Michel Collon
AFP
Il y a 27 ans, l'OTAN bombardait la Yougoslavie et soutenait les indépendantistes de l'UCK - catalogués officiellement 'terroristes' quelques mois plus tôt-, au prétexte de s'opposer à "l'épuration ethnique", voire à un génocide planifié par les Serbes. Alors Hashim Thaçi, à la tête de l'UCK et futur président du Kosovo était un "héros", un "combattant de la liberté"...
Hashim Taçi vient discrètement d'être reconnu coupable de crimes de guerre : arrestation illégale, torture, meurtre et de traitement cruel - et condamné à 25 ans de prison par le tribunal spécial pour le Kosovo établi à La Haye.
L'accusation a évoqué lors du procès des assassinats, tortures, persécutions et détentions illégales de personnes dans des camps au Kosovo et dans le nord de l'Albanie. Ces crimes ont été commis par des membres de l'UCK à l'encontre de centaines de civils, des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques, selon l'acte d'inculpation.
De manière plus précise, ces crimes avaient commencés avant la dite "guerre du Kosovo".
27 ans plus tard il est enfin banal de reconnaître que l'épuration ethnique a bien eu lieu, mais après l'occupation par les forces de l'OTAN, et sous leurs yeux : 200 000 Serbes, Roms et autres non-Albanais ont été chassés du Kosovo, les communautés restantes contraintes de se barricader, et comble de l'ironie, de compter sur la protection des forces de l'OTAN directement responsable de leur situation.
Mais tout cela était parfaitement connu dès le départ - mais ceux qui le dénonçaient étaient alors insultés, traités de "rouge-brun", défenseur d'un (autre) Hitler du moment...
A se rappeler, quand dans 27 ans on se penchera sur les crimes des groupuscules néo-nazis en Ukraine ?
Source: Alerte Otan
Michel Collon - Monopoly, l'Otan à la conquête du monde (Extrait pp 206-209)
[...] "Une intimidation fasciste", écrit le principal journaliste Albano-kosovar
Même Veton Surroi, le plus célèbre journaliste albano-kosovar, qui a toujours été un grand partisan de l'OTAN, dénonce "l'intimidation organisée et systématique de tous les Serbes, simplement parce qu'ils sont Serbes. De telles attitudes sont fascistes."
En fait, l'UCK instaure un véritable apartheid, explique le frère Sava, pourtant opposant de toujours à Milosevic: "A l'hôpital de Pristina, il n'y a plus ni patients serbes, ni médecins serbes. Tous ceux-ci ont été emmenés par des hommes armés de l'UCK. En présence de soldats de la KFOR. Aujourd'hui, les Serbes ne peuvent plus se faire soigner à Pristina ni dans la plupart des autres hôpitaux de la province, dominés par les Albanais. Même aux pires moments de la répression et de la terreur de Milosevic, l'hôpital de Pristina n'a jamais été sans médecins et patients albanais. Aujourd'hui, à l'ère de la paix et avec 50.000 soldats de l'OTAN, il est réservé à un seul groupe ethnique."
Le nettoyage ethnique est si flagrant que même de grands médias US le relatent: "La ville de Gnjilane, qui avait traversé la guerre pratiquement intacte, est devenue un bastion du nettoyage ethnique style balkanique depuis qu'elle est passée sous contrôle militaire US."
Même des Albanais plus modérés se retrouvent la cible de l'UCK. Beaucoup, qualifiés de "collaborateurs", ont également été tués. Quand Veton Surroi a dénoncé, comme nous venons de le voir, la terreur à l'encontre des Serbes, quelle a été la réaction de la presse UCK ? "Surroi pue le Slave, il ne faudrait pas s'étonner qu'il lui arrive malheur !"
Epuration: non seulement les Serbes, mais aussi les Tziganes, Turcs, Croates, Juifs, Musulmans...
Dès le début de cette purification ethnique, de fumeuses explications ont été avancées par les responsables de l'OTAN et certains médias dociles... Ainsi, la vague de terreur anti-serbe est qualifiée de "regrettable, mais cette vengeance est compréhensible après ce qu'ils ont dû endurer."
Puis vient le tour des Tziganes (Roms): 400 maisons brûlées en quatre mois dans la seule ville de Gnjilane. On les accuse d'avoir "collaboré avec les Serbes".
Quelle mauvaise foi ! Qu'inventera-t-on pour justifier la violence exercée contre les Turcs du Kosovo ? Ils étaient cinquante mille, ils ne sont plus que dix mille. Et la terreur contre les 17.000 Gorani ? Ces musulmans ont le seul tort de parler non pas albanais mais serbe; sept attaques à la grenade en deux semaines ! Et la persécution des Juifs dont le chef de la communauté a dû fuir le Kosovo ? Et les 300 Croates chassés des villages de Letnica et Vrnavokla en octobre?
L'un d'entre eux, Josip Markovic, témoigne: "Depuis l'arrivée de la KFOR nous avons été laissés absolument sans protection. Des Albanais des villages voisins sont arrivés en uniformes de l'UCK. Ils nous ont maltraités bien que nous ne leur eussions jamais donné de raison pour ce faire: durant la guerre, nous n'étions d'aucun des deux côtés. A présent, ils ont tué et mutilé Petar Tunic. Nous espérions que la KFOR nous protégerait, mais il n'en a rien été."
Viols, vols de bétail, humiliations. Tout est fait pour "purifier" le Kosovo des non-Albanais. "L'école croate de Letnica a été supprimée, on a dit aux parents que dorénavant l'enseignement se ferait exclusivement en albanais."
Les excuses de l'OTAN servent à couvrir l'UCK
L'explication de la "revanche" spontanée de la population albanaise ne tient pas, elle sert seulement à camoufler la complicité de l'OTAN. Elle ne tient pas pour deux raisons. D'abord, de nombreuses victimes sont des Serbes âgés, hommes et femmes, qu'on ne peut suspecter d'avoir commis des crimes contre les Albanais. Ensuite, le nettoyage est organisé par l'UCK elle-même. Officiellement, ses dirigeants disent ne rien savoir, et parfois ils "regrettent" ces actes du bout des lèvres. Mais en réalité, ce sont eux qui font faire le sale travail par des escadrons de la mort (voir p. 209).
Un rapport confidentiel de l'ONU, obtenu par le Philadelphia Inquirer, le confirme: "Il montre que des membres du Corps de Police du Kosovo et d'anciens soldats de l'UCK terrorisent et battent les Serbes. Dans certains cas, les suspects portaient des uniformes du Corps de Police et des bérets UCK."
Tout ceci n'a rien de surprenant. Le programme de l'UCK a toujours été d'imposer un Etat monoethnique intolérant. L'OTAN le savait. D'ailleurs, son chef militaire, le général Wesley Clark, redisait début octobre à CNN: "La politique de l'OTAN, c'était: les Serbes dehors, les Albanais dedans." Voilà qui est clair.
En février 2000, je me suis rendu au Kosovo. La situation était effrayante... La plupart des villes ne comptaient plus un seul habitant serbe. A Pristina, il en restait quatre cents sur quarante mille, et ils devaient se terrer dans leur appartement depuis des mois. A Kosovo Polje, dans une école non chauffée alors qu'il gelait, j'ai vu des vieillards-chassés de leur maison et dont beaucoup avaient été battus- couchés à même le sol sur des matelas et enfouis sous plusieurs couvertures pour tenter de conserver un peu de chaleur. Ils étaient là depuis des mois, mais Bernard Kouchner leur refusait tout mazout dans l'espoir qu'ils quittent ce refuge.
Une bonne raison de rester
Une dernière chose: l'OTAN est-elle gênée par ces informations sur la violence de l'UCK ? Eh bien, elle pourrait l'être si les médias ouvraient un grand débat, avec des questions réellement insistantes, sur ce fait maintenant évident: ensemble, OTAN et UCK ont tué deux fois plus de gens que les forces serbes pendant les affrontements de 1998-99 au Kosovo. Mais ce débat-là n'est pas pour demain.
En fait, le Kosovo instable et agité, n'est-ce pas pour l'OTAN le meilleur prétexte pour rester ? Quand les meurtres de l'UCK sont arrivés à la connaissance de l'opinion, quelle a été la réaction de Kouchner et autres autorités d'occupation ? "Nous avons trop peu de moyens"!
Trop peu de moyens ? Fin novembre, des 40.000 Serbes vivant autrefois à Pristina, il en restait 400. Et le 29 novembre, l'un d'eux, un homme âgé, a été tué en pleine rue, après une attaque hystérique qui a duré longtemps, tandis que ses deux compagnons étaient gravement blessés. La KFOR est arrivée quand tout était fini. Trop peu de moyens ? 45.000 soldats de l'OTAN ne seraient pas capables d'assurer la sécurité de 400 Serbes à Pristina ? On nous raconte n'importe quoi.
En réalité, créer des situations inextricables n'est pas une erreur, mais une tactique. En Bosnie, les Etats-Unis ont créé un Etat ingérable, non viable et donc une parfaite excuse pour un protectorat durable. Quant au Kosovo, l'Ouest prétend qu'il fait toujours partie de la Yougoslavie, mais il a armé et placé au pouvoir des séparatistes indépendantistes et provocateurs. Un machiavélisme délibéré.
Demain, peut-être que Washington se débarrassera de certains éléments trop compromis de l'UCK pour remettre Rugova en selle. Ou peut-être continuera-t-elle à utiliser l'UCK pour créer un Kosovo indépendant et poursuivre sa guerre contre Belgrade. En tout cas, une chose est sûre: le sort des habitants du Kosovo n'a jamais été et ne sera jamais la motivation réelle des Etats-Unis.
Clinton prétendait se battre pour un Kosovo multiethnique. Mais aujourd'hui, le seul pays multiethnique de la région, c'est... la petite Yougoslavie (un habitant de Serbie sur trois n'est pas serbe). Et c'est aussi en Yougoslavie que se trouve la plus grande "armée de réfugiés" d'Europe. Et d'où ont fui ce million de Serbes, Tziganes et autres malheureux déracinés ? Du Kosovo, de la Bosnie et de la Croatie, c'est-à-dire de territoires contrôlés par l'OTAN.
Cadre1 : Bombarde-t-on le QG de l'UCK ?
John Laughland, professeur d'histoire à Cambridge, écrit le 20 juillet dans l'Express londonien:
"La purification ethnique était inacceptable et devait être arrêtée. Cependant, si telle était la véritable raison de la guerre, l'OTAN devrait logiquement être à présent occupée à bombarder la capitale albanaise, Tirana, ou bien à attaquer les quartiers- généraux de l'UCK dans toute la province.
Au contraire, l'OTAN ferme les yeux sur les atrocités albanaises. Bien loin d'exercer une pression sur l'UCK, M. Blair s'est fait photographier récemment en conversation joyeuse avec leur dirigeant, Hashim Thaci. Et pendant que le procureur du Tribunal pénal international, Louise Arbour, voyage au Kosovo pour attirer l'attention sur les atrocités commises par les Serbes il y a plusieurs mois, elle ignore les atrocités commises actuellement sous son nez."
Cadre 2: Les escadrons de la mort de l'UCK
Dépêche de l'Agence France Presse, 19 septembre 1999:
"L'armée de l'UCK possède des unités spéciales de"chasse aux Serbes". Elles ont opéré même après l'arrivée en juin des troupes internationales, selon deux membres de l'UCK. Les unités spéciales forçaient les Serbes à quitter leur maison et les emmenaient pour les tuer dans des endroits discrets, a déclaré l'officier dont le nom de guerre était"le professeur".
"Notre groupe de sept hommes se rendait chez les Serbes et leur donnait entre 15 et 30 minutes pour partir. Puis, arrivait l'équipe de nettoyage. Ils étaient treize, avec la tâche d'exécuter ceux qui étaient restés. L'équipe de nettoyage, c'était de "vrais professionnels". La capitale Pristina a été divisée en quatre zones, chacune pourvue de quatre unités, toujours à l'œuvre. Nous autres, nous travaillions dans la zone Est.""

Sandra Davidovic - Responsible Statecraft (16 septembre 2026)
Cet été, les tensions au Kosovo se sont intensifiées alors même que la mission de maintien de la paix dirigée par l'OTAN commençait à se retirer du pays.
En juillet, la police a interpellé 37 Serbes lors d'une commémoration à Gazimestan, puis, quelques jours plus tard, a fouillé des fidèles dans un monastère près de Prizren. Plus tard dans le mois, un agriculteur serbe du village de Dren a été traîné hors de chez lui par la police kosovare, attaché à un arbre et roué de coups au point de devoir être admis en soins intensifs à Belgrade. Puis, en août, une pelleteuse appartenant à l'État a démoli dix-sept maisons appartenant à des Serbes, au motif qu'elles étaient illégales.
L'Union européenne a qualifié de "préoccupante" la conduite de l'État du Kosovo dans tous ces cas, mais elle n'a rien fait pour y mettre un terme.
C'est dans ce contexte que la mission de la KFOR - la mission de maintien de la paix dirigée par l'OTAN et créée à la suite de l'intervention occidentale au Kosovo en 1999 - a annoncé son retrait progressif du pont de Mitrovica, devenu un symbole de la division entre les Serbes du nord du pays et les Albanais du sud. Pour justifier cette décision, la KFOR a invoqué une amélioration de la situation sécuritaire dans le pays. Les Serbes ont protesté, tandis que Belgrade a qualifié cette décision de prématurée.
Après près de trois décennies d'administration internationale, pourquoi le retrait de la KFOR devrait-il susciter une telle crainte ?
Le Kosovo a été le théâtre de l'un des projets internationaux de construction d'État les plus ambitieux menés par les Nations unies, avec plus de 2 milliards de dollars dépensés au cours de la seule première décennie ; par habitant, il a reçu 25 fois plus d'argent et 50 fois plus de soldats que l'Afghanistan. L'OTAN a maintenu le cadre de sécurité en place, et les États-Unis ont soutenu cet effort, après avoir poussé leurs alliés à bombarder la Yougoslavie en 1999 et avoir ensuite appuyé l'indépendance du Kosovo. Au bout de 27 ans, quel héritage cela laisse-t-il ?
Ce que le pont a retenuAu cours des mois qui ont suivi l'intervention de l'OTAN en 1999, le Kosovo a connu de graves violences ethniques. Selon la plupart des estimations, quelque 200 000 Serbes et autres non-Albanais ont été chassés de leurs foyers sous couvert de représailles. Ceux qui sont restés ont été victimes de meurtres et de harcèlement, tandis que des églises étaient incendiées et que des maisons et des terres étaient saisies.
Une grande partie de ces événements s'est déroulée sous les yeux d'une présence internationale qui n'a guère fait pour y mettre un terme. À l'époque, on parlait de représailles pour ce qu'avaient enduré les Albanais sous le président serbe Slobodan Milošević, un cadre de référence qui donnait l'impression que la violence était justifiée tout en détournant l'attention de l'incapacité de la mission à l'empêcher.
Une partie du Kosovo a échappé à ce sort. Alors que l'État yougoslave se retirait, les habitants de Mitrovica-Nord ont organisé leur propre défense. Alors que la violence se propageait à travers le Kosovo, ils ont bloqué les ponts menant vers le sud, empêchant ainsi celle-ci d'atteindre la dernière zone urbaine du Kosovo d'où les Serbes n'avaient pas été chassés. La violence n'a jamais atteint le nord.
Les "gardiens des ponts" ont réussi en grande partie parce que la KFOR a accepté de faire de la rivière une ligne de défense, en plaçant des chars aux points de passage et en soutenant leurs efforts. Cet arrangement, adapté au contexte sécuritaire, n'a cessé d'être critiqué depuis lors pour avoir renforcé les divisions ethniques au Kosovo et toléré ce que les détracteurs appelaient le "gang des ponts", sans pour autant proposer d'alternatives viables.
En 2001, un ordre politique distinct s'était consolidé dans le nord, résistant aux structures étatiques émergeant sous l'égide de la MINUK, l'administration civile intérimaire des Nations Unies au Kosovo. Derrière le pont, ceux qui avaient organisé la défense ont préservé et réorganisé les vestiges de l'administration yougoslave, notamment ses tribunaux, ses municipalités, son université et son système de santé. L'ONU en est venue à les qualifier d'"institutions parallèles".
Le démantèlement du nordBien que l'ONU ait déclaré illégales les institutions du nord dès le départ, elle les a également tolérées pendant des années, reconnaissant leur rôle dans le maintien de l'ordre et la fourniture de services à une population qu'elle ne pouvait atteindre autrement.
À la suite de la déclaration d'indépendance du Kosovo en 2008, Washington a soutenu l'UE pour qu'elle prenne les rênes au Kosovo, voyant dans l'adhésion à l'UE un levier permettant de négocier un compromis politique. L'UE a repris le rôle de l'ONU en tant qu'acteur de la construction de l'État et médiateur, en adoptant une approche plus radicale. Qualifiant le nord de "trou noir", elle a fait du démantèlement de cet ordre un objectif central du dialogue mené par Bruxelles entre Belgrade et Pristina.
Bien que justifiée par Bruxelles pour des raisons de sécurité, cette démarche constituait en réalité une étape vers la consolidation de la souveraineté du Kosovo. L'ambiguïté juridique entourant la résolution 1244, qui autorisait la KFOR et la MINUK, ainsi que le fait que cinq États membres de l'UE ne reconnaissaient pas le Kosovo, n'ont pas ralenti le processus. En 2011, le démantèlement du nord était devenu une conditio sine qua non de la construction de l'État kosovar.
Cela nécessitait un partenaire à Belgrade, qui n'avait pas encore établi de relations diplomatiques avec le Kosovo. Aucun gouvernement serbe n'était disposé à conclure un tel compromis, alors même que le pays cherchait à adhérer à l'UE. Le nord dépendait de Belgrade, mais cette dépendance ne s'est jamais traduite par une obéissance politique. Sa population s'était unie pour résister à l'intégration dans l'État du Kosovo, laissant peu de marge de manœuvre à la Serbie. Renoncer au nord aurait également été politiquement insoutenable sur le plan national.
Le partenaire de l'UE est arrivé en 2012. Le gouvernement du SNS nouvellement élu, dirigé par Aleksandar Vučić, a adhéré à l'accord de Bruxelles en 2013 tout en continuant à mener campagne au niveau national sur des slogans nationalistes. En contrepartie, Belgrade s'est vu accorder carte blanche pour monopoliser la vie politique serbe dans le nord du Kosovo par l'intermédiaire de la Srpska Lista, qui constituait de fait la branche locale du parti, écartant ainsi toute opposition à l'accord.
En échange du démantèlement de leurs institutions, les Serbes du nord se sont vu promettre l'Association des municipalités serbes, une forme limitée d'autonomie au sein du système juridique du Kosovo. C'était un maigre substitut à ce qui leur était retiré, mais même cela n'a jamais été mis en œuvre. Priština a invoqué des raisons successives pour ne pas respecter sa part de l'accord, tandis que Belgrade ne pouvait guère faire autre chose que se plaindre.
La situation s'est encore détériorée lorsque Albin Kurti est revenu au pouvoir en 2021. Il a rejeté le cadre de Bruxelles et s'est attaché à étendre l'autorité du Kosovo dans le nord par le biais d'une série de mesures coercitives, notamment la suppression progressive du dinar serbe, l'imposition des plaques d'immatriculation kosovares, la saisie de bâtiments municipaux et la mise en place de maires albanais après que les Serbes locaux eurent boycotté les élections. Le Kosovo a également déployé de plus en plus d'unités de police spéciales dans le nord, ce qui a conduit à des affrontements répétés et à des arrestations de Serbes.
Puis vint Banjska. Le 24 septembre 2023, un groupe armé serbe a affronté la police du Kosovo dans le village de Banjska, tuant un policier kosovar. Trois assaillants ont également été tués lors de l'échange de tirs qui s'en est suivi. L'opération avait été organisée par le vice-président de la Srpska Lista, Milan Radoičić, qui s'était réfugié en Serbie et y était resté. C'est la population qui en a fait les frais. Pristina a profité de cette attaque pour durcir sa position, transformant le nord en une zone soumise à une présence policière constante et à un contrôle étatique de plus en plus coercitif.
Ce qui resteTout au long de ces événements, la KFOR est restée sur place, constituant le dernier rempart en cas de problème. Son départ annoncé a donc, sans surprise, alarmé la communauté serbe restante.
Cette mission n'a jamais été conçue pour être permanente, et le moment choisi n'a pas grand-chose à voir avec le nord en soi. En mai, Washington a déclaré dans son rapport au Congrès sur la politique américaine dans les Balkans occidentaux qu'il n'avait plus l'intention d'agir en tant que gardien de la région. Pendant vingt ans, cependant, la pression américaine a été l'un des rares freins imposés à Pristina.
L'Europe, qui avait pris en charge le dossier du Kosovo, a publié des déclarations tout au long de la dernière crise, mais rares sont celles qui ont empêché Pristina de resserrer son emprise sur le nord. Belgrade avait cédé le nord il y a une décennie et n'avait plus grand-chose à offrir en échange. L'accord de Bruxelles avait été salué comme un succès majeur de la politique de l'UE dans les Balkans, mais la situation sécuritaire n'a fait qu'empirer.
Les gens n'ont d'autre choix que de partir, et ils sont de plus en plus nombreux à le faire. La question est donc de savoir ce qui restera après le départ de l'OTAN. Le nord du Kosovo deviendra-t-il une énième zone dépeuplée des Balkans ? Et combien de personnes devront partir avant que l'on ne réévalue ce qui a été construit au Kosovo ?
Sandra Davidović est doctorante en sciences politiques au Graduate Center de l'université de New York (CUNY) et ancienne boursière Fulbright à l'Institut Harriman de Columbia. Ses recherches portent sur les conflits et la reconstruction post-conflit en Europe de l'Est et en Eurasie, en particulier au Kosovo et en Transnistrie. Elle enseigne les relations internationales au Hunter College.


