🌍 15/09/2026 linvestigateurafricain.tg  4min 4 #326733

Algérie-Mali : les véritables enjeux du réchauffement entre Alger et Bamako

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Komla YAWO

Le rapprochement Algérie-Mali prend une tournure concrète. Après plusieurs mois de tensions, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s'est rendu à Bamako lundi 14 septembre, à l'invitation de son homologue malien  Abdoulaye Maïga. Une visite qui intervient seulement trois semaines après le déplacement de ce dernier à Alger. Derrière les messages d'amitié et les appels à la coopération, les deux pays cherchent surtout à tourner la page d'une crise devenue encombrante pour leurs intérêts respectifs.

Le calendrier n'est pas anodin. Pendant plus d'un an, les relations entre Alger et Bamako se sont fortement dégradées, notamment après la destruction, fin mars 2025, d'un drone malien près de  Tinzaouatène. L'incident avait provoqué une nouvelle escalade diplomatique, dans un contexte déjà marqué par les désaccords sur la question du nord du Mali et par la dénonciation par Bamako de l'Accord d'Alger de 2015.

Depuis juillet 2026, toutefois, les deux capitales ont amorcé une désescalade. Le retour des ambassadeurs et la reprise progressive des échanges ont ouvert la voie à un dialogue direct. La visite d'Abdoulaye Maïga à Alger, le 24 août, puis celle de Sifi Ghrieb à Bamako montrent désormais une volonté de transformer cette détente en véritable normalisation. Mais il ne s'agit pas simplement de rétablir une relation de bon voisinage.

Alger veut retrouver une place au Sahel

Pour l'Algérie, l'enjeu est d'abord sécuritaire et géopolitique. Le Mali partage avec elle une longue frontière et constitue l'un des principaux espaces par lesquels les crises sahéliennes peuvent directement affecter le territoire algérien.

Alger a également longtemps joué un rôle de médiateur dans les crises du nord du Mali. La détérioration des relations avec Bamako a donc réduit son influence dans une zone où le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont progressivement construit leur propre agenda au sein de l'Alliance des États du Sahel.

Retrouver un canal de dialogue avec Bamako permet ainsi à l'Algérie de revenir au cœur des discussions régionales. Il s'agit moins de reprendre son ancienne position que de préserver ses intérêts sécuritaires et d'éviter que le voisinage sahélien ne lui échappe totalement.

Le message transmis par Sifi Ghrieb au président Assimi Goïta au nom d'Abdelmadjid Tebboune traduit cette volonté de rétablir un contact politique au plus haut niveau.

Pour Bamako, diversifier ses partenariats

Du côté malien, le calcul est également pragmatique. Bamako cherche à consolider ses marges de manœuvre diplomatiques et économiques dans un environnement régional particulièrement difficile.

Le rapprochement avec Alger offre d'abord l'avantage d'apaiser une relation avec un voisin stratégique. Mais il peut également ouvrir des perspectives économiques. Lors de la visite de Sifi Ghrieb, les discussions ont notamment porté sur les investissements, signe que la normalisation diplomatique doit désormais déboucher sur des intérêts matériels.

Bamako n'a donc aucun intérêt à maintenir indéfiniment une confrontation avec Alger. De son côté, l'Algérie ne peut ignorer durablement un voisin avec lequel elle partage une frontière, des enjeux sécuritaires communs et une histoire diplomatique importante.

L'enjeu dépasse finalement Alger et Bamako

Le véritable enjeu du rapprochement Algérie-Mali se situe donc au-delà de la relation bilatérale. Il concerne l'équilibre des forces au Sahel. Si la réconciliation se confirme, Alger pourrait redevenir un interlocuteur important de Bamako, sans pour autant remettre en cause les choix stratégiques de la transition malienne. Le Mali, lui, pourrait tirer profit de cette détente pour renforcer ses partenariats tout en maintenant son autonomie diplomatique.

La prudence reste toutefois de mise. Une visite ministérielle ne suffit pas à effacer les différends accumulés depuis 2023. La question du nord du Mali, l'Accord d'Alger, la sécurité frontalière et les divergences sur les groupes armés restent des dossiers sensibles.

Le rapprochement actuel doit donc être lu comme une tentative de réconciliation stratégique plutôt qu'une disparition des désaccords. Pour Alger comme pour Bamako, le moment est surtout venu de constater qu'une crise prolongée coûte davantage qu'un dialogue retrouvé.

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