Komla YAWO
En marge des travaux de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies à New York, le ministre des Affaires étrangères du Togo, Prof. Robert Dussey, s'est exprimé dans un entretien grand format accordé à France 24. Le plaidoyer mondial pour la justice cartographique (CorrectTheMap), la stratégie de Lomé face aux crises sahéliennes, la souveraineté sécuritaire et la nature réelle des relations bilatérales avec la France ont été les grands axes de cet entretien.
CorrectTheMap, une victoire de justice pour le Sud GlobalL'adoption par l'Assemblée générale de la résolution introduisant la carte Equal Earth marque un tournant historique pour la représentativité du continent africain. Portée par le Togo sous l'égide de l'Union africaine, cette initiative entend corriger la distorsion pluriscolaire issue de la projection Mercator. "Ce n'est pas un projet idéologique radical. C'est d'abord une vérité scientifique que, politiquement et diplomatiquement, le Togo a portée avec l'Union africaine", a expliqué Robert Dussey pour recadrer les réserves émises par Washington.
Le chef de la diplomatie togolaise a tenu à clarifier le sens de cette démarche académique et politique. "C'est une correction qui entre dans ce mouvement de réparation que veulent les peuples du Sud global en général, et particulièrement les peuples africains", précisant qu'"aucune frontière ne s'est agrandie" à la suite de cette adoption, coupant court aux malentendus de souveraineté territoriale évoqués par d'autres chancelleries.
Sahel et AES, refus de l'isolement et pragmatisme sécuritaireSur le chapitre de l'instabilité régionale et l'émergence de la Confédération des États du Sahel (AES : Mali, Burkina Faso, Niger), Lomé réaffirme son rôle pivot de médiateur et de bâtisseur de ponts. Face aux approches punitives du passé, la position du président Faure Gnassingbé demeure constante; dialoguer et soutenir les pays voisins pour préserver l'architecture globale de sécurité en Afrique de l'Ouest. "La solution, c'est de ne pas isoler ces pays. Parce que la sécurité de ces pays dépend aussi de notre sécurité. Ces pays constituent une forme de digue contre l'extrémisme violent", a affirmé le ministre.
Conscient de l'interdépendance des défis sécuritaires entre le Sahel et les États côtiers, le Togo poursuit ses démarches inclusives, plaidant y compris auprès des grandes puissances pour une coopération pragmatique. "Nous ne pouvons pas isoler les trois pays de l'AES. Ce n'est pas responsable", a-t-il dit.
Souveraineté militaire et partenariat apaisé avec la FranceInvité à commenter la présence de forces étrangères et les rumeurs sur l'intervention de groupes paramilitaires, le Professeur Robert Dussey a balayé ces allégations avec fermeté. "Nous n'avons pas de mercenaires russes. Le Togo a une coopération comme avec la France [...]. Quand vous achetez un hélicoptère français, américain, chinois ou russe, c'est bien sûr des formateurs qui viennent entraîner nos forces de défense".
Sur le front nord, où la menace du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) sévissait, les dispositions opérationnelles prises par le gouvernement portent leurs fruits. Pour lui "il y a tout un dispositif robuste dans l'extrême nord du Togo qui fait que nous arrivons ensemble avec les forces armées burkinabées à contenir les différentes attaques. L'extrême nord du Togo est beaucoup plus pacifique aujourd'hui qu'il y a quatre ans".
Enfin, concernant les relations bilatérales avec Paris, malgré certains arbitrages et incidents médiatiques, Lomé privilégie la continuité diplomatique. "Les relations entre le Togo et la France n'ont jamais été difficiles. Soyez rassurés qu'il n'y a absolument pas de problème", a-t-il assuré.
