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Cliodynamique et Ia : le point mi-2026

Et un nouveau recueil généré par l'IA sur l'état actuel de la cliodynamique

Par Peter Turchin − Le 10 septembre 2026 − Source  Cliodynamica

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Nous vivons une époque passionnante. À mon sens, deux forces majeures façonnent notre présent et notre avenir. La première est que la majeure partie du monde est en proie à une polycrise. Mais nous avons déjà connu cela. La vague d'instabilité précédente, l'"ère des révolutions", nous donne, je pense, une assez bonne idée de la manière de survivre à la vague actuelle.

La deuxième force, l'évolution technologique, est bien plus préoccupante. Ce qui m'inquiète le plus - et nous devrions tous nous en inquiéter -, c'est l'évolution de l'IA. Elle a le potentiel de transformer nos sociétés et d'affecter la vie humaine d'une manière sans précédent dans l'histoire.

Dans un récent article intitulé " Les machines de Darwin : comment évaluer les risques liés à l'IA ?", mon ami Gavin soutient de manière convaincante qu'un événement de "spéciation", au cours duquel l'IA évoluerait vers une nouvelle forme de vie, est pratiquement inévitable (vous trouverez les détails sur son blog). Je partage son avis, mais je pense pour ma part que nous, les humains, sommes raisonnablement en sécurité pour les 5 à 10 prochaines années, et, espérons-le, encore quelques années au-delà.

Cette conviction découle de mon implication croissante dans les modèles d'IA les plus récents et les plus performants. Au début de l'été, j'ai commencé à utiliser Claude (pour 20 $ par mois). Mais la semaine dernière, je suis passé à un abonnement à ChatGPT (avec GPT-6 Astra light), OpenAI devançant actuellement Anthropic (même si ce ne sera probablement pas pour longtemps).

Je suis à la fois émerveillé par la qualité atteinte par l'IA et impressionné par le fait qu'elle reste encore assez "stupide" à bien des égards.

Pour rappel, mes textes originaux (sur ce Substack, ainsi que la rédaction des ébauches de mes nouveaux livres) sont entièrement rédigés par moi-même. Et mon conseil à tous les écrivains, en particulier à ceux qui débutent leur carrière d'écrivain, est de faire de même. N'utilisez jamais l'IA pour générer des premiers jets. (On peut toutefois utiliser l'IA pour rédiger des documents tels que des rapports annuels, car la plupart d'entre eux ne sont de toute façon pas lus par d'autres humains.)

Je ne saurais dire exactement comment, mais un lecteur averti repère immédiatement lorsqu'un texte a été rédigé par une IA. C'est également évident pour les logiciels qui détectent ce genre de choses. J'ai récemment demandé à un collègue de soumettre mes articles de ce blog à deux de ces outils de vérification. L'un a indiqué que mes textes étaient entièrement de moi, le second a estimé que 1 à 2 % provenaient d'une machine. En réalité, j'écris moi-même tout ce qui figure sur ce blog, en partant de zéro. Et s'il y a une citation issue de l'IA, je l'indique clairement. Un avantage supplémentaire pour moi est qu'il m'est en fait plus rapide d'écrire tout moi-même. Il faut plus de temps pour donner des instructions à l'IA, puis pour réécrire ce qu'elle produit. Je suis donc gagnant tant en termes de qualité que d'efficacité.

Bien sûr, je suis bien placé car j'ai écrit des millions de mots avant l'arrivée de l'IA. C'est ainsi qu'on devient un rédacteur rapide. Et ce corpus de mon œuvre sert de base de comparaison avec mes écrits récents.

Je ne doute pas que les systèmes de détection de l'IA soient constamment contournés. Tant les rédacteurs IA que les vérificateurs IA ne cessent de s'améliorer dans cette course à l'armement évolutive effrénée. Mais tant que l'IA n'aura pas égalé, voire surpassé, les humains en matière de créativité - ce qui ne se produira que dans plusieurs années -, nul besoin d'une machine pour voir qu'un texte a été généré par une machine.

Pour en revenir à la fois à l'intelligence et à la stupidité de l'IA, la semaine dernière, j'ai utilisé ChatGPT pour générer plusieurs infographies en vue d'une conférence que je devais donner plus tard dans le mois.

Pour deux des tâches les plus simples, le modèle s'en est très bien sorti : il a fallu deux ou trois itérations pour obtenir ce que je voulais.

Mais pour une tâche plus compliquée, qui consistait à dessiner une carte, l'expérience a été différente. J'ai demandé à ChatGPT de dessiner cette carte à partir de deux articles de blog spécifiques que j'avais écrits. La première itération était incroyable : le modèle avait vraiment saisi l'idée et avait plutôt bien transposé mon texte en image. Mais il y avait plusieurs problèmes que j'ai essayé de corriger. J'ai enchaîné sept itérations, et lors des deux dernières, l'image s'est en fait de plus en plus dégradée. C'était comme si le modèle avait perdu de ses capacités. (J'ai donc confié cette tâche à un membre de mon équipe pour qu'il la mène à bien. Les humains restent indispensables.)

Je m'excuse d'être si prolixe, mais en réalité, le point principal que je souhaitais aborder dans ce billet de milieu de semaine est d'attirer votre attention sur une  nouvelle analyse de l'état actuel de la cliodynamique. Cette analyse a été réalisée par Michael Logies, qui ne possède aucune expertise particulière en sciences (c'est un dentiste allemand). Il a utilisé l'IA pour synthétiser tous les articles publiés par la revue  Cliodynamics (198 à ce jour). Pour être plus précis, Michael a utilisé "un flux de travail homme-machine assisté par l'IA". Vous pouvez lire les détails de la procédure sur son site web.

J'ai parcouru la deuxième édition de cet ouvrage. Pour être tout à fait honnête, j'ai été impressionné par la qualité et l'utilité de cette synthèse de notre domaine. Je n'ai pas encore lu certains des articles les plus récents, depuis que j'ai quitté mon poste de rédacteur en chef. Et j'avais oublié certains articles lus il y a des années. La mémoire humaine est faillible. Les relire tous dans ce recueil m'a été extrêmement utile pour avoir une vue d'ensemble de la cliodynamique - même pour moi, qui suis pourtant l'un de ses fondateurs.

Le livre organise les articles en plusieurs thèmes. Ce n'est pas nécessairement ainsi que je m'y prendrais, mais c'est assez logique et utile pour s'y retrouver parmi les différents volets de la recherche en cliodynamique.

Par ailleurs, l'IA a commis plusieurs erreurs amusantes. Plus précisément, elle a inventé de toutes pièces plusieurs prénoms d'auteurs d'articles. Je peux comprendre qu'elle ait pu confondre Timothy et Thomas. Mais pourquoi a-t-elle appelé un auteur, qui s'appelle Oscar, "Magaalma" ? LOL. (Ces erreurs ont été corrigées dans la version actuelle - troisième édition).

Une autre limite, bien sûr, est que ce recueil ne comprend que des articles publiés dans Cliodynamics, alors que la plupart de nos articles les plus percutants ont été publiés dans d'autres revues. Mais ce problème sera résolu dans les prochaines versions, soit par Michael, soit par nous-mêmes. Je me dis régulièrement qu'il serait bon d'avoir un manuel sur la cliodynamique. Mais écrire des manuels, c'est ennuyeux (du moins, pour moi) et j'ai toujours des projets plus passionnants à mener. Nous réaliserons donc peut-être un manuel assisté par l'IA.

Et voilà. L'IA est devenue très puissante, mais elle ne peut toujours pas faire le travail toute seule. Nous sommes à un moment idéal où les meilleurs résultats sont obtenus grâce à une collaboration entre l'homme et la machine. Peut-être que si nous continuons à "courir avec les machines" plutôt qu'à "courir contre les machines", nous pourrons repousser encore plus loin dans le futur la "fin du monde par l'IA" ?

Peter Turchin

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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