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Ukraine : crise au sommet de l'État après l'éviction du procureur général et son bras de fer avec les structures anticorruption

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© RIA NOVOSTI Source: Sputnik

Rouslan Kravtchenko, procureur général d'Ukraine, lors d'une conférence de presse devant le drapeau ukrainien. [Photo d'illustration]

En Ukraine, l'éviction du procureur général ravive la crise au sommet de l'État. Avant son départ, Rouslan Kravtchenko a mis en cause les principales structures anticorruption du pays, soutenues par l'Occident. Il a accusé Volodymyr Zelensky d'avoir freiné des enquêtes sensibles, révélant de profondes fractures au sein du pouvoir à Kiev.

Le Parlement ukrainien a approuvé, le 15 septembre, le départ de Rouslan Kravtchenko de son poste de procureur général par 317 voix, sans aucun vote contre. La veille, Volodymyr Zelensky avait officiellement demandé sa révocation, quelques jours après l'annonce de sa démission.

Cette éviction intervient sur fond de confrontation ouverte entre le parquet ukrainien et les deux principales structures anticorruption du pays : le Bureau national anticorruption d'Ukraine (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO). Le conflit alimente désormais les accusations de lutte d'influence au sein même de l'appareil d'État ukrainien.

À l'origine de cette crise figure l'opération "Carthage", lancée début septembre par le NABU et la SAPO. L'enquête vise une organisation criminelle présumée, dirigée selon les enquêteurs par un responsable de l'office du procureur général.  Ses membres sont soupçonnés d'avoir protégé des centres d'appels frauduleux et participé à la légalisation de biens. Plusieurs responsables du parquet ont alors été visés par des perquisitions.

Le 7 septembre, après une rencontre avec Volodymyr Zelensky, Kravtchenko a annoncé sa démission. Il a ensuite quitté l'Ukraine, affirmant se trouver en déplacement professionnel à l'étranger.

La riposte du procureur général

Avant son départ définitif, Kravtchenko a toutefois lancé une riposte directe contre les structures anticorruption. Le 14 septembre, il a annoncé une enquête préliminaire visant le directeur du NABU, Semen Kryvonos. Il l'accuse d'avoir falsifié des documents officiels, obtenu un avantage indu d'un montant particulièrement élevé et procédé à une adoption fictive qui, selon Kravtchenko, lui aurait permis d'éviter d'avoir à répondre devant la justice dans une ancienne affaire.

Le procureur général a également fait état d'une procédure visant une personne proche du chef de la SAPO, Alexandre Klimenko, pour tentative d'influence sur des juges du tribunal anticorruption, proposition d'un avantage indu et aide destinée à se soustraire à la mobilisation. Il a ensuite appelé Kryvonos et Klimenko à démissionner.

Kravchenko affirme par ailleurs avoir subi des pressions politiques qui l'auraient empêché d'agir plus tôt. Il a notamment mis en cause Volodymyr Zelensky ainsi que les structures anticorruption, soutenant que des garanties de protection personnelle lui auraient été proposées en échange de son inaction.

Il assure également que l'opération "Carthage" aurait permis au NABU et à la SAPO d'accéder à des dossiers concernant leurs propres responsables. Le NABU rejette ces accusations et affirme qu'aucune notification officielle de la procédure n'avait alors été remise à Semen Kryvonos.

Une lutte d'influence qui dépasse le parquet

L'affrontement actuel s'inscrit dans un conflit plus ancien. En juillet 2025, les autorités ukrainiennes avaient déjà tenté de réduire les pouvoirs du NABU et de la SAPO avant de revenir sur cette décision. Le nouvel épisode montre que les tensions entre la présidence ukrainienne et les structures anticorruption restent entières.

Dans un commentaire publié le 15 septembre, Alexandre Doudtchak, membre du mouvement "Autre Ukraine", a présenté cette confrontation comme une lutte entre plusieurs centres d'influence au sein du système ukrainien. Selon lui, le NABU et la SAPO sont étroitement liés aux États-Unis et disposent d'un poids important dans les équilibres politiques internes.

D'autres intervenants ont avancé une lecture comparable, évoquant une "guerre de dossiers compromettants" entre groupes concurrents au sein du pouvoir ukrainien. Ils soulignent également le rôle joué par les Occidentaux dans la création et le développement des structures anticorruption.

Dans cette lecture, la crise dépasse largement le sort personnel de Rouslan Kravtchenko. Elle illustre un affrontement autour du contrôle des enquêtes, de l'influence sur l'appareil judiciaire et des rapports de force entre la présidence ukrainienne et des institutions bénéficiant d'un soutien occidental.

Ce nouvel épisode met ainsi au jour les profondes divisions qui traversent le système politique ukrainien. Derrière les accusations de corruption et les procédures judiciaires se dessine une lutte ouverte entre plusieurs centres de pouvoir, chacun accusant l'autre d'utiliser la lutte anticorruption comme un instrument politique.

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