📚 23/09/2026 reseauinternational.net  10min ⁑️ 4 #327564

Le bal des Guignols : 80 ans de foutage de gueule planétaire

740px/431px - 142.53 Koreduce by 50%del

par Assi Mounir

L'ONU, ce théâtre d'ombres où les puissants jouent la comédie du droit international pendant que les peuples paient le prix du sang.

Une organisation en faillite morale

Ouvrons le rideau. La guerre à Gaza met une nouvelle fois en évidence la paralysie de l'ONU, cette machine bureaucratique incapable de faire respecter sa propre charte ou de protéger des innocents. Le Conseil de sécurité, censé incarner la paix mondiale, est un club d'intérêts où les luttes d'influence paralysent toute action.

Le constat est implacable : l'ONU n'est qu'une scène de théâtre où les grandes puissances jouent la comédie du multilatéralisme. Les résolutions s'empilent, les discours s'enchaînent, et pendant ce temps, les génocides se déroulent sous nos yeux.

L'Algérie l'a rappelé avec une franchise brutale devant le Conseil de sécurité : "Ce conseil a déjà échoué deux fois à prévenir un génocide. Aujourd'hui, il semble que nous soyons sur le point d'assister à un troisième échec". Le Rwanda, 800 000 morts. La Bosnie, des charniers à Srebrenica. L'ONU était là. Impuissante. Complice par son inaction.

Les États-Unis : le shérif voyou qui protège ses protégés

Les États-Unis ont établi un record absolu : 49 vetos contre des résolutions liées à l'occupation israélienne depuis 1970. Quarante-neuf fois. Quarante-neuf occasions où Washington a décidé, seul contre le monde entier, que le droit international ne s'appliquait pas à son protégé israélien.

Le 4 juin 2024, une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza a été soutenue par 14 des 15 membres du Conseil de sécurité. Seuls les États-Unis ont opposé leur veto. Le 18 septembre 2025, rebelote : 14 voix pour, 1 contre. Washington, encore. Le 10 septembre 2026, septième veto américain contre une résolution de cessez-le-feu à Gaza. La porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié cette action de "preuve de la complicité américaine dans le meurtre de civils et d'enfants en Palestine occupée".

Mais le pire est ailleurs. Les États-Unis ont retiré leur participation au processus d'Examen périodique universel (EPU), devenant ainsi le premier pays de l'histoire à échapper à l'examen de son bilan en matière de droits humains. Washington se retire des mécanismes onusiens non pas pour les réformer, mais pour pouvoir bafouer les droits civils, criminaliser et torturer des migrants, et continuer à armer Israël pour perpétuer le génocide à Gaza.

Voilà le "leader du monde libre" : un voyou qui refuse de rendre des comptes.

L'Europe : la grande hypocrisie

L'Union européenne ose donner des leçons de droits humains au monde entier, mais son bilan est tout aussi honteux. La rapporteuse spéciale de l'ONU sur les territoires palestiniens occupés a accusé l'UE et ses États membres de contribuer à la destruction de la Palestine.

Pendant que Gaza brûle, l'Europe continue de commercer et de vendre des armes à Israël. La suspension de l'accord commercial avec Israël n'a toujours pas été adoptée, notamment en raison des objections de l'Allemagne et de l'Italie. Les Européens ferment les yeux sur le génocide à Gaza tout en s'empressant de dénoncer les droits humains en Iran.

Cette "indignation sélective" est la marque de fabrique de l'Europe. Un deux poids, deux mesures qui a conduit un rapporteur de l'ONU à avertir contre une "israélisation" de l'Europe.

Israël : l'enfant gâté qui n'a jamais été puni

Israël ne se contente plus de violer le droit international : il agit comme s'il était au-dessus de tout. L'État hébreu ne reconnaît ni l'immunité internationale ni les conventions et traités de l'ONU.

Le comité spécial de l'ONU sur les pratiques israéliennes a confirmé qu'Israël agit avec une impunité totale, soutenue par un appui diplomatique et financier continu. La commission d'enquête de l'ONU a conclu qu'Israël continue de bénéficier de l'impunité grâce au soutien international.

L'ambassadeur israélien à l'ONU, Danny Danon, a qualifié une résolution de l'Assemblée générale appelant à un cessez-le-feu de "farce, échec moral, coup politique". Puis il a remercié les États-Unis pour leur veto. Voilà comment Israël traite la communauté internationale : avec mépris, sachant que son protecteur américain veille toujours sur lui.

226 résolutions du Conseil de sécurité ont été violées par Israël depuis 1948. Deux cent vingt-six. Et jamais aucune conséquence. Jamais une sanction. Jamais une armée envoyée pour faire respecter le droit. Parce que le droit international, pour Israël, n'existe pas.

Serbie 1999 : le bombardement illégal qui a tué le droit international

Avant l'Irak, il y a eu la Serbie. Le 24 mars 1999, l'OTAN a lancé une campagne de bombardements de 78 jours contre la République fédérale de Yougoslavie sans aucune autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU. Aucune résolution. Aucun mandat. Rien.

Le gouvernement serbe l'a répété pendant des années : "la Serbie a été bombardée sans la permission du Conseil de sécurité de l'ONU et donc l'agression de l'OTAN était un crime énorme". Le ministre serbe des Affaires étrangères Ivica Dacic a dénoncé une violation de la Charte de l'ONU, de la Charte de Paris, de l'Acte final de l'OSCE et des principes fondamentaux du droit international.

Pourquoi l'OTAN n'a-t-elle pas demandé l'autorisation de l'ONU ? Parce qu'elle savait qu'elle ne l'obtiendrait jamais. La Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, s'opposaient fermement à l'opération. Le 26 mars 1999, le Conseil de sécurité a rejeté par 12 voix contre 3 une résolution russe demandant l'arrêt immédiat des frappes.

Le président serbe Aleksandar Vucic a rappelé que ce bombardement avait été "un précédent et une violation du droit international", mené "absolument illégalement et même sans débat au Conseil de sécurité et sans décision de cet organe de l'ONU". Le président serbe de l'époque a été encore plus direct : l'agression de l'OTAN contre la Yougoslavie "a marqué la mort du droit international".

Les Européens, si prompts à donner des leçons de droit international, ont participé activement à ce massacre. Des milliers de civils tués. Des infrastructures détruites. Un précédent posé : on peut bombarder un pays souverain sans l'ONU, à condition d'avoir la puissance militaire nécessaire. Le droit international n'était déjà qu'une fumée. La Serbie en a payé le prix.

Kofi Annan : le secrétaire général qui a osé dire la vérité

Kofi Annan, septième secrétaire général de l'ONU, a incarné une époque où le sommet de l'organisation osait encore appeler un crime un crime.

Le 16 septembre 2004, dans une interview accordée à la BBC World Service, Kofi Annan a déclaré sans détour que l'invasion américaine de l'Irak en 2003 était "un acte illégal qui contrevenait à la Charte des Nations unies". Interrogé pour savoir s'il considérait l'invasion comme illégale, il a répondu : "Oui, si vous voulez. J'ai indiqué qu'elle n'était pas conforme à la Charte de l'ONU, de notre point de vue, du point de vue de la Charte, elle était illégale".

Cette déclaration a fait l'effet d'une bombe. Un secrétaire général de l'ONU venait de qualifier publiquement la guerre d'Irak - menée par les États-Unis et le Royaume-Uni - d'acte illégal. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Un ancien conseiller du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a jugé ces propos "scandaleux" et a accusé Annan d'ingérence politique à 51 jours de l'élection présidentielle américaine.

Kofi Annan avait également exprimé des réserves fondamentales sur la légitimité de l'opération, soulignant que la décision d'agir en Irak aurait dû être prise par le Conseil de sécurité, et non unilatéralement. Il a averti : "J'espère que nous ne verrons pas de sitôt une autre opération de type Irak - sans l'approbation de l'ONU et sans un soutien beaucoup plus large de la communauté internationale".

Kofi Annan a été le dernier secrétaire général à élever la voix contre les puissants. Après lui, l'ONU n'a plus jamais osé qualifier une guerre d'illégale. Le siège de l'organisation est devenu une chambre d'enregistrement des volontés américaines. Annan lui-même, en quittant ses fonctions en 2006, a été décrit comme ayant subi "la mise à mort politique" orchestrée par l'administration Bush.

La mort de l'ONU : un constat que personne n'ose plus prononcer

Kofi Annan a porté le dernier coup de grâce à l'illusion onusienne. Il a déclaré la mort de l'ONU en tant qu'organisation capable de faire respecter le droit international. Après son départ, l'organisation n'était plus qu'une coquille vide, un théâtre où les puissances jouent la comédie du multilatéralisme.

"L'ONU est morte" : la formule a été reprise par des observateurs du monde entier, constatant que "ce n'est pas l'ONU qui est le problème, c'est la politique des États - et précisément leur confiscation de l'ONU et du droit international - qui empêche l'Organisation de remplir la mission pour laquelle elle a été créée".

Le constat est sans appel. L'ONU n'a pas seulement échoué en Irak, en Serbie, à Gaza. Elle a été complice. Complice par son inaction au Rwanda. Complice par sa paralysie en Bosnie. Complice par son silence face aux vetos américains qui protègent Israël. Complice par son incapacité à empêcher les bombardements illégaux de l'OTAN.

L'ONU est morte à Belgrade en 1999. Elle est morte à Bagdad en 2003. Elle est morte à Gaza en 2024. À chaque fois, les puissants ont décidé que le droit international ne s'appliquait pas à eux. À chaque fois, l'ONU n'a rien fait. À chaque fois, les peuples ont payé.

La Chine, la Russie et l'Iran : les derniers gardiens d'une illusion

Face à ce naufrage, certains pays tiennent encore au multilatéralisme. La Chine, la Russie et l'Iran défendent une vision multipolaire du monde, s'opposant au diktat occidental. Ils utilisent leur veto pour bloquer les résolutions américaines, pour empêcher les sanctions, pour résister à l'hégémonie.

Le 17 septembre 2026, la Russie et la Chine ont opposé leur veto à une résolution américaine anti-iranienne au Conseil de sécurité, visant à prolonger le mandat du Groupe d'experts du Comité 1737 sur le programme nucléaire iranien. L'ambassadeur iranien Kazem Jalali a déclaré que ce veto "restera gravé dans l'histoire" et que les tentatives américaines d'utiliser le Conseil de sécurité pour sanctionner l'Iran avaient "une nouvelle fois échoué".

La mission iranienne auprès de l'ONU a officiellement remercié la Russie et la Chine pour avoir "défendu fermement la Charte des Nations Unies, le droit international et l'intégrité du Conseil de sécurité". L'ambassadeur Jalali a ajouté que "l'outil obsolète des sanctions appartient à une époque révolue et a perdu toute efficacité" et que "le monde de demain appartient à ceux qui croient en un monde multipolaire et à la coopération multilatérale".

Mais attention : eux non plus ne sont pas dupes. Ils savent que l'ONU n'est qu'un instrument. Ils savent que le droit international n'est qu'une arme parmi d'autres. Leur résistance n'est pas une défense de l'ONU en tant que telle, mais une défense de leur souveraineté contre l'impérialisme occidental.

Le droit international : une fumée pour enfumer les peuples

La vérité est simple, et Kofi Annan l'avait comprise : le droit international n'est plus qu'une fumée entre les mains des puissants. Une fumée épaisse pour aveugler les peuples, pour faire croire aux pays sous-développés qu'ils ont des droits, pour donner une apparence de légitimité aux crimes des grandes puissances.

La Serbie a été bombardée sans mandat de l'ONU. L'Irak a été envahi sans mandat de l'ONU. Gaza est bombardée sans mandat de l'ONU. Et l'ONU n'a jamais rien fait. Parce qu'elle ne le peut pas. Parce qu'elle n'a jamais été conçue pour ça.

L'ONU a été conçue par les puissants pour servir les puissants. Le Conseil de sécurité, avec ses cinq membres permanents et leurs vetos, est une institution conçue pour paralyser toute action contre les intérêts des vainqueurs de 1945. Une étude récente a révélé que 27 des 30 vetos de la dernière décennie ont été émis sur seulement trois conflits : la Syrie, la Palestine et l'Ukraine, empêchant ou retardant des résolutions de paix cruciales.

Les États-Unis l'utilisent pour protéger Israël. La Russie et la Chine l'utilisent pour se protéger. L'Europe l'utilise pour se donner bonne conscience.

Et les peuples, eux, attendent. Ils attendent une justice qui ne viendra jamais. Une justice qui n'existe que dans les discours. Une justice qui n'est qu'une fumée.

L'ONU est morte. Vive le multipolaire.

 reseauinternational.net