
Source: Gettyimages.ru
Drapeaux européens flottant devant le siège de la Commission européenne, à Bruxelles, en Belgique, le 10 septembre 2026.
Après plusieurs années de sanctions contre Moscou, Bruxelles reconnaît désormais une "certaine fatigue" au sein de l'UE. Cet aveu fait suite à des négociations tendues entre les Vingt-Sept, qui peinent à s'accorder sur la prolongation des restrictions. Plusieurs mesures visant la Russie continuent en effet de diviser les États membres.
Le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a reconnu le 23 septembre l'existence d'une "certaine fatigue" au sein de l'Union européenne face aux sanctions contre la Russie. Interrogé par Euractiv, il a déclaré qu'"après presque cinq ans de conflit, une certaine fatigue s'est accumulée".
Cette déclaration fait suite à des négociations difficiles entre les États membres sur la prolongation des sanctions. Dombrovskis réagissait notamment au retrait des hommes d'affaires russes Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman des listes européennes.
Leur retrait a fait partie d'un compromis nécessaire pour permettre aux Vingt-Sept de s'entendre sur la prolongation des restrictions. La Lettonie, qui s'y opposait initialement, a finalement levé son veto après des pressions de Paris. Les discussions ont ainsi fait apparaître les divergences qui persistent entre plusieurs États membres sur certaines mesures visant la Russie.
Malgré ce constat de fatigue, Dombrovskis a défendu le maintien de la politique suivie par Bruxelles. Selon lui, l'Union européenne doit continuer à soutenir l'Ukraine et à exercer une pression "aussi longtemps que nécessaire".
L'unanimité au cœur des désaccordsLes négociations ont également mis en évidence les contraintes du mécanisme européen de sanctions. L'Allemagne et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avaient notamment plaidé pour une modification du principe d'unanimité appliqué à ces décisions.
Dombrovskis a toutefois admis qu'un tel changement était difficilement envisageable à court terme. Il nécessiterait une modification des traités européens, qui doit elle-même recevoir l'accord des Vingt-Sept - une unanimité paradoxalement nécessaire pour abandonner la règle de l'unanimité.
Après les désaccords et les compromis survenus pendant les négociations, les États membres ont finalement prolongé les sanctions concernées jusqu'au 22 septembre 2029. Bruxelles poursuit ainsi sa politique à l'égard de Moscou. En juillet, le 21e paquet de sanctions avait notamment visé les opérations financières de plus de 90 banques russes ainsi que les secteurs de l'énergie, du commerce et des cryptomonnaies.
Moscou dénonce des sanctions sans effet sur sa politiqueLa Russie continue pour sa part de contester la légitimité des restrictions européennes. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a appelé à lever les sanctions visant non seulement Ousmanov et Fridman, mais aussi les autres entrepreneurs et citoyens russes concernés.
Moscou affirme depuis plusieurs années que la multiplication des sanctions occidentales n'a pas permis à leurs promoteurs d'atteindre les objectifs recherchés ni de contraindre la Russie à modifier sa politique. Vladimir Poutine a décrit ces restrictions comme un élément d'une stratégie occidentale de long terme visant à affaiblir la Russie. Le président russe a également affirmé qu'elles avaient porté un sérieux préjudice à l'économie mondiale.
La reconnaissance d'une "fatigue" par Dombrovskis ne s'accompagne pour l'heure d'aucun changement annoncé à Bruxelles. Cet aveu s'inscrit néanmoins après plusieurs années de sanctions, au moment où leur prolongation nécessite des compromis entre les Vingt-Sept et où les désaccords sur certaines restrictions apparaissent plus ouvertement au sein de l'Union européenne.