
par Patrick Mbeko
Face aux gesticulations et à la posture ouvertement belliqueuse de plusieurs dirigeants européens, les responsables russes, Vladimir Poutine en tête, répètent qu'une guerre contre l'Europe, à la différence de celle menée en Ukraine, serait expédiée en peu de temps. Sergueï Lavrov l'a encore affirmé lors d'une allocution récente. "Si l'Europe attaque la Russie, la guerre sera très courte", a-t-il souligné. Une déclaration qui peut surprendre au regard de la situation en Ukraine, où "l'opération militaire spéciale" russe dure depuis maintenant quatre ans. D'ailleurs, le ministre polonais des Affaires étrangères a récemment soutenu que l'Europe, si elle décidait d'en découdre, pourrait "rapidement" vaincre la Fédération de Russie dans un conflit conventionnel.
Le problème est que l'on se trompe de conflit en comparant une éventuelle guerre Russie-Europe au conflit ukrainien. Dans la vision des dirigeants russes, l'"opération militaire spéciale" oppose en réalité deux peuples issus d'une même matrice historique, séparés et instrumentalisés par l'Occident. C'est précisément pour cette raison que Moscou s'abstient de déployer sa pleine capacité de frappe en Ukraine. Les opérations menées par l'armée russe sont volontairement "mesurées", non pour anéantir l'Ukraine, mais pour la rendre militairement inoffensive. D'où la notion de "démilitarisation". L'objectif russe est de neutraliser une "sœur" devenue, par la volonté de l'OTAN, un outil de projection militaire aux portes de la Russie.
Dans un conflit direct avec l'Europe, cette retenue disparaîtrait instantanément. Au regard de la superficie, de la démographie et des capacités militaires de certains États européens, l'issue pourrait prendre la forme d'une véritable extermination. Mais les dirigeants européens, hypnotisés par le parapluie américain, semblent incapables de mesurer cette réalité. Rien ne garantit d'ailleurs que les États-Unis accepteraient de risquer une confrontation nucléaire avec la première puissance atomique mondiale pour défendre un groupe de petits pays européens surexcités. L'article 5 de l'OTAN, brandi comme un talisman, est pourtant explicite : il n'impose pas une riposte militaire automatique.
Quant à la France, qui laisse entendre qu'elle pourrait étendre sa couverture nucléaire à d'autres États européens, prendra‑t‑elle réellement le risque d'affronter la Russie ? Malgré son arsenal nucléaire, elle demeure une puissance militaire moyenne pour risquer un duel stratégique avec Moscou.
On ne le dit pas assez, mais si le monde n'a pas encore basculé dans un conflit nucléaire, c'est en grande partie grâce au sang‑froid de Vladimir Poutine, qui refuse de céder aux provocations européennes et aux pressions des faucons russes. Le président russe sait qu'il a affaire à des dirigeants européens immatures, incapables d'appréhender la gravité de leurs actes. Mais la patience face à la connerie a des limites. À bon entendeur
Je bois mon lait nsambarisé
source : Patrick Mbeko