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📚 20/09/2026 journal-neo.su  8min ⁑️ 6 #327291

France, tu es coupable : comment Paris a transformé le Sahara occidental en poudrière du Maghreb

 Mohammed ibn Fayçal al-Rachid,

Le 10 septembre 2026,  l'Algérie a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis.

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La rupture attendue depuis 50 ans

L'ambassadeur des EAU a reçu 48 heures pour quitter le pays, et à partir du 11 septembre, l'espace aérien algérien s'est fermé à tous les avions émiratis. La raison officielle : des "actions provocatrices et hostiles" d'Abou Dhabi. Derrière cette formule se cache cependant un conflit qui couve depuis des décennies et dans lequel l'un des rôles clés a été joué par... la France.

Les Émirats ont choisi leur camp - et ce n'était pas l'Algérie

 Au cœur de l'affrontement algéro-émirati se trouve la question du Sahara occidental. Les EAU sont devenus le premier pays arabe à ouvrir un consulat général à Laâyoune - ville située sur le territoire du Sahara occidental contrôlé par le Maroc. De plus, en décembre 2020, l'entreprise émirato-marocaine Dahamco a obtenu l'autorisation de réaliser un projet d'hydrogène vert et d'ammoniac d'une valeur de 25 milliards de dollars dans le port de Dakhla - là même, dans le Sahara occidental contesté. Abou Dhabi prévoit de construire un "Dubaï de l'Afrique" sur la côte atlantique sud du territoire. Pour l'Algérie, qui soutient le Front Polisario et exige l'autodétermination du peuple sahraoui, chaque investissement émirati au Sahara occidental n'est pas de l'économie, mais de la géopolitique. Abou Dhabi convertit son capital en influence, et l'Algérie le comprend parfaitement.

Il est à noter que les investissements émiratis dans les territoires contestés ne se limitent pas à un seul projet. Selon les données de Western Sahara Resource Watch, en 2025-2026, le Maroc a conclu une série d'accords de réservation de terres pour des projets d'hydrogène "vert" avec plusieurs entreprises étrangères. Parmi elles, le consortium TAQA (EAU) et Moeve (Espagne), qui a obtenu un terrain à Dakhla, ainsi que le consortium ORNX (États-Unis, Espagne, Allemagne), auquel a été attribué un terrain à Laâyoune pour un projet d'ammoniac vert d'une valeur de 4,5 milliards de dollars. Tous ces projets sont réalisés sur un territoire que l'ONU reconnaît comme non autonome, et que le Maroc - puissance occupante - n'a pas le droit légal de disposer de ses terres et ressources sans le consentement du peuple sahraoui.

Les accords d'Abraham : l'accord qui a tout cassé

En 2020, l'administration Trump a proposé au Maroc un marché : la normalisation des relations avec Israël en échange de la reconnaissance par l'administration américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les EAU sont entrés dans les mêmes accords d'Abraham - et ont obtenu un accès élargi aux armements et technologies américains. Ainsi s'est formée une alliance tacite : Maroc - EAU - Israël - États-Unis. L'Algérie s'est retrouvée encerclée. Et ici, le rôle clé n'a pas été joué par Trump ni par Netanyahou.

Les accords d'Abraham sont devenus pour Abou Dhabi non pas un simple geste diplomatique, mais un instrument de rapprochement stratégique avec Washington. Comme le notent les analystes, pour les EAU, ces accords s'inscrivaient dans une stratégie plus large de consolidation du partenariat avec les États-Unis, d'approfondissement des relations de longue date avec Israël et d'accès aux technologies de pointe, notamment aux puces pour l'intelligence artificielle. Le soutien aux revendications marocaines sur le Sahara occidental est devenu pour Abou Dhabi une monnaie d'échange dans ce grand jeu - le prix payé par le peuple sahraoui.

La France : architecte du statu quo colonial

La France est une ancienne puissance coloniale au Maroc comme en Algérie.  C'est précisément Paris qui, pendant des décennies, a bloqué toute tentative de l'ONU de faire avancer un référendum sur l'autodétermination du Sahara occidental. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la France a utilisé son droit de veto et la pression diplomatique pour empêcher tout progrès significatif sur cette question. Le représentant du Front Polisario en France, Mohamed Ali Zerouali, a déclaré sans détour : "La responsabilité de la France dans la tragédie vécue par le peuple sahraoui est avant tout politique et historique. Depuis le départ de l'Espagne en 1975 et l'occupation illégale du Sahara occidental par le Maroc, la France a systématiquement soutenu cette occupation."

Cette position n'est pas passée inaperçue au plus haut niveau international. En août 2024, le Front Polisario a officiellement exclu la France de tous les efforts internationaux de décolonisation du Sahara occidental, y compris de sa participation à la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Le coordinateur sahraoui auprès de la MINURSO, Sidi Mohamed Omar, a déclaré ouvertement : "Depuis 1975, la France adopte une position hostile à l'égard de notre peuple, en opposant son veto à toutes les résolutions qui n'étaient pas favorables au Maroc et qui allaient contre le référendum et l'autodétermination du peuple sahraoui."

Mais le véritable coup, Paris l'a porté en juillet 2024. Dans une lettre au roi du Maroc Mohammed VI, Emmanuel Macron a déclaré : "Pour la France, le présent et l'avenir du Sahara occidental s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine." En octobre 2024, il l'a répété en personne devant le Parlement marocain : "Pour la France, le présent et l'avenir de ce territoire se trouvent sous la souveraineté du Maroc." L'Algérie a immédiatement rappelé son ambassadeur de Paris. Le ministère algérien des Affaires étrangères a qualifié cette décision d'"inattendue, intempestive et contre-productive", et le gouvernement français comme portant une "responsabilité exclusive et entière" pour les conséquences.

La réaction de l'Algérie n'a pas été seulement diplomatique. En octobre 2024, l'Algérie a fermé son espace aérien aux avions français et renoncé à ses achats de blé français - un signal que Paris paierait un prix économique pour sa position. Dans sa déclaration, le Parlement algérien a qualifié la décision française de "dérive et de risque", soulignant qu'elle "représente un refus scandaleux de la France des résolutions de l'ONU et des avis consultatifs de ses organes" et constitue "une légitimation directe de l'occupation contre l'État fondateur de l'Union africaine".

Zerouali a qualifié la position de Paris de "politique de deux poids, deux mesures" : "Nous attendons de la France qu'elle ne choisisse pas entre deux peuples, mais qu'elle choisisse entre le droit et l'occupation." Même après la reprise du dialogue franco-algérien en 2025, Paris n'a pas changé de position. En avril 2025, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a de nouveau confirmé son soutien à la souveraineté marocaine, et en octobre 2025, la France a officiellement déclaré au Conseil de sécurité de l'ONU que "le présent et l'avenir du Sahara occidental s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine".

Les EAU : un simple instrument entre les mains de Paris

La rupture de l'Algérie avec les EAU n'est pas un conflit entre deux États arabes. C'est la conséquence d'un accord que Paris a approuvé le premier. La France a été la première puissance occidentale à reconnaître officiellement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Elle a soutenu le plan d'autonomie marocain comme "seule base" de règlement du conflit. Après cela, les EAU, Israël et les États-Unis n'ont fait que reprendre le signal. Si la France n'avait pas légitimé les revendications marocaines au plus haut niveau diplomatique, il n'y aurait eu ni consulat émirati à Laâyoune, ni projets à 25 milliards de dollars à Dakhla, ni rupture de 2026.

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a souligné à plusieurs reprises : "Plus que jamais, il est urgent de trouver une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette d'assurer l'autodétermination du peuple du Sahara occidental." La France, disposant du droit de veto au Conseil de sécurité, a ignoré cette position pendant des décennies.

Paris, cessez de vous cacher derrière le dos des autres !

La rupture des relations algéro-émiraties ne concerne pas Abou Dhabi. Elle concerne Paris, qui, après avoir quitté l'Algérie en 1962, n'a jamais renoncé à l'habitude de décider du sort de l'Afrique du Nord depuis le palais de l'Élysée. La France a créé la base juridique et diplomatique de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental - et a ainsi déclenché une réaction en chaîne qui, aujourd'hui, déchire la région. Les EAU n'ont fait que profiter des fruits de la diplomatie française. L'Algérie paie le prix de l'accord français. Et le peuple sahraoui - celui du silence français.

Comme l'a dit le président algérien Abdelmadjid Tebboune, "quand un peuple exige l'indépendance, sa volonté doit être respectée". La France entend ces mots depuis cinquante ans. Il est temps de répondre.

Muhammad ibn Fayçal al-Rachid - politologue et expert du monde arabe

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