Traduction d'un article d'Ed Dowd publié le 11 septembre 2026 sur son compte Substack "Beyond the narrative" (Au-delà du discours officiel)
Le mardi 8 septembre, au lendemain du week-end de la Fête du Travail (quel timing!), un jeune homme du nom de Jacob Coxon a publié un message sur X... Son tout premier message, qui est devenu viral. Ancien employé d'Anthropic et d'OpenAI, il a mis en garde contre les dangers de l'IA. En moins de 24 heures, la publication de Jacob sur X a généré 123 millions de vues, 650'000 "J'aime" et 190'000 abonnés. Même Elon Musk s'est exprimé à ce sujet en déclarant: "Je ne pense pas que cela soit jamais arrivé pour une publication provenant d'un nouveau compte n'ayant pratiquement aucune activité antérieure."
Les médias grand public se sont immédiatement emparés de l'affaire, contribuant ainsi à la viralité de la publication. En l'espace de quelques heures, le Wall Street Journal avait déjà interviewé Jacob et les autres médias grand public lui ont emboîté le pas. Les deux camps politiques se sont ensuite emparés du sujet (principalement les démocrates), citant des extraits de la publication sur X pour réclamer immédiatement des réglementations et des interventions gouvernementales.
J'ai créé ma plateforme Substack "Ed Dowd : Beyond the Narrative" pour aborder des questions comme celle-ci, et je pense qu'il s'agit d'une opération psychologique bien orchestrée visant à faire bouger les lignes et à faire évoluer les mentalités.
Dictionnaire Merriam-Webster, "psyop".
"Opération militaire visant généralement à influencer l'état d'esprit de l'ennemi par des moyens non combattants... Également: personne ou chose utilisée par le gouvernement pour influencer les opinions et les attitudes de la population."
Je ne dis pas que Jacob Coxon est un agent du gouvernement. Je dis simplement que les 72 dernières heures ressemblent moins à l'action d'un lanceur d'alerte qu'à un récit de panique artificiel.
Le compte X @hilbertspaess (de Jacob Coxon, NDLT) n'avait pratiquement aucune empreinte avant mardi soir. Sa biographie se résume à trois mots: "recherche en IA". Le compte est resté inactif pendant un an. Puis, dans une rafale coordonnée, une série de sept publications a annoncé une démission d'Anthropic, un avertissement selon lequel les laboratoires "jouent avec nos vies", et une prédiction selon laquelle les personnes qui développent ces technologies pensent en privé qu'elles pourraient tuer tout le monde d'ici la fin de la décennie. Du jour au lendemain, la publication a enregistré des centaines de millions de vues. Des centaines de milliers de "J'aime". Le compte est passé de l'anonymat le plus complet à une notoriété nationale avant que la plupart des Américains n'aient bu leur café.
Ce n'est pas ainsi que fonctionne un discours organique sur X: un discours organique est hésitant, il publie un brouillon, il corrige une faute de frappe et il a un historique. Ce compte avait un historique silencieux, puis soudain un texte percutant et professionnel, et toute la presse grand public qui s'empare de l'affaire et la couvre pendant des heures.
Le Wall Street Journal a publié une interview exclusive de Coxon très peu de temps après la mise en ligne de son post. Business Insider, Newsweek, le New York Post, Mashable et Deadline ont tous repris les mêmes citations en l'espace de quelques heures. Puis le lendemain, des interviews en direct sur Fox News et CNN. Ce n'est pas un simple journaliste qui a eu de la chance en parcourant son fil d'actualité tard dans la nuit. C'est une opération bien orchestrée. À mon humble avis, on n'obtient pas par hasard une exclusivité du WSJ et un fil de discussion totalisant 100 millions de vues, à moins que l'interview n'ait déjà été enregistrée.
J'ai alors fait ce que je fais toujours. J'ai lu les réponses et les commentaires sceptiques sur X. Les chasseurs d'anomalies étaient les premiers à réagir. Parker Thayer a présenté une chronologie qui a mis en alerte mon ancien cerveau de gestionnaire de portefeuille d'actions: l'article du Wall Street Journal a pu "potentiellement" paraître avant la publication publique, le compte sans aucune activité préalable a alors soudainement explosé, et les premières citations sont apparues en moins de quinze minutes par des think tanks dont le financement remonte au même cercle de philanthropes proches d'Anthropic. D'autres utilisateurs ont souligné le graphique des abonnés vide, la vérification soudaine du compte, ainsi que le fait que les premiers relais n'étaient pas des citoyens lambda, mais des personnes dont le métier consiste à transformer la peur en lois et en accusations de liens avec des ONG spécialisées dans la politique en matière d'IA.
On peut contester n'importe lequel de ces éléments pris isolément. Il est plus difficile de contester l'ensemble.
Pour moi, ce qui est révélateur, ce sont les réactions typiques de certains membres du Congrès lorsqu'un discours est préparé à l'avance. Le député Ro Khanna a très rapidement relayé le fil de discussion et a exigé la création d'une agence fédérale dédiée à l'IA "comme celle dont nous disposons pour l'énergie nucléaire et l'aviation", ainsi qu'une certification préalable, des "kill switches" (interrupteurs de sécurité, NDLT), des sanctions pénales et des auditions avec "des chercheurs comme Jacob". Il a demandé au président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, de maintenir la session parlementaire.
De l'autre côté du Capitole, le sénateur Bernie Sanders avait déjà fait circuler une proposition d'interdiction de la superintelligence, tandis que le député Greg Casar proposait la création d'une agence au niveau ministériel, d'un comité consultatif d'"experts", bref toute la panoplie. Les sénateurs Chris Van Hollen et Richard Blumenthal se sont joints au concert. OpenAI, ne voulant pas être exclue de ses propres "funérailles", a commencé à publier des messages sur les règles de sécurité nationale.
Thèse > Antithèse > Synthèse... Également connu sous le nom de Problème > Réaction > Solution.
Hegel reconnaîtrait bien cette manœuvre:
· Thèse: les laboratoires se précipitent vers des systèmes qu'ils ne peuvent pas contrôler.
· Antithèse: le public est désormais terrifié, et les captures d'écran du fil de discussion de Coxon en sont la preuve.
· Synthèse: une réglementation, un régime d'autorisation, une nouvelle agence et des barrières à l'entrée déguisées en "mesures de confinement".
Commençons par ceux qui n'en tirent aucun bénéfice:
· Pas les entreprises open source
· Pas les start-ups qui n'ont pas les moyens de se doter d'un service de conformité et de faire réaliser un audit de confinement
· Pas non plus les laboratoires chinois, qui ignoreront le sermon et continueront à entraîner leurs modèles quoi qu'il arrive.
Les premiers bénéficiaires sont les deux noms cités dans le message originel: Anthropic et OpenAI.
Ils brûlent des liquidités à un rythme qui ferait rougir une CLEC (Competitive local exchange carrier - Entreprise de services locaux concurrente) des années 2000-2001. Les cours des jetons ne cessent de chuter. La demande des entreprises ne double pas assez vite pour compenser cette baisse. La dérivée seconde ralentit. Les dépenses d'investissement sont un véritable trou noir. Les valorisations ne tiennent la route que si le récit reste cohérent et le nombre de concurrents limité.
Un rempart fédéral comprenant une pré-certification, des obligations d'assurance et une responsabilité pénale pour les modèles non agréés remplit deux fonctions à la fois. Il écrase la longue traîne des concurrents qui rognent leurs marges. Et il donne aux opérateurs historiques un argument politique à présenter aux investisseurs: "Nous sommes les adultes responsables, les services publics réglementés du renseignement; veuillez continuer à financer les pertes jusqu'à ce que la rentabilité unitaire apparaisse."
Le deuxième bénéficiaire est le gouvernement lui-même (cette initiative est principalement un projet démocrate).
Une agence dédiée à l'IA au niveau du gouvernement implique de nouvelles dotations budgétaires, de nouveaux bâtiments, de nouveaux fonctionnaires de grade GS-15, de nouveaux sous-traitants, de nouveaux "comités consultatifs" composés des mêmes personnes qui ont rédigé les éléments de langage. Les auditions impliquent des budgets de déplacement et du temps d'antenne à la télévision. La pré-certification implique la création d'une catégorie permanente d'inspecteurs. L'assurance obligatoire signifie un marché réglementé que les agences pourront superviser. Chacun de ces éléments constitue une demande de financement qui survit au cycle de l'actualité.
Quelques républicains se sont déjà portés volontaires pour contribuer à la mise en place de ce dispositif. Le sénateur Josh Hawley s'est montré le plus véhément, affirmant à son propre parti qu'il fallait "réglementer" l'IA afin qu'elle ne remplace pas les travailleurs; il a d'ailleurs déjà déposé un projet de loi avec le sénateur Blumenthal, coparrainé par la sénatrice Marsha Blackburn, visant à rendre obligatoires les évaluations fédérales des modèles avancés. Le député Jay Obernolte a présenté le "Great American AI Act" à la démocrate Lori Trahan et aux républicains de la Chambre des représentants Scott Franklin et Erin Houchin.
À la suite des publications de Coxon, même le sénateur Ted Cruz, qui a passé l'année dernière à tenter de préempter les réglementations étatiques en matière d'IA, a publié un message affirmant que les risques sont "dangereux et effrayants", qu'"il faut des garde-fous" et qu'il travaille actuellement avec Amy Klobuchar et John Thune sur les risques catastrophiques liés à l'IA dans les domaines biologique et nucléaire. Il n'est pas nécessaire de rallier l'ensemble du Parti républicain... Il suffit d'une poignée de noms pour que la nouvelle agence puisse se présenter comme bipartisane lorsque la question du financement sera abordée.
La peur, c'est le moyen de renforcer l'État quand on ne parvient pas à faire croître l'économie.
J'ai récemment publié un article intitulé " La fête des dépenses d'investissement de Wall Street dans l'IA... Il est 2 heures du matin et le bar est sur le point de fermer", dans lequel j'expliquais qu'il devenait de plus en plus coûteux de financer le développement et que les investisseurs s'interrogeaient sur le retour sur investissement final. Une panique sécuritaire débouchant sur un cartel d'octroi de licences est le refinancement le plus élégant que j'aie vu depuis longtemps, tant pour les laboratoires que pour la bureaucratie qui tirera profit de cette panique. Il n'est pas nécessaire de prouver que ces modèles vont nous tuer. Il suffit de faire croire au Congrès et au public qu'ils pourraient le faire. La peur coûte moins cher qu'un produit rentable, et elle coûte moins cher qu'un budget équilibré.
Coxon pourrait-il être sincère ? Bien sûr... Des gens quittent leur emploi et d'autres ont peur... La sincérité et l'utilité ne sont pas antinomiques. Les opérations les plus efficaces font appel à une personne réelle, en proie à une anxiété réelle, puis placent derrière elle un mégaphone, un journaliste du WSJ et un calendrier législatif.
Je ne sais pas exactement dans quelle mesure ces craintes liées à l'IA sont fondées, mais je sais à quoi ressemble un récit orchestré:
· Un compte inactif et une exclusivité diffusée le soir même
· Des ONG politiques qui sont les premières à réagir
· Des projets de loi déjà rédigés
· Plusieurs membres du Congrès publiant immédiatement sur X leurs réactions à chaud
· Deux entreprises confrontées à un problème de consommation de trésorerie présentées comme les seules à avoir la tête sur les épaules
· Le gouvernement, majoritairement démocrate, avec juste assez de républicains pour faire bonne figure, qui a soudainement besoin d'une nouvelle agence, d'une nouvelle dotation budgétaire et d'une nouvelle raison de s'interposer entre vous et l'avenir
· Deux entreprises pionnières de l'IA en pleine hémorragie financière qui ont besoin de réglementer leurs concurrents jusqu'à les faire disparaître.
Surveillez les flux de trésorerie, surveillez les discours, surveillez la propagande de la peur, surveillez qui en profite... C'est un théâtre Kabuki savamment mis en scène. Après l'opération psychologique du Covid, c'est à mon avis la prochaine grande offensive. Tous les signes sont là.
"Celui qui expose le premier sa cause paraît avoir raison, jusqu'à ce que l'autre vienne l'interroger." Proverbes 18:17
Si on raisonne en termes de niveaux, comme Icaros, ce texte est du niveau 2, je dirais.
Le niveau 3 serait d'avoir un bouc émissaire facile : piratage (en fait vente de données par les "élites") -> IA futur génocide -> IA réchauffement climatique (lol) -> IA
