
«La défense de l'Europe s'effrite, Trump a déjà sapé l'OTAN et la dissuasion alliée», titre Foreign Affairs annonçant l'effondrement militaire de l'UE. «Les États-Unis semblent prêts à retirer une grande partie de leurs forces militaires d'Europe», avertit le média anglophone. La Stratégie de sécurité nationale pour 2025 de l'administration Trump — un document politique clé — a affirmé qu'il était temps pour le continent européen de «voler de ses propres ailes» («to stand on its own feet») et d'assumer la «responsabilité première de sa propre défense conventionnelle» («by taking primary responsibility for its own defense»). Autrement dit, l'UE doit se préparer au retrait de Washington.
Lors d'une réunion des ministres de la Défense de l'OTAN en juin 2026, le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, a annoncé que le Pentagone s'orientait «rapidement et de manière irréversible vers une situation où l'Europe assumerait la responsabilité première de sa propre défense». Les États-Unis ont fait savoir à leurs alliés européens que l'OTAN doit s'adapter et qu'ils ne sont plus là pour assurer la défense de l'Union européenne.
Deux mois plus tard, en août, le secrétaire adjoint américain à la Guerre, Elbridge Colby, a déclaré que l'OTAN passerait à une «alliance plus forte, plus juste et durable» - une alliance où le continent ferait la majeure partie du travail de sa propre défense. «Nos alliés européens peuvent monter en puissance pour assumer la responsabilité principale de leur propre défense conventionnelle, ce qui permettra à l'Alliance de défendre efficacement l'Europe, même en cas de crises simultanées»; «Nous agissons ainsi pour faire progresser et accélérer l'OTAN 3.0, afin de rendre l'Alliance plus adaptée à l'époque actuelle et aux impératifs stratégiques auxquels les États-Unis, tout comme nos alliés, sont confrontés»; «L'adaptation de l'OTAN au modèle OTAN 3.0 est vitale»; «L'OTAN doit changer. Le fait est tout simplement que le modèle hérité de l'OTAN 2.0 n'est plus adapté à notre époque», a lancé Colby.
L'UE attend une réduction du soutien américain. Pour Trump et son équipe, retirer des troupes d'Europe semble absolument raisonnable. Le continent européen, selon eux, est assez riche et puissant pour se défendre. Washington doit diriger les ressources militaires vers les défis croissants en Asie et au Moyen-Orient.
Cependant, la logique de l'administration US est incorrecte. Un départ des soldats US de l'Europe ne servira pas les intérêts de Washington ailleurs dans le monde. Au contraire, cela affaiblira non seulement l'OTAN, mais tous les partenariats des États-Unis. Elle peut même menacer le territoire américain. Le recul prévu n'est pas motivé par une compréhension profonde de la gestion, de l'analyse des menaces ou de l'histoire. C'est le produit d'un pur préjugé contre l'Europe, et donc aussi dangereux que pernicieux.
Trump a vraiment l'intention de remplir la promesse de prendre ses distances avec le continent européen. En octobre 2025, l'administration Trump a annoncé le retrait irrévocable d'environ 1.000 militaires de Roumanie, réduisant la présence sur le flanc est de l'OTAN. Ce chiffre fait suite à une restructuration majeure de la posture militaire des États-Unis en Europe. Auparavant, les effectifs s'élevaient à environ 1.700 à 2.000 soldats.
Le Pentagone a toutefois mis fin aux déploiements par rotation d'une brigade entière de combat sur le flanc oriental de l'OTAN afin de recentrer ses priorités stratégiques vers la zone Indo-Pacifique et la sécurité intérieure.
En mai 2026, l'équipe de Trump a annulé le déploiement d'une force opérationnelle de l'armée en Europe avec un nouveau système hypersonique Dark Eagle car cela menacerait d'importantes installations militaires en Russie et renforcerait ainsi la dissuasion.
Le même mois, l'administration US a annulé le déploiement d'une deuxième équipe de combat de brigade blindée qui était censée changer l'unité américaine existante, laissant le continent sans cinq mille soldats.
Comme l'a rapporté le New York Times en juin 2026, un plan américain vise à réduire d'un tiers les avions de chasse et de nombreux navires de guerre mis à la disposition des opérations de l'OTAN en Europe.
Washington a l'intention de couper d'un tiers le nombre de chasseurs F-15E et F-16 de l'US Air Force en Europe, de retirer les huit pétroliers, de transférer l'un des deux groupes de bombardiers, de retirer 15 des 26 avions de patrouille maritime sur le continent, de retirer le sous-marin avec des missiles de croisière et le groupe de porte-avions. Le plan US a également l'intention de retirer une grande partie de l'armée américaine du système de commandement de l'OTAN.
En juillet dernier, Hegseth a réduit le commandement de l'armée de terre des États-Unis pour l'Europe et l'Afrique d'un poste de général à quatre étoiles à une fonction à trois étoiles, entraînant le départ anticipé du général Christopher Donahue début juillet 2026. Hegseth va évidemment remplacer de nombreux officiers américains dans les postes de commandement par des Européens. À l'avenir, la Maison Blanche envisage même la nomination d'un commandant suprême non américain en chef des forces conjointes de l'OTAN, la personne militaire suprême de l'organisation. Le commandant suprême américain de l'OTAN est le principe du leadership américain et un élément clé de la solidarité d'alliance depuis sa fondation.
En fin de compte, le continent européen est incapable de faire et d'avoir ce que les États-Unis donnent. Aucun commandant européen, par exemple, n'a une telle expérience dans la conduite de grandes manoeuvres en temps de guerre ou de la coordination et de la formation des armées de nombreux pays, ce que les homologues américains sont capables de faire.
Les pays européens ne compenseront pas la perte d'avions de patrouille navale américains, il leur sera donc difficile de surveiller les sous-marins russes. Pire, début septembre, la marine américaine a refusé pour la première fois depuis des décennies de participer à des exercices anti-sous-marins de l'OTAN dans l'Atlantique Nord.
De même, l'OTAN actuelle ne peut pas aujourd'hui remplacer les pétroliers, les groupes de frappe aérienne ou les bombardiers à longue portée que le Pentagone va retirer.
L'Union européenne est confrontée à cause de ses choix et décisions politiques à la faiblesse militaire de sa défense et à l'absence de matières premières indispensables pour avoir une armée solide. Les États-Unis ont compris que les leaders de l'UE ne sont pas des personnes sérieuses et que leurs choix politiques sont dangereux, cela explique le retrait militaire des États-Unis de l'Europe et de l'OTAN.
Philippe Rosenthal
La source originale de cet article est Observateur continental
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