Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que "l'ordre unipolaire" a pris fin après que la Russie et la Chine ont rejeté l'instrumentalisation politique du Conseil de sécurité de l'ONU par les États-Unis et leurs alliés.
La Russie et la Chine ont opposé leur veto le jeudi 17 septembre, à une résolution proposée par les États-Unis visant à prolonger le mandat du Groupe d'experts du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'Iran.
"L'ordre unipolaire, dans lequel une partie obtient des concessions par la force et la coercition, a pris fin", a écrit M. Ghalibaf dans une publication sur X.
"Les vetos de la Chine et de la Russie ont rejeté l'instrumentalisation politique du Conseil de sécurité et réaffirmé l'État de droit. Nous devons défendre le multilatéralisme ; l'unilatéralisme ne sert les intérêts de personne", a-t-il ajouté.
La résolution américaine contre l'Iran a été rejetée malgré l'obtention de 11 voix pour. La Somalie et le Pakistan se sont abstenus, tandis que la Russie et la Chine, deux membres permanents du Conseil, ont voté contre.
La mission iranienne auprès des Nations unies à New York a également salué ce résultat, qualifiant le projet américain de tentative "politiquement motivée" visant à renouveler le mandat du groupe d'experts assistant le Comité 1737.
La réunion s'est tenue dans le cadre du volet "non-prolifération" relatif aux activités du Comité des sanctions 1737, après que la France a profité de sa présidence du Conseil de sécurité au mois de septembre pour convoquer la séance.
L'ordre du jour a d'abord été approuvé lors d'un vote de procédure - lequel n'est pas soumis au droit de veto - avant que le Conseil ne procède au vote sur le fond.
La Russie s'était opposée à la tenue de la réunion sous ce point de l'ordre du jour, faisant valoir que le Conseil avait déjà clos l'examen du dossier nucléaire iranien et que la question de la "non-prolifération" en avait été retirée.
"Le Conseil de sécurité a clos l'examen du dossier nucléaire iranien et la question relative à la non-prolifération a été retirée de la liste des questions dont le Conseil est saisi", a déclaré la délégation russe devant l'assemblée, affirmant que la résolution 2231 avait expiré le 18 octobre 2025 et qu'il n'existait donc aucun fondement procédural ou juridique justifiant la tenue de cette réunion.
De son côté, la Chine s'est ralliée à la position de Moscou et a exhorté les membres à éviter "la confrontation politique et les pressions", ajoutant que le respect des échéances statutaires est essentiel pour préserver la crédibilité du multilatéralisme et favoriser le dialogue.
Le projet de résolution parrainé par les États-Unis visait à proroger le mandat du Groupe d'experts chargé d'appuyer le Comité des sanctions contre l'Iran, établi par la résolution 1737 et réactivé dans le cadre de la résolution 1929. Ce mandat devait expirer le 26 septembre.
Pour rappel, le Comité des sanctions 1737 a été créé en vertu de la résolution 1737 du Conseil de sécurité en 2006 et a été chargé de présenter des rapports au Conseil tous les 90 jours.
Avant l'adoption, en 2015, du Plan global d'action conjoint (PGAC), entériné par la résolution 2231 du Conseil de sécurité, des points de situation sur le dossier nucléaire iranien étaient présentés tous les trois mois au titre du volet "non-prolifération".
La résolution 2231 a suspendu toutes les résolutions antérieures imposant des sanctions à l'Iran, y compris la résolution 1737, rendant ainsi inactifs le Comité 1737 et ses obligations en matière de rapport.
La mission de l'Iran auprès de l'ONU a déclaré que la Russie et la Chine avaient "une fois de plus défendu avec fermeté la Charte des Nations unies, le droit international et l'intégrité du Conseil" et empêché "une nouvelle tentative cynique des États-Unis et de leurs alliés d'instrumentaliser le Conseil de sécurité à des fins politiques".
L'Iran a exprimé sa "profonde" reconnaissance à la Russie et à la Chine pour leurs "positions cohérentes et de principe ainsi que pour leurs actions décisives", tout en remerciant la Somalie et le Pakistan pour leurs abstentions.
L'Iran a réitéré sa position de longue date selon laquelle la résolution 2231 du Conseil de sécurité a définitivement expiré le 18 octobre 2025.
À compter de cette date, toutes les dispositions, mesures, restrictions et tous les mécanismes liés au nucléaire ont donc définitivement pris fin. Le Conseil de sécurité a conclu son examen de la question nucléaire iranienne et le point de l'ordre du jour relatif à la "non-prolifération" a été retiré.
En août 2025, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni - les parties européennes au PGAC connues sous le nom d'E3 - ont affirmé avoir activé le mécanisme dit de "snapback" (rétablissement automatique des sanctions) de l'ONU contre l'Iran, malgré leurs violations de l'accord.
Cependant, la résolution 2231 a officiellement expiré le 18 octobre 2025, après quoi Téhéran soutient que l'ONU n'a plus d'effet juridique ni de mandat exécutif.
Par conséquent, l'Iran précise que le rôle du Conseil de sécurité au titre de la résolution 2231 a pris fin définitivement et que toutes les dispositions, mesures et restrictions liées au nucléaire ont expiré de manière permanente.
Ce vote intervient dans un contexte de campagne menée par les États-Unis et Israël visant à relancer les sanctions contre l'Iran, après que le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a saisi, jeudi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de violations présumées des garanties nucléaires.
L'Iran a rejeté cette mesure, la qualifiant de politiquement motivée, et a souligné que ses activités nucléaires sont exclusivement pacifiques. Téhéran a également affirmé que les États-Unis et leurs alliés européens instrumentalisent l'Agence pour exercer des pressions politiques et militaires à la suite du retrait de Washington de l'accord nucléaire de 2015 et de son agression ultérieure contre l'Iran.
Téhéran a par ailleurs noté que l'incapacité de l'Agence à vérifier certaines activités était due à la situation sécuritaire et aux attaques américano-israéliennes contre les installations nucléaires iraniennes à vocation pacifique.
La Russie et la Chine ont rejeté la saisine de l'AIEA, contestant son fondement juridique et avertissant que la question nucléaire devait être résolue par la voie diplomatique plutôt que par la pression, les sanctions ou le Conseil de sécurité de l'ONU.
