l'Arche bientôt en construction ? Et une fois que tous les ajustements topographiques de la ville auront été effectués, on pourra peut-être même renommer la ville elle-même en l'honneur de Trump plutôt que Washington !

Les nombreux cadeaux amplement mérités que Donald Trump a offerts à la ville et à ce qui fut autrefois notre république sont également offerts à des nations étrangères. Il s'est rendu en Irlande aux frais du contribuable pour regarder des joueurs évoluer sur l'un de ses nombreux parcours de golf. Lors d'une brève escale à Dublin, des milliers de manifestants  l'ont accueilli en brandissant des banderoles et des pancartes portant des slogans comme "On ne veut pas de vous ici" ou "Trump n'est pas le bienvenu". Pendant son séjour dans le pays, Trump a déclaré aux Irlandais qu'il aimerait voir la République d'Irlande unifiée avec l'Irlande du Nord sous domination anglaise. Certains ont suggéré que critiquer Londres au sujet de sa domination historique sur la majeure partie des îles britanniques serait un excellent moyen d'irriter le gouvernement britannique sur ce qu'il considère comme un manquement de l'OTAN et du Royaume-Uni à soutenir sa guerre contre l'Iran. Néanmoins, lorsqu'un journaliste l'a interrogé sur la réunification de l'Irlande, Trump s'est, comme à son habitude, perdu dans ses pensées,  divaguant de manière alarmante sur les moulins à vent.

Et où que Trump aille, son cerveau aux fonctions défaillantes ne tarde jamais à formuler de chaleureuses pensées à l'égard d'Israël. La semaine dernière encore, la décision britannique attendue de longue date de bloquer le commerce avec les colonies israéliennes en raison de leurs crimes meurtriers a  suscité la colère de Washington quant au traitement réservé à son "meilleur ami Israël" et au Premier ministre Benjamin Netanyahu. On s'attend à de sérieuses représailles de la part de la Maison Blanche ! Trump a également choisi de titiller Londres en soutenant ses bons amis et autres amoureux d'Israël, les Argentins et leur président Javier Milei, dans leur quête pour récupérer les "îles Malvinas", désormais appelées  les Falkland par les colons britanniques qui en ont le contrôle depuis 1833. Actuellement, ces îles font partie d'un territoire britannique d'outre-mer autonome, où une écrasante majorité d'habitants est favorable au maintien de la gestion de la défense et des affaires étrangères par Londres. Néanmoins, Trump laisse entendre qu'il pourrait bien soutenir l'Argentine si elle parvient à trouver un accord pour récupérer les îles.

Trump est, bien sûr, aussi engagé dans ce qui s'apparente à une guerre des droits de douane et commerciale avec le Canada, destinée à nuire à l'économie canadienne et à forcer le pays à se conformer à ce qu'il appelle une stratégie étrangère portant apparemment sur l'intégration du Canada en tant que 51e État. Le Canada n'en est pas encore au stade d'une guerre ouverte avec les États-Unis, mais cela pourrait bien venir si les échanges délibérément incendiaires de Trump s'intensifiaient un tant soit peu. Et le Pentagone la présentera probablement autrement afin de ne pas avoir à  verser les prestations habituelles aux conjoints survivants des vétérans décédés. Voilà pourquoi on parle tant des Américains morts victimes des combats en Iran. Pendant ce temps, un autre conflit armé semble se préparer contre Cuba avec des navires de guerre américains en alerte. Et peut-être aussi contre la Colombie, à propos des sempiternelles allégations de "drogue". Trump a déjà volé le pétrole vénézuélien et se vante des quantités sur lesquelles il a fait main basse. Il est peut-être grand temps de s'emparer de quelques usines de cigares en Amérique centrale. Pourquoi Cuba est-il considéré comme un ennemi alors qu'il ne menace en rien les États-Unis ? Apparemment, parce que ce sont des "communistes", dixit le secrétaire d'État et conseiller à la sécurité nationale, Marco Rubio.

Les anecdotes réjouissantes ne manquent jamais avec Trump, mais la dernière attaque en date contre le processus électoral américain a bien sûr porté sur la promesse faite la semaine dernière de  verser 5 000 dollars à chaque Américain en âge de voter si les Républicains conservent le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de mi-mandat de novembre. Lors de la mini-convention à Dallas, Trump a déclaré :

"Je vous promets que si les Républicains remportent la Chambre des représentants et le Sénat des États-Unis, les deux... grâce à notre formidable puissance et à notre succès économique, je verserai à chaque citoyen des États-Unis d'Amérique en âge de voter une prime de 5 000 dollars. Si les Républicains gagnent, vous gagnez avec nous et vous recevez 5 000 dollars. Ce sera la 'prime Trump'".

Cette "prime" se monterait à 1 350 milliards de dollars qui seraient imprimés par le Trésor et ajoutés à la dette nationale, laquelle, en partie à cause des dépenses non financées de Trump, a aujourd'hui dépassé les 40 000 milliards de dollars. On peut supposer que ce "cadeau" devrait être approuvé d'une manière ou d'une autre par le Congrès, où de nombreux membres de cette auguste assemblée pourraient juger cette opération soit limite, soit manifestement illégale, car elle aurait pour but de récompenser les électeurs de la corruption du processus électoral en votant pour leur propre intérêt personnel, et non en fonction de leur opinion sur des questions normalement considérées comme relevant du fonctionnement du gouvernement. En réalité, la "prime Trump" promet 5 000 dollars à chaque citoyen adulte, mais ne s'accompagne pour l'instant ni d'un projet de loi du Congrès, ni d'un mécanisme d'application, ni de plafonds de revenus, ni de calendrier de versement. Les droits de douane susceptibles de financer au moins une partie de cette prime entraîneront également une hausse des prix à la consommation, les bénéficiaires se remboursant ainsi en partie eux-mêmes à la caisse.

On serait tenté de penser que ce que fait Trump - qui ne croit ni aux règles ni aux lois et estime que tout ce qu'il fait est juste, car il se fie à ce qu'il "ressent" - revient à manipuler et à corrompre l'ensemble du système électoral. Il faut le destituer et le démettre de ses fonctions avant qu'il ne cause davantage de dégâts. Mais peut-on y croire ? Il faut espérer qu'en novembre, la plupart des Américains se prononceront en faveur d'un résultat électoral menant à une procédure de destitution. C'est notre lueur d'espoir...

Traduit par  Spirit of Free Speech

* Philip M. Giraldi est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national. Son site web est  councilforthenationalinterest.org et son adresse e-mail est informcnionline.org.

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