
Cette carte de la Syrie a pour en-tête : "Le très estimé ministère de l'Éducation a décidé de l'enseigner officiellement". Elle est signée par le dessinateur cartographe Hamdi Tarbine, imprimée par la Bibliothèque hachémite à Damas, mais n'est pas datée.
Sans entrer dans les détails historiques, tout porte à conclure qu'elle date des années 1920-1930, puisque le petit rectangle inférieur indique les contours de la "République du Liban" proclamé le 1er septembre 1920 par le général Henri Gouraud, son indépendance politique totale n'ayant été obtenue que le 22 novembre 1943.
Elle inclut aussi, le Sandjak d'Alexandrette, cédé par la France mandataire à la Turquie par l'accord franco-turc du 23 juin 1939 visant à s'assurer de la neutralité de la Turquie, ou de son ralliement au bloc franco-britannique à la veille de la Seconde Guerre mondiale ; la population syrienne disposant alors de 18 mois pour quitter le nouveau territoire offert à la Turquie.
Au sud ouest, la Syrie s'y trouve limitrophe de l'Égypte et inclut donc la Palestine ; la création de l'État d'Israël sur la terre palestinienne n'ayant été officiellement proclamée que le 14 mai 1948.
La carte inclut également une partie de la Jordanie devenue indépendante le 25 mai 1946, en notant que sous l'Empire ottoman elle dépendait, avec la Palestine, du Sandjak de Damas ; sandjak signifiant division administrative.
La partition de la Syrie naturelle a donc eu lieu, et ce qui reste de la Syrie indépendante depuis le 17 avril 1946 risque d'être réduit à une peau de chagrin sous le joug d'Al-Joulani, alias Ahmad al-Charaa, le président autoproclamé du type couteau suisse multifonction de la malheureuse "nouvelle Syrie".
En effet, les gouvernements successifs de la Syrie indépendante ont toujours rejeté l'accord franco-turc de 1939 relatif au Sandjak d'Alexandrette et, à plus forte raison, l'annexion du plateau du Golan par Israël. De jure, le plateau est intégralement situé dans les frontières nationales syriennes ; notamment, dans le gouvernorat de Qouneitra.
Mais, en décembre 2025, à l'occasion d'une information concernant la répartition des bureaux chargés de l'immigration et des passeports dans les différents gouvernorats, le ministère de l'intérieur du Joulani a publié la carte ci-dessous (1), amputée du Golan avec la fine bande restante du gouvernorat de Qouneitra dont les habitants subissent les sévices des soldats de Tsahal : incursions quotidiennes, contrôles et arrestations arbitraires, confiscations des biens et des terres, destruction des maisons, etc. (2). À noter que les gouvernorats en rouge ne disposent pas de ces bureaux, sans doute parce que le gouvernement du Joulani ne les contrôle pas.

D'où un tollé général, certains parlant d'erreur, d'autres de pressions israéliennes, sans que le ministère ne réagisse promptement et énergiquement.
Et voilà que la veille du nouvel an hébreu, "Roch Hachana" (12-13 septembre 2026), Benjamin Netanyahou se poste sur le sommet de Jabal Al-Cheykh (2814 mètres) situé sur la frontière entre la Syrie et le Liban, à environ 40 kilomètres à vol d'oiseau de Damas, et dont le versant sud domine le plateau du Golan, pour déclarer :
"Nous nous tenons ici sur le sommet du mont Hermon (Jabal al-Cheykh). Damas est par ici. Le Liban est là-bas. Les hauteurs du Golan sont par là. Et nous, nous contrôlons toute cette région, du mont Hermon, au fleuve Yarmouk, jusque la mer Méditerranée. Un contrôle absolu et sans précédent. Nous ne permettrons à aucune armée terroriste de pérenniser sa présence à nos frontières. C'est l'une de nos grandes réalisations. À partir d'ici, il nous reste encore à travailler, car notre but principal est la défaite du régime terroriste en Iran. Un but dont nous nous approchons de très près. Nous savons que la totalité de cet Axe (de la Résistance régionale ; Ndt) s'écroulera définitivement. Nous nous sommes engagés à réaliser cette mission et nous la réaliserons" (3).
Capture d'écran d'une vidéo d'al-Jazeera.
D'ailleurs, le 17 décembre 2024, quelques jours après la chute de l'État syrien le 8 décembre 2024 que certains réduisent à la chute du président Bachar Al-Assad et du parti Baas, Netanyahou avait déclaré :
"Nous resterons ici aussi longtemps que cela sera nécessaire. Notre présence ici, au sommet du mont Hermon, renforce la sécurité et ajoute une dimension d'observation et de dissuasion des bastions du Hezbollah dans la vallée de la Bekaa au Liban, ainsi qu'une dissuasion contre les rebelles de Damas, qui prétendent présenter une image modérée mais font partie des sectes islamiques les plus extrêmes " (4).
De quels rebelles, désormais qualifiés d'armée terroriste parle Netanyahou sinon des milices sanguinaires du Joulani, un terroriste notoirement connu, prétendument repenti

"L'homme qui dirige actuellement la Syrie est une personne que j'ai installée à ce poste avec la coopération du président Erdogan et quelques autres..." (5).
Trump a donc parlé de la collaboration de "quelques autres" sans citer Israël, et Netanyahou a insisté :
"C'est grâce aux sages décisions du gouvernement, que je dirige, que le renversement d'Al-Assad a été accompli" (1'15, (6)).
Photo : Capture d'écran. Joulani et Erdogan
Netanyahou n'a évidemment pas avoué son assistance au Front terroriste al-Nosra, devenu un secret de polichinelle sur lequel nous ne reviendrons pas, comme nous ne reviendrons pas sur la liste de ces "quelques autres" qui ont fait ce choix "pragmatique".
Une assistance sournoise qui autorise Israël à envahir le Sud syrien et, peut-être, à concrétiser son projet de "Couloir de David" s'étendant vers le nord du pays, sous prétexte de se prémunir contre une armée de milices hétéroclites effectivement terroriste à sa frontière ; mais qui, massacre après massacre, s'en prend avant tout aux citoyens syriens.
Le "Couloir de David". Source : en.al-akhbar.com
Quant au gouvernement du Joulani, il s'est contenté de condamner les visites officielles israéliennes sur le versant syrien de Jabal al-Cheikh, les qualifiant de violation de sa souveraineté nationale et de son intégrité territoriale, quand il n'a pas clamé haut et fort à qui voulait l'entendre qu'il s'est sérieusement distancé des tensions régionales et qu'il ne constitue en aucun cas une menace pour ses voisins. D'ailleurs, il n'aurait plus les moyens militaires pour riposter autrement. En revanche, le quotidien Al-Akhbar rapporte que des centaines de ses mercenaires auraient rejoint les forces lancées par les Saoudiens contre les Houthis au Yémen, y compris sur le front occidental récemment tombé, la Turquie étant impliquée dans leur transport vers les différents fronts de bataille (le lien de l'article ne s'ouvre plus...). [Voir Ryad transfèrerait des combattants syriens vers le front yéménite]
Lebanese daily Al Akhbar is among several outlets recently reporting that Syrian fighters have been transferred to Saudi Arabia's southern border for possible deployment against Yemen's Houthis. If true, it wouldn't be the first time Syrian mercenaries have been deployed to fight...
— Gönül Tol (@gonultol) September 17, 2026
Face à l'invasion israélienne avançant tambour battant depuis le 8 décembre 2024, le Joulani et sa clique agissent avec "retenue" comme les félicitent Thomas Barrak, l'envoyé spécial de Trump en Syrie et en Irak, et calquent leur "diplomatie" sur celle des prédateurs de la Syrie.
Qu'ont-ils récolté ? M. Amer Ali du quotidien Al-Akhbar pose cette question et y répond ; ce qui nous rappelle la fameuse maxime de feu le président égyptien Hosni Moubarak : "Qui s'abrite sous la couverture américaine est nu...".
Ci-dessous la traduction de son article (7) :
Désormais, Israël exerce un contrôle absolu et sans précédent sur la zone s'étendant de Jabal al-Chaykh au fleuve Yarmouk et, à partir de là, sur la mer Méditerranée, s'est donc vanté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de sa visite au sommet de cette montagne occupée par Tel-Aviv depuis fin 2024, au moment même où les autorités de transition présidées par le Joulani poursuivent leurs efforts "diplomatiques" afin de parvenir à un accord de sécurité avec Israël soutenu par les États-Unis.
Bien que ces déclarations de Netanyahu reflètent effectivement la politique d'Israël dans la région en général, et en Syrie en particulier où il occupe désormais de vastes zones dans le sud du pays et impose une zone démilitarisée qui s'étend jusqu'aux abords de Damas; elles sont quand même perçues comme faisant partie de la propagande pratiquée à la veille des élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre prochain.
Néanmoins, ces récentes déclarations rejoignent celles prononcées par d'autres responsables israéliens rendus dans les territoires syriens occupés, notamment par le ministre de la Défense, Yisrael Katz, lors d'une visite au sommet de Jabal al-Cheykh le 25 août 2026, précédée par une autre visite le11 mars 2025 :
"Chaque matin, lorsqu'Al-Joulani ouvrira les yeux au palais présidentiel de Damas, il verra l'armée israélienne le surveiller depuis les hauteurs du mont Hermon et se souviendra de notre présence. Nous nous déploierons aussi dans toutes les zones de sécurité du Sud de la Syrie afin de protéger les habitants du Golan et de la Galilée de toute menace émanant de lui et de ses alliés djihadistes. L'armée israélienne se prépare à rester en Syrie pour une durée indéterminée " (8).
Des vantardises israéliennes cohérentes avec les changements sur le terrain en Syrie où, après la chute du régime précédent, Damas a subi la destruction de ses capacités militaires, notamment celles de sa défense aérienne ; son armée ayant subi la plus grande vague d'attaques ciblant ses infrastructures. Ce qui a conduit à l'ouverture de l'espace aérien syrien aux avions israéliens.
En dépit de tout ce qui précède, les autorités de transition en Syrie ont déclaré être prêtes à accepter une grande partie des conditions posées par Israël, dont la création d'une zone démilitarisée dans le sud du pays. Et bien qu'elles aient affirmé compter sur les États-Unis et leurs "alliés" pour le règlement de ce dossier, leur pari sur la "diplomatie" s'est révélé infructueux jusqu'à présent.
En effet, depuis environ un an, le gouvernement du Joulani, avec les encouragements des États-Unis et la médiation de la France, a tenu nombre de réunions avec Israël afin de parvenir à un accord de sécurité qui ouvre la voie à un accord de normalisation totale.
Et dans ce but, le plan américain comprenait des incitations financières ; notamment, la création de zones économiques dans le Sud de la Syrie, ainsi que le respect de toutes les exigences israéliennes, qu'il s'agisse de la coupure des voies d'approvisionnement de la Résistance au Liban, ou de "l'absence d'une quelconque menace" visant Israël. C'est sur cette base qu'un projet d'accord a été conclu. Il devait être signé lors de la visite du Joulani aux États-Unis en tant que participant aux réunions de l'Assemblée générale des Nations Unies [en septembre 2025].
L'accord souhaité ne s'est pas concrétisé, Tel Aviv ayant refusé de le signer entraînant le gel des pourparlers, en dépit du fait que Damas avait pris l'initiative de mettre en œuvre toutes les exigences stipulées dans le projet susmentionné, espérant ainsi pousser les États-Unis à exercer leur pression sur Israël.
Mais l'administration du président américain Donald Trump, qui a pris en 2019 la décision de considérer le plateau du Golan syrien comme un "territoire israélien", n'a entrepris aucune action concrète jusqu'ici.
Et Israël a poursuivi ses incursions militaires qui ont atteint la périphérie de Damas, a pris le contrôle des sources d'eau douce et a mené à plusieurs reprises des assassinats et des raids sur divers sites, notamment l'attaque ayant ciblé l'aéroport militaire d'Abou al-Douhour situé dans la campagne d'Idlib, sous prétexte d'empêcher la Turquie (qui a fait main basse sur le nord du pays ; [Ndt]) d'y stationner ses troupes, comme l'a confirmé Netanyahou ;
"Israël et la Syrie étaient convenus d'un statu quo en matière de sécurité, que la Syrie était sur le point de rompre en autorisant le déploiement de troupes turques sur une base aérienne près d'Alep. Israël a averti la Syrie à maintes reprises qu'un tel déploiement constituerait une menace pour sa sécurité. La Syrie a choisi d'ignorer ces avertissements..." (9).
Et les responsables israéliens n'ont cessé de publier des déclarations soulignant la nécessité que la Syrie reste "ouverte" aux mouvements de l'armée d'occupation israélienne et leur refus de toute expansion "militaire" turque sur le territoire syrien. Ce qui a rendu l'accord de sécurité entre Damas et Tel Aviv subordonné à d'autres accords avec Ankara, qui a acquis une présence sans précédent dans le dossier syrien.
Ainsi, pendant près de deux ans, ladite "diplomatie du Joulani" et la dépendance à l'égard des États-Unis n'ont produit aucun résultat concret. Elles n'ont pas permis d'empêcher Israël de poursuivre ses attaques ni de résoudre la question du gouvernorat de Souweïda capturé par Tel-Aviv, après y être intervenu sous prétexte de protéger les Druzes (massacrés par les forces gouvernementales du Joulani, (10)). Un gouvernorat considéré comme un "l'un des bénéfices" tirés du changement de cap en Syrie et dont Israël soutient l'autodétermination.
Aujourd'hui, l'idée de négociations syro-israéliennes refait surface suite à la rencontre tenue le mois dernier dans la capitale jordanienne entre le ministre des Affaires étrangères du Joulani, Ass'ad al-Chibani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, sous l'égide des États-Unis. Si aucune information précise n'a filtré quant à la teneur de la rencontre, hormis les déclarations israéliennes la qualifiant d'"utile" et celles concernant le refus de l'expansion militaire turque en Syrie ; la question la plus importante portant sur la violation de la souveraineté syrienne et l'occupation israélienne du Sud du pays est restée suspendue.
Alors que les États-Unis s'apprêtent à accueillir de nouveau le Joulani pour participer aux réunions des Nations Unies (de septembre 2026), l'envoyé spécial américain pour la Syrie et l'Irak, Thomas Barrack, a écrit (le 9 septembre) sur son compte X suite à sa rencontre avec Al- Chibani à Ankara :
"La diplomatie n'est pas du théâtre. C'est l'harmonisation patiente des intérêts avant que les événements ne se retournent contre nous. Je suis reconnaissant de la franchise de cet échange et d'avoir un interlocuteur qui comprend que la retenue et le dialogue sont aussi des formes de force " (11)
Quelques heures plus tard, Netanyahu apparaissait au sommet du Jabal al-Cheykh et proférait ses menaces indiquant clairement que l'appétit expansionniste d'Israël s'intensifie.
Mouna Alno-Nakhal
Le 16 septembre 2026
Notes :
(3) Video : facebook.com
(5) Video : facebook.com
(7) [ حصاد "الدبلوماسية" السورية: شهيّة التوسّع الإسرائيلية تتعاظم]
(8) Video Netanyahou : youtube.com
(7) i24news.tv
(9) lemonde.fr
(11)
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Mouna Alno-Nakhal, Mondialisation.ca, 2026

