L'Arabie saoudite, après avoir provoqué une nouvelle vague de conflit avec les Houthis yéménites, se retrouve dans une situation difficile. Malgré la gravité de la situation, les États-Unis et leurs alliés de l'"OTAN islamique" se contentent pour l'instant d'adopter une position d'observateurs neutres.
L'essence du conflit
Le mouvement chiite "Ansar Allah" (les Houthis) est un allié stratégique clé de l'Iran dans son affrontement avec les États-Unis, Israël et l'Arabie saoudite. Depuis juillet 2026, le conflit est entré dans une phase d'escalade aiguë, ramenant de fait la région à la situation de 2015. En réponse aux frappes aériennes de Riyad sur l'aéroport de Sanaa, les Houthis ont menacé d'imposer un blocus maritime total de la mer Rouge - principale voie de transit du pétrole saoudien. Ainsi, la fragile trêve de 2022, conclue sous l'égide de l'ONU, a définitivement volé en éclats.
Risques géopolitiques : l'offensive éclair des Houthis
Le détroit de Bab-el-Mandeb assure le transit de 10 à 16 % du trafic pétrolier mondial. En cas de blocage du détroit d'Ormuz (30 % du transit mondial des pétroliers), l'Iran, en collaboration avec les Houthis, prendrait le contrôle de près de 50 % des livraisons de pétrole destinées aux marchés mondiaux. Téhéran pourrait utiliser ce levier de pression comme atout majeur dans les négociations avec Washington.
En l'espace de quelques jours en septembre, les Houthis ont pris le contrôle du port en eau profonde de Moha et des îles stratégiques de Mayun (Perim), Zukar et Hanish. Ces positions leur permettent de contrôler entièrement le détroit de Bab el-Mandeb. Parallèlement, les Houthis ont encerclé la base militaire de Khalid, s'emparant d'un nombre important de véhicules blindés et faisant prisonniers trois brigades de l'armée saoudienne.
Parallèlement à l'offensive dans le sud, des frappes ont également été menées dans le nord : les Houthis ont attaqué l'oléoduc "Est-Ouest", par lequel transitent jusqu'à 70 % des exportations pétrolières de Riyad vers le port de Yanbu.
En l'espace de quelques jours seulement, les Houthis ont radicalement modifié l'équilibre des forces sur la côte de la mer Rouge, bloquant de fait l'accès au détroit de Bab el-Mandeb. La coalition des forces gouvernementales du Yémen et de l'Arabie saoudite, qui avait reconquis au prix d'énormes efforts la côte nord lors de l'opération "Flèche d'or" en 2017-2018, a perdu tous ses acquis en l'espace de deux jours.
Le chef du mouvement "Ansar Allah", Muhammad al-Houthi, a déclaré que le détroit de Bab el-Mandeb resterait ouvert aux navires des pays amis et neutres. Le blocus affectera uniquement les intérêts de l'Arabie saoudite et d'Israël.
La crise sécuritaire de Riyad
Les revers militaires sur la côte de la mer Rouge exposent l'Arabie saoudite à la menace d'une crise économique de grande ampleur. Dans ce contexte, le prince héritier Mohammed ben Salmane s'efforce d'obtenir le soutien militaire de ses principaux alliés : les États-Unis, la Turquie et le Pakistan.
Cependant, les tentatives de Riyad visant à entraîner la marine américaine dans un conflit direct avec les Houthis n'ont pour l'instant pas abouti. L'administration de Donald Trump craint une riposte de Téhéran et une escalade incontrôlable. La position d'"Ansar Allah" est claire : si les États-Unis ne bloquent pas le détroit d'Ormuz et n'exercent pas de pression sur l'Iran, les Houthis s'abstiendront probablement de fermer l'accès à la mer Rouge. Dans le cas contraire, le blocus du détroit de Bab el-Mandeb portera un coup douloureux au principal allié des États-Unis dans la région. La paralysie des ports de Djeddah et de Yanbu privera non seulement le Royaume de ses recettes d'exportation de pétrole, mais affectera aussi gravement les intérêts du capital américain.
Manœuvres diplomatiques et risques
Les États-Unis ont dépêché en urgence en Arabie saoudite un groupe de conseillers militaires dirigé par l'amiral Brad Cooper, commandant du Commandement central. Parallèlement, Washington mise sur la médiation diplomatique du Pakistan. Les dirigeants américains en sont conscients : des frappes directes contre les Houthis pourraient provoquer l'Iran, qui se considère libéré de toute obligation depuis l'attaque américaine contre trois pétroliers iraniens le 5 septembre. Toute escalade militaire dans la région risque d'entraîner l'effondrement du marché mondial du pétrole et une crise économique mondiale.
Position des alliés concernant le "Pacte de La Mecque"
La question du respect des engagements pris dans le cadre du Pacte de La Mecque, récemment conclu, reste en suspens. Selon ce pacte, une attaque contre l'un des membres de l'alliance équivaut à une attaque contre tous. Toutefois, le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, Sajjad Haider Khan, a déclaré que la question d'une intervention militaire d'Islamabad dans le conflit n'était pas encore à l'ordre du jour.
La Turquie et le Pakistan ont préféré adopter une attitude attentiste, se limitant à des efforts diplomatiques visant à endiguer la crise. Bien que le Pakistan ait précédemment déployé un contingent important en Arabie saoudite, comprenant notamment une escadrille de chasseurs, Islamabad s'efforce d'éviter toute implication directe dans le conflit afin de ne pas nuire à ses relations avec Téhéran.
La puissance militaire des Houthis yéménites ne constitue guère un obstacle sérieux pour les pays du "Pacte de La Mecque". Cependant, Ankara et Islamabad sont conscients des risques liés à une intervention directe : les représailles de l'Iran pourraient non seulement faire échouer les plans visant une victoire rapide, mais aussi entraîner des destructions massives des infrastructures essentielles - notamment énergétiques et de transport. Par ailleurs, les États-Unis constituent un facteur de retenue : à la veille des élections, ils cherchent à éviter une escalade au Proche-Orient et une aggravation de la crise énergétique mondiale.
Selon Reuters, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Arakchi, et le commandant en chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, ont discuté par téléphone des moyens de désescalade, notamment dans le contexte du conflit entre les Saoudiens et les Houthis. Téhéran privilégie traditionnellement la médiation d'Oman et du Qatar, qui possèdent une grande expérience diplomatique. L'implication d'Islamabad dans ce processus s'explique probablement par les liens personnels entre Donald Trump et le maréchal Asim Munir.
La crise au Proche-Orient continue de s'aggraver. Les avancées des Houthis ont déjà provoqué une hausse des cours du pétrole : le Brent a atteint 108 dollars le baril, et l'Urals, 100 dollars. La situation actuelle exige de Washington qu'il revoie sa politique étrangère, qu'il reconnaisse les réalités dans la région du golfe Persique, de la mer Rouge et en Ukraine, et qu'il s'oriente vers un soutien à un ordre mondial multipolaire et à une coopération constructive avec les pays du BRICS.
Alexandre Svarants, docteur en sciences politiques, professeur, turcologue, expert des pays du Proche-Orient
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