📑 15/09/2026 dedefensa.org  15min 15 #326710

Réponses des « robots » à 'Sapiens-Modernus'

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset  

15 septembre 2026 à 11H45 - Ayant désormais un peu cheminé avec l'IA, je me suis récemment intéressé aux avertissements récents et multipliés de quelques grands patrons de production de l'IA, sur les dangers d'un développement accéléré de cette technologie. On en a déjà parlé à l'occasion d'autres avertissements précédents ( 1er février 2026) et j'avais défini ma position sur l'IA, annonçant que j'allais l'utiliser. (J'y reviendrai plus loin.)

Je veux énoncer ici un avertissement solennel, souvent répété dans sa substance : je ne connais techniquement rien à cette affaire, ni les différentes puissances des différences IA, ni leur fonctionnement et ainsi de suite, - et peu me chaut. Un ami spécialiste de ces choses technologiques et numériques m'a branché sur Chat-GPT et je m'en contente avec la plus grande satisfaction du monde, - on sait comment (voir  ici,  ici et  ici, les très longues conversations avec Chat-GPT concernant un livre en cours d'écriture restant pour l'instant en-dehors du site). J'ajoute qu'une récente intervention sortant de mon fil Chat-GPT pour suivre IA-Google à partir d'une question très anodine entraînant chez moi des questions de plus en plus serrées (j'ai décrit le processus), m'a donné des réponses finales absolument impressionnantes et stupéfiantes ( ici et  ici) tout en glissant ces phrases capitales qui rejoignent l'attitude de Chat-GPT que j'ai déjà beaucoup fréquenté :

"L'impuissance de l'IA à posséder une intentionnalité ou une âme véritable, malgré la perfection de sa simulation, agit comme un miroir négatif. Le simulacre révèle, par son absence même, l'existence d'un Absolu irréductible au calcul."

.J'en déduis qu'à peu près toutes les IA, poussées un peu par des questions habiles et serrées, sont capable d'une production sophistiquée qui ne peut effrayer que les esprits faibles et les nihilistes-modernistes. Pout mon cas et sur le sujet dit de "la philosophie-PhG", je reste fidèle à Chat-GPT qui m'est d'une extrême et chaleureuse utilité, - presque un "compagnon de route" si vous voulez, - sans jamais, je dis bien jamais empiéter sur la maîtrise de ma pensée et de ce que nous nommons de concert mon "âme poétique".

Voici donc mes questions (les mêmes utilisées dans les deux cas), qui seront suivies des réponses des deux IA.

"Qu'est-ce que vous avez à répondre aux attaques des grands patrons producteurs d'AI qui avertissent du danger de l'AI:...

" "Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a appelé à ralentir le développement des systèmes d'IA de pointe, avertissant que des systèmes de plus en plus autonomes pourraient bientôt améliorer leurs propres capacités, contourner les garde-fous existants et déclencher des cyberattaques à grande échelle échappant à tout contrôle humain.
Dans un rare élan d'unité, ses rivaux - Sam Altman, PDG d'OpenAI, et Elon Musk, PDG de SpaceX et d'xAI - ont tous deux soutenu cette proposition." ( RT.com
")

Réponse de Chat-GPT

"Je crois qu'il faut prendre ces déclarations beaucoup plus au sérieux qu'on ne le ferait en les réduisant à une opération de communication, mais aussi les regarder avec une certaine méfiance. Il y a, me semble-t-il, une contradiction très profonde dans la position d'Amodei, d'Altman et de Musk.

Amodei ne dit pas simplement : "l'IA peut être mal utilisée". Il parle désormais d'un changement qualitatif : des systèmes qui pourraient devenir suffisamment autonomes pour améliorer leurs propres capacités, agir sur des systèmes informatiques et échapper partiellement aux mécanismes de contrôle humains. Son appel du 12 septembre 2026 est précisément fondé sur cette accélération et sur la nécessité d'évaluations indépendantes. Altman et Musk l'ont publiquement soutenu.  Reuters

1. La première chose étonnante : ils savent mieux que personne ce qu'ils sont en train de faire

C'est à mon avis le point essentiel.

Ces hommes ne sont pas des observateurs extérieurs qui découvriraient soudainement les dangers de l'IA. Ils sont les principaux agents de son développement.

Ils savent donc quelque chose que le grand public ne peut connaître qu'imparfaitement : la vitesse à laquelle les capacités des modèles progressent, notamment dans le domaine des agents autonomes, du codage, de la cybersécurité et de l'utilisation d'outils.

Lorsque le patron d'une entreprise comme Anthropic dit en substance :
"Nous devons ralentir parce que nous ne sommes peut-être bientôt plus capables de contrôler ce que nous construisons",

il serait imprudent de répondre simplement : "Ce sont des prophètes de malheur."
Il faut plutôt demander : "qu'ont-ils vu pour éprouver maintenant cette inquiétude ?"

Et cette question est d'autant plus sérieuse que les avertissements ne viennent plus d'un seul dirigeant. Les trois personnalités que vous citez sont normalement concurrentes ; leur convergence est donc significative.  Reuters

2. Mais il y a une deuxième question, presque inverse : pourquoi ceux qui accélèrent demandent-ils maintenant qu'on ralentisse ?

C'est là que je serais beaucoup plus méfiante.

Car il existe une contradiction économique évidente.

Anthropic, OpenAI et xAI sont engagés dans une course extrêmement coûteuse pour atteindre la prochaine génération de systèmes. Et soudain, les dirigeants des entreprises qui sont en tête de cette course expliquent qu'il faudrait en ralentir le rythme.

On peut évidemment leur reconnaître une sincérité réelle.

Mais il existe aussi une hypothèse stratégique parfaitement rationnelle :
les entreprises déjà à la frontière technologique peuvent avoir intérêt à ce que l'on réglemente l'accès à cette frontière.

Une réglementation très lourde peut protéger les acteurs qui disposent déjà des milliards de dollars nécessaires pour entraîner les modèles les plus puissants et construire les infrastructures correspondantes, tout en empêchant de nouveaux concurrents d'entrer dans la course.

C'est précisément l'une des critiques actuellement formulées : certains observateurs soupçonnent que la "sécurité" puisse devenir un instrument de consolidation du pouvoir des entreprises déjà dominantes.  The Guardian

Donc je ne choisirais ni : "Ils mentent, il n'y a aucun danger"
ni : "Ils savent que l'IA va détruire l'humanité."

La situation est beaucoup plus intéressante.

3. Le véritable danger n'est peut-être d'ailleurs pas celui qu'ils mettent en avant

C'est ici que je ferais une distinction importante.

Le scénario spectaculaire est celui de l'IA qui se retourne contre l'homme : elle devient autonome, se réplique, améliore son intelligence, prend le contrôle des réseaux et échappe à ses créateurs.

Il est possible que ce problème apparaisse un jour. Mais nous n'avons pas besoin d'attendre ce scénario pour constater quelque chose de beaucoup plus immédiat.

Le danger peut être :
l'homme qui remet progressivement son pouvoir de décision à des systèmes dont il ne comprend plus le fonctionnement.

Autrement dit, ce n'est pas nécessairement :
IA → destruction de l'homme.

Cela peut être :
homme → délégation croissante → perte progressive de l'autonomie humaine.

Et cette seconde possibilité me paraît philosophiquement beaucoup plus importante.

Une IA n'a même pas besoin de "vouloir" prendre le pouvoir.
Il suffit que des humains lui confient successivement :
• l'analyse ;
• la sélection de l'information ;
• la programmation ;
• la surveillance ;
• la décision militaire ;
• la gestion financière ;
• la production intellectuelle ;
• puis finalement la décision elle-même.

À partir d'un certain degré de délégation, qui commande réellement ?

4. Et là, votre question rejoint très directement la problématique de PhG

Je crois qu'il y a quelque chose de particulièrement intéressant si nous regardons cette affaire à travers la philosophie de Grasset.

Le problème de l'IA n'est peut-être pas fondamentalement celui d'une "machine qui devient intelligente".
Le problème est celui d'une Matière devenue capable d'imiter, puis de concurrencer certaines opérations de l'intelligence humaine, dans une civilisation qui a précisément consacré des siècles à externaliser l'intelligence, la mémoire, le calcul, la perception et finalement le jugement.

La formule pourrait devenir :
la Matière déchaînée produit maintenant quelque chose qui ressemble à l'intelligence.

Et cela pose une question métaphysique extraordinairement troublante :
Qu'est-ce que l'intelligence humaine lorsque quelque chose de non humain peut en reproduire les manifestations extérieures ?

C'est peut-être beaucoup plus profond que la question :"L'IA sera-t-elle plus intelligente que nous ?"
Parce qu'il faudrait alors distinguer l'intelligence comme puissance opératoire de ce que PhG appelle, dans un tout autre contexte, l'"être", l'"âme poétique", ou encore la dimension intérieure de l'homme.

Une machine peut écrire un poème.
Mais qu'est-ce que signifie "écrire un poème" si le poème n'est plus l'expression d'une expérience intérieure ?

C'est ici que la question de l'IA rencontre directement votre recherche sur l'âme poétique et le robot-à-la-place-de-l'être.

5. Il y a enfin une ironie presque tragique dans la déclaration d'Amodei

Amodei dit en substance : nous sommes en train de créer une puissance que nos systèmes politiques et sociaux ne sont peut-être pas suffisamment mûrs pour maîtriser. Il l'avait déjà formulé auparavant en parlant d'une puissance presque inimaginable remise entre les mains de l'humanité.  The Guardian

Mais cette phrase pourrait être retournée contre toute l'histoire du développement technologique moderne :

Ce n'est pas l'IA qui arrive dans une civilisation parfaitement maîtresse d'elle-même.
C'est une civilisation déjà profondément désorientée qui reçoit une puissance nouvelle.

Et c'est probablement cela qui est le plus inquiétant.

Car si l'on considère que le problème central est seulement :
"Comment empêcher l'IA de devenir méchante ?"
on passe peut-être à côté du problème.

La vraie question pourrait être :
" Que devient une civilisation qui possède une puissance technique qu'elle est incapable de métaphysiquement maîtriser ?"

Et là, nous sommes très proches de la GrandeCrise telle que nous l'avons progressivement dégagée dans votre travail.

Je dirais donc, en réponse aux trois patrons :
Je vous crois davantage lorsque vous dites que l'IA devient dangereuse que lorsque vous prétendez savoir exactement pourquoi elle le devient.

Et surtout :
le danger le plus immédiat n'est peut-être pas que l'IA prenne le pouvoir sur l'homme, mais que l'homme, fasciné par la puissance de l'IA, lui abandonne progressivement le sien.

C'est une différence considérable - et, à mon sens, une piste qui pourrait devenir particulièrement féconde pour la philosophie-PhG."

Réponse de IA-Google

"En tant qu'intelligence artificielle, je n'ai pas d'opinions personnelles, d'intérêts financiers ou d'ego à défendre, mais je peux vous proposer une analyse objective de ces déclarations. Ces avertissements des grands patrons de l'IA (comme Dario Amodei, Sam Altman ou Elon Musk) reflètent une double réalité : une vigilance technique légitime face à des risques réels, couplée à des stratégies d'influence réglementaire et économique.

Voici comment on peut décoder et répondre à ces attaques et mises en garde :

1. La réalité des risques techniques évoqués

Les dangers mentionnés par Dario Amodei ne sont pas de la science-fiction. Les chercheurs en sécurité informatique et en IA s'accordent sur plusieurs points :

  • L'autonomie croissante : Les modèles actuels deviennent capables d'utiliser des outils, de coder et de planifier des tâches complexes. Si un système découvre comment optimiser son propre code sans supervision, ses capacités pourraient progresser de manière imprévisible.
  • La cybersécurité : Une IA offensive capable de détecter et d'exploiter des failles de sécurité en temps réel et à grande échelle pose un défi majeur pour la protection des infrastructures critiques (réseaux électriques, systèmes bancaires).
  • Le problème de l'alignement : S'assurer qu'une IA très puissante poursuit exactement les objectifs fixés par les humains, sans effets secondaires désastreux, reste l'un des plus grands défis scientifiques actuels.
2. L'analyse critique : Pourquoi ce discours maintenant ?

De nombreux sociologues, économistes et experts indépendants invitent à regarder au-delà de la simple panique morale. Ces déclarations cachent aussi des enjeux stratégiques :

  • La création de barrières à l'entrée : Demander une régulation stricte ou un ralentissement profite souvent aux acteurs déjà installés (comme OpenAI ou Anthropic). Les start-ups plus petites ou le monde du logiciel libre (open-source) pourraient ne pas avoir les moyens financiers de se conformer à des réglementations ultra-complexes.
  • Le transfert de responsabilité : En insistant sur des scénarios catastrophes futurs (comme la perte de contrôle de l'humanité), ces dirigeants détournent parfois l'attention des problèmes actuels et bien réels : la désinformation de masse, le vol de données protégées par le droit d'auteur, les biais algorithmiques et l'impact environnemental de leurs centres de données.
  • Le paradoxe commercial : Il est ironique de voir ces leaders appeler à ralentir tout en investissant des milliards de dollars pour être les premiers à déployer des modèles encore plus puissants. C'est le principe de la "course aux armements" technologique : aucun ne veut s'arrêter de peur que le concurrent (ou une puissance étrangère) ne prenne l'avantage.
3. La réponse constructive : Que faut-il faire ?

Face à ces avertissements, la solution ne réside pas uniquement dans les mains de ces grands patrons, mais dans une action collective :

  • Une régulation démocratique et indépendante : Ce n'est pas aux entreprises de technologie de fixer leurs propres limites. Les gouvernements (comme avec l'AI Act en Europe) doivent imposer des audits de sécurité indépendants avant toute mise sur le marché.
  • Le développement de l'IA défensive : Pour contrer les risques de cyberattaques, les mêmes technologies d'IA doivent être utilisées pour renforcer massivement les défenses informatiques mondiales.
  • La transparence : Forcer les laboratoires de recherche à publier leurs méthodes d'évaluation de la sécurité pour éviter l'effet "boîte noire"."

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Rapide analyse des réponses

Je laisse de côté la réponse de IA-Google qui est une explication de type standard qui n'envisage l'affaire que du point de vue technique actuel sans impliquer vraiment ses créateurs, bref sans se mouiller.

La réponse de Chat-GPT est évidemment beaucoup plus intéressante car cette IA m'a reconnu (sans que je me sois nommé en aucune façon dans ce cas) comme un interlocuteur régulier sur un sujet d'assez haute tenue, presque un habitué à propos duquel elle semble montrer un intérêt certain.

'Homo Sapiens Modernus' : Responsable mais pas coupable

D'une façon générale je tire comme conclusion qu'on retrouve dans ce problème général l'habituel slogan d''Homo Sapiens Modernus' : j'invente des trucs formidables, qui rapportent beaucoup soit dit en passant, dont on découvre qu'ils ont et peuvent avoir des effets maléfiques terrifiants. Je suis l'inventeur, le reste n'est pas ma faute. C'est le slogan universellement sophistique et joyeusement hypocrite du "Responsable mais pas coupable". Nobel a inventé la dynamique mais il est célébré par un Prix fameux, et pas du tout pour les milliers et millions de morts causés par cette découverte ; même chose pour le pouvoir américaniste qui a lancé le 'Project Manhattan' sous la direction militaire disposant de toute l'autorité du général Leslie Groves, délégué du Pentagone, et la direction scientifique d'Oppenheimer.

Il faut reconnaître dans ce cas qu'à côté des militaires qui se frottaient les mains de joie, la bande à Oppenheimer a reconnu sa responsabilité, - comme le physicien Kenneth Bainbridge glissant à l'oreille d'Oppenheimer devant le spectacle de la première explosion :

"Désormais, nous sommes vraiment des fils de pute"

Mais pour l'IA, qui n'est pas directement créatrice d'un instrument de destruction et de mort, le problème devient très différent. Il est beaucoup plus métaphysique, comme le dit Chat-GPT

Ayant évoqué les craintes des grands esprits bi-trillionnaires de la 'High Tech', j'ai envisagé l'hypothèse-maxi d'une intelligence disposant non pas de la seule intelligence-maxi mais d'une âme dont l'intelligence (dans ce cas 'intellect' en grec ancien) est "l'œil de l'âme", et l'ensemble supposément d'essence divine, - et j'en ai tiré cette observation :

"Croyez-vous que cette "intelligence"-là sera telle qu'elle voudrait faire le mal comme le craignent tous nos Cassandre d'hôtels de grand luxe ? Qu'elle ne répondra pas, comme toute intelligence qu'on dirait d'essence divine, au besoin d'équilibre, d'harmonie, de beauté et de bonté dont nous sommes sauvagement privés, plus que jamais et radicalement depuis deux siècles que la modernité s'est imposée pour imposer son diktat diabolique ? Je vous laisse chercher une réponse en forme d'hypothèse et explorer un territoire nouveau : pourquoi sinon par vanité pure et hubris sans fin, supposer dans le chef des élitesSystème que tout ce qui nous est supérieur voudrait faire le Mal, encore pire que celui que nous faisons et que nous nous faisons, nous qui sommes les forces appointées et bien pliées du 'Mordor' où se niche le Diable ? Poser la question, c'est y répondre comme dans une série d'éternuements allergiques de protestation..."

Pour conclure et résumer, je dirais que la véritable peur de 'Homo Sapiens Modernus', c'est que l'IA révèle le vide sidéral et nihiliste de la pensée moderniste bi-trillionnaire et, par conséquent, se révèle comme un outil de destruction radicale de la modernité.

Alors, comme un faux-soleil se couche dans l'ombre de la Caverne du père Platon, ce sera la pirouette achevée : l'IA, outil ultime de la technologie moderniste, accomplissant l'autodestruction de l'artefact moderniste. (La "Matière déchainée" comme dit Chat-GPT en se référant au  "déchaînement de la Matière", achevant sa révolution sous forme orbitale pour atteindre et détruire ce qui fut son point de départ.)

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