🌍 18/09/2026 linvestigateurafricain.tg  5min 3 #327107

Nigeria : pourquoi les mineurs illégaux sont-ils détenus et la répression peut-elle stopper l'exploitation clandestine ?

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Komla YAWO

Au Nigeria, la mort de 37 personnes soupçonnées d'exploitation minière illégale, alors qu'elles se trouvaient en détention à Minna, dans l'État du Niger, pose une question qui dépasse le seul drame carcéral. Comment un secteur qui offre du travail à des milliers de personnes peut-il basculer dans l'illégalité ? Et surtout, jusqu'où peut aller la répression lorsque les personnes interpellées sont des travailleurs, parfois très jeunes, et non des condamnés ?

Le 17 septembre, les victimes ont été retrouvées mortes après leur arrestation les 15 et 16 septembre lors d'une opération de  la Nigeria Security and Civil Defence Corps (NSCDC) contre l'exploitation minière illégale. Le NSCDC a d'abord évoqué une suspicion de maladie, tout en précisant que la cause exacte des décès devait être établie médicalement. Une enquête a été ouverte et le commandant du NSCDC dans l'État du Niger a depuis été suspendu.

Mineur artisanal ne signifie pas automatiquement mineur illégal

Au  Nigeria, l'exploitation minière n'est pas interdite en tant que telle. Elle est encadrée par le Nigerian Minerals and Mining Act de 2007 et par les règlements de 2011. Le dispositif prévoit notamment des mécanismes spécifiques pour l'exploitation artisanale et à petite échelle. Le ministère fédéral des Mines dispose même d'un département consacré à ce secteur et prévoit des procédures de formalisation des exploitants artisanaux.

La différence essentielle se trouve donc dans le statut juridique de l'activité. Un travailleur qui extrait de l'or dans le cadre d'un permis ou d'une structure reconnue exerce une activité légale. Celui qui exploite un gisement sans titre minier, en dehors des zones autorisées ou en violation des règles applicables peut, lui, être considéré comme opérateur illégal.

Le ministère nigérian a d'ailleurs déjà privilégié la formalisation des mineurs artisanaux en coopératives, avec l'objectif de faciliter leur contrôle, leur accès au financement et leur intégration dans les circuits commerciaux.

Pourquoi arrêter des travailleurs qui ont le droit de travailler ?

Le droit au travail ne signifie pas que toute activité économique peut être exercée sans autorisation. Dans le secteur minier, l'État réglemente l'accès aux ressources du sous-sol, notamment pour des raisons de sécurité, d'environnement, de fiscalité et de contrôle des minerais.

Dans l'État du Niger, les autorités justifient les opérations de police par les dégâts attribués à l'exploitation clandestine, notamment la destruction de terres agricoles, mais aussi par les risques sécuritaires associés à certains sites miniers. Des sources nigérianes rapportent également que les autorités cherchent à lutter contre des réseaux criminels qui tireraient profit de l'exploitation aurifère clandestine.

Mais une arrestation pour suspicion d'infraction ne vaut pas condamnation. C'est précisément là que la mort de ces détenus soulève une deuxième question, celle des conditions de détention et des garanties accordées aux personnes arrêtées. L'enquête annoncée doit notamment déterminer leur état au moment de l'arrestation, la durée de leur détention, les conditions dans lesquelles ils étaient retenus et les soins médicaux dont ils ont bénéficié.

La détention seule peut-elle faire disparaître l'exploitation clandestine ?

Le drame de Minna montre surtout les limites d'une stratégie reposant principalement sur les arrestations. Les autorités nigérianes disposent déjà d'un système permettant de formaliser l'exploitation artisanale, d'enregistrer les opérateurs et de délivrer différents titres et permis miniers.

Or, tant que l'exploitation informelle représente pour des populations pauvres une source immédiate de revenus, la fermeture d'un site peut simplement déplacer les travailleurs vers un autre. La répression peut ainsi traiter les manifestations visibles du phénomène sans nécessairement supprimer ses causes économiques.

Une politique durable supposerait donc de distinguer les différents acteurs. On a dans ce cas le travailleur artisanal, le propriétaire ou financier d'un réseau clandestin, les acheteurs de minerais issus de circuits illégaux et les groupes criminels qui peuvent contrôler certains sites. La responsabilité ne se situe pas nécessairement au même niveau.

Le véritable enjeu pour le Nigeria est ainsi de faire respecter la loi minière sans transformer l'activité artisanale en impasse sociale. Formaliser les travailleurs, sécuriser les sites, contrôler les acheteurs, améliorer la traçabilité de l'or et poursuivre les réseaux qui organisent l'exploitation clandestine constituent des leviers complémentaires aux opérations de police.

La mort de 37 détenus rappelle finalement une contradiction majeure; l'État veut reprendre le contrôle d'une richesse minière importante, mais il doit aussi garantir que ceux qu'il arrête dans cette lutte restent protégés par la loi. L'enquête sur Minna devra donc établir les responsabilités dans les décès, mais aussi permettre de déterminer si la politique menée contre l'exploitation illégale s'attaque réellement aux réseaux qui structurent le phénomène ou principalement aux travailleurs présents sur les sites.

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