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Et maintenant, parlons d'autre chose

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Par  Gordon Dimmack, le 28 août 2026

Voilà un certain temps que je n'ai rien écrit sur ce blog, et la raison en est simple : j'ai été très pris par les soins que je prodigue à ma mère. Elle a aujourd'hui quatre-vingt-trois ans, et depuis dix-huit mois, sa santé ne cesse de décliner. À mesure qu'elle avance en âge, elle a besoin de plus en plus d'aide, et comme j'habite assez près de chez elle, m'occuper d'elle n'est pas seulement mon devoir, c'est un privilège.

C'est pour cette raison que je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire sur ce blog, créer des vidéos ou même publier grand-chose sur les réseaux sociaux. Et quand je le fais, je réalise que j'ai de moins en moins de temps à consacrer aux idiots et aux mal informés.

Quand votre propre mère est octogénaire et que vous commencez à vous dire qu'elle ne sera pas toujours là, vous portez un œil plus cynique sur les internautes qui ne cherchent qu'à semer la zizanie et provoquer n'importe. qui n'importe quand.

Je suis également devenu très sceptique envers toute personne célèbre disposant d'une large audience, convaincu d'être expert en géopolitique, en particulier ceux de mon propre pays qui pointent du doigt d'autres régions du monde en affirmant que leurs pratiques sont déplorables et qu'au Royaume-Uni, tout va tellement mieux.

Flash-info, bande d'imbéciles. Ce n'est pas le cas. Loin de là !

Ce que j'ai appris ces dix années consacrées à couvrir l'actualité mondiale sur les crimes de mon propre pays est franchement écœurant. Nous sommes censés être les gentils. C'est ce qu'on nous a appris à croire. Nous sommes les gentils qui ont combattu et vaincu les nazis. Du moins, c'est ce qu'on a enseigné à ma génération.

Or, aujourd'hui, ce n'este plus du tout le cas. Aujourd'hui, nous armons et soutenons ceux qui commettent un génocide. Aujourd'hui, nous armons, soutenons et fournissons une couverture diplomatique à un État d'apartheid qui commet les pires crimes de l'histoire moderne.

L'année dernière encore, mon pays a contribué à nommer l'ancien chef d'Al-Qaïda à la présidence de la Syrie  1. Oui, c'était nous. C'est nous qui avons fait cela. La "Grande" Bretagne.

Nos mains sont loin d'être propres en matière d'histoire mondiale, et la façon dont ceux qui sont au pouvoir nous mentent pour nous cacher la vérité est, à mon avis, purement et simplement criminelle.

Lors des huit années précédant l'invasion de l'Ukraine par la Russie par exemple, pratiquement tous les médias occidentaux, de la BBC et du Guardian au Telegraph en passant par le Spectator et le New York Times, rapportaient que l'Ukraine était l'un des pays les plus corrompus au monde, et confrontée à un grave problème néonazi. Depuis l'invasion russe, cependant, ce discours a été abandonné, et toute mention de ces faits est ignorée et/ou traitée comme une théorie du complot - ou balayée du revers d'une main méprisante comme étant des "arguments pro-Kremlin".

Nos gouvernement et médias nous mentaient-ils à l'époque en affirmant que l'Ukraine regorgeait de néonazis corrompus ? Ou nous mentent-ils aujourd'hui pour pouvoir continuer à armer et soutenir l'Ukraine dans la guerre par procuration contre la Russie provoquée par les États-Unis et l'OTAN ?

Ainsi, lorsque je vois les commentaires de personnalités comme John Cleese [Ndt : acteur, humoriste et scénariste britannique, l'un des cofondateurs du groupe d'humoristes britanniques les Monty Python] sur l'Iran ou la Russie, je suis franchement choqué par leur ignorance crasse des faits historiques.

Vous pouvez critiquer jusqu'à plus soif le régime théocratique et le système de gouvernance de l'Iran - mais assurez-vous que vos propos reposent sur la vérité : l'Iran est tel que nous le concevons parce que nous, la Grande-Bretagne, l'avons façonné ainsi.

Nous avons supplié les États-Unis de renverser leur tout premier dirigeant démocratiquement élu, Mohammad Mosaddegh, et en 1953, Roosevelt nous a aidés à nous en débarrasser lors de l'opération Ajax  2. Les puissances occidentales ont renversé Mosaddegh et installé à sa place un dictateur brutal appelé le "Shah" (roi de Perse).

Nous avons agi ainsi parce que l'Anglo-Iranian Oil Company - une filiale de British Petroleum - pillait le pétrole iranien. Lorsque Mosaddegh a été élu, il a voulu la soumettre à un audit pour préserver les ressources de l'Iran au profit de l'Iran, ce qui a profondément irrité la Grande-Bretagne et le Premier ministre Churchill. La Grande-Bretagne s'est donc tournée vers la Cour internationale de Justice pour tenter de légaliser ce pillage, et a soumis l'Iran à un blocus  3.

Finalement, notre coup d'État a abouti et le Shah, marionnette pro-occidentale, a été installé à la tête d'une dictature brutale qui a duré 26 ans, jusqu'à la révolution de 1979.

Compte tenu de tous ces faits, lorsque John Cleese s'est montré tout à fait négatif envers le peuple iranien il y a quelques mois - et, si vous voulez mon avis, tout à fait raciste envers les musulmans -, je l'ai vivement critiqué.

Mais il ne s'est pas arrêté là.

Cleese a récemment porté son attention sur la Russie dans ses publications, et s'emploie actuellement à acclamer servilement l'Ukraine tout en critiquant tout ce qui vient de Russie. Il affirme en substance que la Russie est un pays non démocratique et que c'est pour cette raison que nous devrions la détester.

Vous y croyez ? Un Britannique qui affirme que la Russie est non démocratique, et qui se plaint que ses dissidents ont tendance à connaître un sort funeste, certains d'entre eux étant même jetés par la fenêtre...

Voilà un homme qui n'a jamais entendu parler de Willie McCrae - cet avocat écossais et militant antinucléaire qui a reçu deux balles dans la nuque, tirées par un revolver retrouvé à vingt mètres de là et dont toutes les empreintes digitales avaient été effacées - mais dont la mort est toujours considérée comme un "suicide".

Cleese doit manifestement penser aussi que David Kelly - l'expert en armes de destruction massive irakiennes - est lui aussi mort "par suicide" dans les bois, et qu'il n'y a là rien de mystérieux.

Critiquer les nations qui ne nous affectent pas alors qu'en ce moment même notre propre nation est dans un état déplorable, est franchement assez comique.

C'est comme se plaindre que les violonistes du Titanic sont médiocres juste lorsque votre navire sombre sous les flots glacés.

C'est un sketch des Monty Python à part entière.

Quant à critiquer un autre pays pour son manque de démocratie ? Laissez-moi rire.

Tout d'abord, le Royaume-Uni entretient des relations cordiales et d'alliance avec de nombreuses dictatures partout dans le monde, d'accord ? Qu'un pays soit une démocratie florissante ou non n'a strictement aucune incidence sur les relations diplomatiques. Deuxièmement, penchons-nous sur notre propre soi-disant "mère de tous les parlements" :

Rien qu'au cours des dix dernières années, le Royaume-Uni a connu six Premiers ministres  4, mais seule la moitié d'entre eux a réellement remporté une élection législative (May, Johnson et Starmer). Lors des dernières élections législatives, où le Parti travailliste et Keir Starmer ont remporté une "victoire écrasante" - c'est du moins ce que nous ont dit les médias -, seuls 1 vote sur 3 lui a été attribué  5 et seule 1 personne sur 5 parmi celles habilitées à voter lors de ce scrutin a réellement pris la peine de lui accorder son soutien - alors comment ont-ils pu remporter une victoire aussi écrasante si notre démocratie est si fantastique ?

Ce n'est pas une démocratie - c'est une "dé-MOQUE-ratie". Elle se moque de ce qu'elle prétend être. Elle se fout de tout ça. Alors, pour un Britannique, critiquer et pointer du doigt n'importe quel autre pays du monde est le comble de l'hypocrisie.

Mais toutes ces considérations m'éloignent de la raison première de mon agacement.

La raison principale de ma colère envers des personnes comme John Cleese au public aussi nombreux et à l'influence aussi considérable, c'est que lorsqu'ils prêtent leur voix serviles à la glorification de l'empire, comme si nous n'étions pas nous-mêmes coupables de crimes et comme si notre système était si parfait, ils n'aident absolument aucune de ces nations.

John Cleese n'a pas la moindre chance d'exercer une quelconque influence en Iran ou en Russie avec ce qu'il raconte sur Twitter - aussi célèbre soit-il dans les cercles occidentaux, je doute que les Monty Python et Fawlty Towers soient diffusés à la télévision iranienne - mais s'il s'exprimait sur les problèmes que nous connaissons ici ?

Vous pouvez parier que cela aiderait les citoyens britanniques. Vous pouvez parier que cela aiderait même beaucoup.

Lorsque John Cleese a critiqué l'état de nos médias d'information au Royaume-Uni il y a quelques années et a déclaré vouloir déménager aux Caraïbes pour ce motif, la BBC lui a consacré une interview dans Newsnight, tant cet homme est influent.

Si John Cleese, ce grand comédien et génie des Monty Python, star et co-scénariste de Fawlty Towers, l'une des meilleures sitcoms que le monde ait jamais connues, pouvait s'intéresser à son pays et critiquer ceux qui l'ont mené à sa perte, qui ont contribué à installer le chef d'Al-Qaïda en Syrie et se sont associés à leurs soi-disants alliés pour commettre des crimes partout dans le monde, crimes parmi lesquels figurent l'armement et le soutien aux néonazis en Ukraine - s'il devait utiliser sa voix pour dénoncer ces agissements, ses chances de changer la vie des gens chez lui seraient bien, bien plus grandes que celles d'influencer la vie de qui que ce soit en Iran ou en Russie.

Mais il ne le fait pas, et les gens comme lui ne le feront pas. Ils préfèrent plutôt critiquer Poutine et Khameini, et c'est vraiment décourageant pour quelqu'un comme moi qui, croyez-le ou non, aime profondément cette nation. Je souhaite sincèrement qu'elle soit cette force du bien que nous aimons croire qu'elle est dans le monde.

D'après ce que j'ai pu entendu des interviews passées de John Cleese, son amour pour sa mère était sincère et il entretenait une relation merveilleuse avec elle, surtout lorsqu'elle a pris de l'âge. Voilà quelque chose que nous avons au moins en commun. J'aime profondément ma mère, et je suis extrêmement fier que ce pays prenne bien mieux soin de ses personnes âgées que ne le font d'autres pays. À mon sens, le NHS est ce qu'il y a de mieux dans ce pays. Voilà pourquoi je m'oppose si fermement à sa privatisation. Je suis conscient d'être en train de critiquer un pays pour tous ses crimes, alors que je bénéficie justement de la protection qu'il m'offre.

Mais c'est précisément pour cela que je le critique autant.

Car j'ai aussi un autre point commun avec John Cleese : je ne veux pas non plus vivre en Russie ni sous un gouvernement de type russe. C'est la raison pour laquelle je m'oppose si fermement aux pouvoirs en place en Grande-Bretagne qui tentent de brader notre NHS à des entreprises américaines qui exploiteront nos personnes âgées et nos malades dans ce pays à des fins lucratives  6. Voilà pourquoi je m'oppose si fermement à ce que notre gouvernement modifie les lois antiterroristes pour poursuivre ceux qui exercent leur liberté d'expression, en brandissant la menace de la législation antiterroriste et en poursuivant - voire en menaçant d'emprisonner - des grand-mères qui scandent des slogans  7. Voilà pourquoi je m'oppose si fermement à l'assaut continu et massif contre nos libertés civiles, aux restrictions de la liberté d'expression, à la surveillance injustifiée, et voilà pourquoi je m'oppose si fermement à la tendance toujours plus marquée de nos gouvernements vers l'autoritarisme - une marche inexorable vers le fascisme qui se poursuit quel que soit le parti politique au pouvoir.

Je suis d'accord, John. Je ne veux pas non plus vivre sous un gouvernement russe. Mais si des gens comme vous, qui disposent d'une immense écoute, ignorent les problèmes nationaux et choisissent plutôt de critiquer d'autres pays et les crimes de leurs gouvernements, notre destin ne ressemblera pas à celui de la Russie.

Ce sera bien pire. Il ressemblera à celui des États-Unis.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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