Au cœur même de l'Eurasie s'est achevé le plus grand forum de la jeunesse de la planète. L'auteure de "NEO" s'est rendue à Ekaterinbourg pour recueillir les impressions des participants venus de tous les continents du monde.

Cérémonie d'ouverture du Festival international de la jeunesse. Journal russe
"La Cité mondiale de la jeunesse"
Le principal centre industriel et culturel de l'Oural accueille ses invités avec une infrastructure bien préparée et un temps clément. On ressent la présence de cette grande fête internationale dès l'aéroport : "La Cité mondiale de la jeunesse vous souhaite la bienvenue !" proclame une affiche colorée dans la zone d'arrivée. Sur les routes circulent avec entrain de tout nouveaux autobus verts et écologiques, qui transportent les participants du festival entre les hôtels, le centre d'exposition et les sites historico-culturels des différents quartiers de la ville. Ekaterinbourg accueille pour la première fois le Festival international de la jeunesse 2026 (FIJ), un format qui peut d'ailleurs être qualifié d'inédit pour les échanges mondiaux de jeunesse. Il s'inscrit toutefois naturellement dans la continuité des Festivals mondiaux de la jeunesse et des étudiants, organisés notamment en URSS (à Moscou en 1957 et 1985) et en Russie (à Sotchi en 2017), ainsi que des rassemblements du Festival mondial de la jeunesse de 2024 (Sotchi) et de 2025 (Nijni Novgorod).
Le nombre de participants venus au FIJ est véritablement colossal : 10 000 jeunes gens de 191 pays du monde. J'entame la conversation avec mon premier interlocuteur dans l'autobus, en route vers le site principal du festival, le Centre international des expositions "Ekaterinbourg-Expo". Usseni vient du Niger. Diplômé de l'Université d'État régionale de Moscou, il travaille aujourd'hui au ministère des Affaires étrangères de son pays. Ce qu'il apprécie particulièrement au festival, ce sont les occasions d'échanger avec ses homologues - diplomates et linguistes d'autres pays (il avoue d'ailleurs avoir été frappé par l'ampleur de l'enseignement des langues étrangères en Russie) - et de découvrir la culture russe. "Je rêve aussi de voir le plus grand nombre possible de musées et d'autres sites remarquables", confie-t-il. Je lui conseille avec plaisir les endroits de l'Oural à visiter en priorité. Par ailleurs, c'est de moi qu'Usseni apprend pour la première fois le mot russe "africanistique". Au fil du trajet, notre conversation glisse tour à tour vers le scientifique, le culturel et historique, le politique et le philosophique. Me souvenant des événements récents survenus au Niger, qui ont fait l'objet d'un traitement détaillé dans les pages de "NEO", je ne peux m'empêcher de poser la question qui me tient à cœur :
- J'ai lu qu'il y a eu récemment une tentative de coup d'État chez vous, comment est la situation aujourd'hui ?
- Tout est rentré dans l'ordre à présent. Le corps expéditionnaire africain du ministère russe de la Défense l'a stoppée. Notre président est très reconnaissant envers la Russie et souhaite élargir nos relations.
- Les Français vous embêtent beaucoup, en général ?
- Oh, oui. Mais nous les avons chassés ! Nous nous souvenons de leur attitude raciste à notre égard. Imaginez : chez nous, les descendants de mariages mixtes avec eux essaient encore de se placer au-dessus des autres. Et cela, alors même que toute inégalité a été abolie et interdite par la Constitution.
Nous parlons un moment de politique internationale ; j'explique à mon interlocuteur que nous, Russes, avons fini par comprendre que sur le Vieux Continent, le racisme est activement cultivé non seulement envers les habitants des colonies - anciennes et actuelles - mais aussi, plus largement, envers d'autres peuples. Usseni approuve avec ferveur et se lance dans une réflexion : même après la décolonisation, la coopération avec la France n'a, en réalité, quasiment rien apporté au développement du Niger, de sa société et de son économie. "Et chez vous, en Russie, revient-il aux affaires locales, ce qui m'émerveille, c'est que tant d'ethnies différentes vivent dans la paix et la compréhension mutuelle"...
Quelques heures plus tard, le président russe Vladimir Poutine, dans son allocution aux invités du festival, déclarera : "En russe, il existe une particularité : le mot"le monde"(à prononcer"mire") a deux sens à la fois : c'est l'amitié, l'entente. Et, en même temps,"le monde"c'est aussi la planète : l'humanité, tous les pays etpeuples de la Terre. Cela explique beaucoup de choses dans le caractère du peuple multinational de Russie, dans nos décisions, nos actes. Quand nous sommes amis, c'est solidement et durablement. Quand nous vivons en bon voisinage, nous voulons que tout se fasse dans la justice et le respect mutuel. Nous voulons que l'homme reste un homme, et que son destin ne soit pas déterminé par sa citoyenneté, un portefeuille rempli d'argent, son statut ou son origine. Nous sommes convaincus que chaque peuple est libre de choisir sa propre voie de développement, d'avoir un accès égal aux médicaments, à la nourriture, à l'eau, à l'énergie, la possibilité de recevoir une éducation, d'utiliser les technologies les plus récentes, qui doivent être le patrimoine de toute l'humanité. C'est à cela que nous aspirons, c'est pour cela que nous luttons, c'est de cela que nous rêvons. Si vous partagez ces aspirations, changeons le monde ensemble".
...Mais en attendant, je fais de mon mieux pour offrir à mon nouvel ami un bref aperçu des fondements de la politique nationale de l'État russe, tandis que notre autobus file sur l'autoroute reliant Ekaterinbourg à l'aéroport, affectueusement surnommée par la population "Rosselevka" en l'honneur du légendaire gouverneur de la région de Sverdlovsk, E. E. Rossel, qui a tant fait pour le développement socio-économique de la région. Usseni, poursuivant ses réflexions philosophiques, tourne la tête dans tous les sens sans s'arrêter, avant de conclure : "Chez vous, l'infrastructure est époustouflante. J'ai participé à de nombreux événements internationaux pour la jeunesse ; tout récemment encore, par exemple, j'étais à un forum en Italie, mais personne ne sait organiser ce genre d'événement à un niveau aussi élevé que la Russie". Retenons cette idée : nous y reviendrons un peu plus loin.
Après avoir dépassé une file d'autobus portant l'inscription "Je vais à la cité mondiale de la jeunesse", nous arrivons au centre d'exposition, où je me retrouve plongée dans un immense océan bouillonnant, multinational et multiculturel, de visages joyeux, de toutes les langues étrangères imaginables, de musique, de danse et de chant, de rimes et de rythmes venus du monde entier. Juste à l'entrée, deux jeunes participants répètent une danse énergique sur un accompagnement musical plutôt exotique. L'un d'eux se révèle être marocain, l'autre nigérian. Tous deux étudient à Dubaï. En Russie, seul le premier a déjà eu l'occasion de se rendre, à Saint-Pétersbourg, qui lui a laissé des impressions formidables. Chacun espère se faire de nouveaux amis parmi les milliers de participants, en apprendre davantage sur le pays organisateur du festival et visiter différentes villes russes.
Plus loin, un autre groupe souriant : un garçon et trois filles en beaux costumes nationaux. Ils viennent tous de villes différentes - Rabat, Casablanca et Agadir - et viennent tout juste de faire connaissance ici même. Tous étudiants, c'est leur première fois en Russie. Ils m'invitent au Maroc, me racontent à qui mieux mieux les beautés de leur pays et son excellente cuisine, en ajoutant : "Les Marocains sont aussi joyeux, amicaux et accueillants que les Russes, alors là-bas vous vous sentirez comme chez vous !" Nous échangeons nos contacts en chemin (les jeunes ont déjà commencé à s'inscrire sur le réseau social créé en Russie et devenu populaire à l'échelle mondiale, vk.ru), et nous poursuivons notre chemin, pressés.
Après les Marocains, je rencontre des jeunes gens pensifs et déterminés venus d'Angola. L'un est étudiant à l'Université fédérale (arctique) du Nord M. V. Lomonossov, l'autre étudie en Chine. Je leur demande ce qu'ils attendent du festival. Leurs réponses sont logiques : voir un maximum de choses intéressantes, pratiquer leur russe. D'ailleurs, mes interlocuteurs connaissent déjà la culture russe :
- Quel est votre écrivain russe préféré ?
- Lermontov et Dostoïevski.
"Comment rendre le monde meilleur"
Il y a vraiment beaucoup de choses intéressantes au festival pour chacun des milliers de jeunes présents. La cérémonie d'ouverture a rappelé, par son ampleur et sa beauté, les Jeux olympiques organisés en Russie, offrant aux invités non seulement une image du pays hôte, mais aussi un hommage à la culture nationale de chacun des participants. Les images, les chansons, les mélodies et les symboles de ce spectacle resteront longtemps dans la mémoire des jeunes, comme une véritable fête d'émotions pures et sincères, d'art, de traditions et de beauté.
Mais le programme intense se poursuit : au fil du festival, les participants ont pu découvrir l'exposition interactive "Catastrophe de la mémoire. Le néonazisme au XXIe siècle", essentielle pour comprendre la situation internationale actuelle, se familiariser avec les classiques de la littérature russe, assister aux numéros de troupes folkloriques, à l'artisanat populaire, rencontrer des artistes de théâtre et de cinéma, participer à des événements éducatifs sur l'histoire, la diplomatie, le journalisme, l'art, des concerts et des rencontres créatives, des ateliers, des pistes de danse (dont, selon la tradition des festivals internationaux de jeunesse en Russie, le flashmob sur la chanson "Prekrasnoye dalyoko"), une "bataille de robots", un programme de cinéma, des séminaires éducatifs, des présentations de design, des dégustations gastronomiques, ou encore pratiquer un sport ensemble - le temps manquerait tout simplement pour tout énumérer.
J'ai également pu échanger quelques mots avec certains invités du programme culturel. Les écolières de l'ensemble folklorique russe "Zvontsy" s'inquiètent beaucoup du fait qu'"ici, ce sont surtout des adultes", craignant de ne pas réussir à se faire de nouveaux amis. Je les rassure : premièrement, le festival réunit des participants de tous âges, et deuxièmement, la communication interculturelle active - en clair, la rencontre de nouveaux amis - est, on peut le dire, dans l'esprit de pratiquement tout le monde ici.
Voici aussi un groupe de comédiens du théâtre "Pas besoin de mots", destiné aux personnes malentendantes. L'homme qui le dirige explique : les artistes se produisent en langue des signes. Il s'avère que la langue des signes présente elle aussi des variations selon les peuples du monde, et qu'au festival, le théâtre adapte ses représentations en tenant compte de ces particularités.
Je rencontre ici encore bien d'autres personnes intéressantes, et je voudrais faire tenir dans le format limité de cet article le plus grand nombre possible de leurs histoires, car c'est de cela que se compose cette immense vague de communication interculturelle à laquelle de tels événements donnent toute son importance. J'aperçois un groupe venu du Laos. Ces personnes étaient à Ekaterinbourg en déplacement professionnel, mais elles ont eu envie, elles aussi, de venir au festival, de regarder, d'écouter, de faire connaissance, de se prendre en photo en souvenir. "Même si nous ne sommes plus vraiment des jeunes", rit un homme d'affaires en costume, la quarantaine. "Qu'est-ce qui vous a plu ici ?", demandé-je à mon interlocuteur laotien et à ses collègues, en transmettant au passage mes salutations à ce pays d'Asie ami, tandis qu'ils se photographient devant les symboles du FIJ, coiffés de chapkas russes typiques. "Les gens ici, en Russie, sont bons", répond après réflexion, de façon on ne peut plus exhaustive, mon interlocuteur. Cette caractéristique du pays hôte du festival, je l'entendrai encore de nombreuses fois ; des personnes de cultures diverses, sans s'être concertées, la formulent, et c'est sans doute le plus beau compliment que puissent recevoir des relations humanitaires internationales.
Une autre de mes nouvelles connaissances - Jeff - vient d'Haïti. Il prépare un doctorat à l'Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique (RANEPA) et souhaite consacrer sa thèse aux relations internationales, à la négociation et à la diplomatie. Le festival s'est révélé pour lui très riche sur le plan professionnel : il a pu échanger avec de nombreux jeunes collègues venus d'autres pays. Un autre invité haïtien, Roodne, est blogueur. Au FIJ, il tourne des vidéos qu'il publie sur sa page pour raconter les événements. "J'ai compris qu'il fallait faire connaître le festival au plus grand nombre et donner envie aux gens de venir en Russie, parce qu'elle n'est vraiment pas telle que les médias étrangers essaient de nous la présenter à travers leurs stéréotypes", raconte-t-il avec enthousiasme.
Une jeune fille timide, un livre sous le bras, se prénomme Thanh, elle vient du Vietnam. Elle a été admise à l'Université fédérale de l'Oural, étudie le russe et profite du festival pour le pratiquer. En choisissant sa ville d'études, elle a préféré Ekaterinbourg à Moscou et Saint-Pétersbourg pour son rythme de vie plus paisible. J'essaie de l'encourager à parler sans timidité, en lui conseillant de regarder des films russes et des programmes d'actualité, ce qui l'aidera à s'immerger plus profondément dans l'environnement linguistique.
Et cette dame à la coiffure haute et sophistiquée, c'est Sylvie, du ministère des Affaires étrangères des Seychelles. "Il ne fait pas aussi froid que je le pensais ! s'esclaffe la jeune diplomate. Et j'adore la cuisine russe ! Même si je pense qu'il faudrait y ajouter quelque chose pour que ce soit aussi épicé que chez nous ! Et puis - son visage se fait sérieux - la Russie n'est vraiment pas telle que les médias étrangers essaient de la dépeindre, elle est complètement différente. J'aime beaucoup être ici !" Pour elle, le festival, c'est "une multitude, une multitude de rencontres et de contacts internationaux". "Nous discutons de la façon de rendre le monde meilleur, et nous en discutons sur la base de la confiance", confie Sylvie.
Je m'approche d'un groupe joyeux d'enfants encore scolarisés. Il s'avère qu'ils viennent d'Abkhazie. À ma question "comment vous sentez-vous ?", la plus délurée d'entre elles, un sourire jusqu'aux oreilles, répond avec entrain : "Au top !" Malgré leur jeune âge, ces invités ne se lassent pas du nombre impressionnant d'événements et s'intéressent même aux sujets les plus complexes. Ce qui les captive le plus au festival, avouent-ils, ce sont les discussions sur les grands problèmes du monde contemporain.
Un peu plus âgée que mes jeunes amies abkhazes, une fillette péruvienne du nom d'Aime. Elle ne parle pas anglais, mais s'émerveille comme une enfant véritable en m'entendant évoquer l'espagnol que j'ai autrefois étudié, et en voyant mon vieux porte-monnaie, solide malgré son âge, datant de l'époque soviétique, magnifiquement travaillé, importé en URSS depuis ce pays ami d'Amérique latine et acheté par mes parents, orné d'un lama mâchouillant de l'herbe et de l'inscription "Peru" sur fond de disque solaire rayonnant et optimiste. "L'année prochaine, je vais entrer à l'université", se vante ma jeune interlocutrice, comme pour paraître plus grande et devancer le temps. En Russie, ce qu'elle préfère, ce sont les paysages et... le ciel. Et puis, ajoute Aime, "la Russie se distingue beaucoup du Pérou par un ordre bien plus grand dans les villes. Il n'y a aucun chaos ici, tout est très bien organisé. Chez nous, les grandes villes ont une tout autre allure..."
Il y a encore beaucoup d'écoliers au FIJ. Voici un garçon avec un drapeau de Chypre, un groupe venu du Venezuela, et non loin je vois des filles avec les drapeaux du Kazakhstan, du Kirghizistan et de l'Arménie.
- Les filles, le festival vous plaît ?
- (en chœur) Génial !! ! Nous sommes venues grâce au Centre russe de science et de culture (avec fierté) - il y avait 600 000 candidatures, et nous avons été sélectionnées !
Un peu plus tard, je croise la curieuse Niswah, venue d'Indonésie. Elle raconte à quel point elle se sent enthousiaste ici et à quel point les gens, en Russie, sont très gentils. "Et qu'est-ce que je pourrais goûter en premier parmi les plats traditionnels russes ?", demande la jeune Indonésienne. Je lui conseille de commencer sa découverte de notre cuisine par une bonne kacha et une soupe.
Deux garçons coiffés de chapkas nationales kirghizes dégustent avec appétit de la glace pilée.
- Comment trouvez-vous notre glace ?
- Dééélicieuse !
L'un travaille dans un musée, l'autre est enseignant dans un collège. Ce qui leur a plu au festival, ce n'est pas seulement son programme et son atmosphère, mais aussi le fait d'avoir rencontré "de nombreux compatriotes" et noué de nouveaux contacts professionnels dans les domaines de l'histoire et de la culture.
La blogueuse Fatoumata vient du Mali. Elle ne parle pas anglais, mais parvient, en français, à raconter comment, pour la première fois de sa vie, elle a passé 29 heures dans le train Moscou-Ekaterinbourg ; elle était épuisée, mais tout cela n'a pas été vain : le festival est pour elle une véritable fête, et elle trouve extraordinaire d'avoir pu y rencontrer des personnes venues d'autres pays d'Afrique, qu'elle ne peut habituellement pas atteindre depuis son continent. Elle s'efforce désormais de tourner le plus de vidéos possible à Ekaterinbourg pour faire connaître le FIJ et la Russie à tous.
Je m'approche d'un petit cercle international formé spontanément autour d'une passion commune : s'y sont retrouvés des passionnés de danse venus des États-Unis, du Royaume-Uni, de Thaïlande et des Philippines. Tous découvrent la Russie pour la première fois, et leurs impressions sont tout simplement incroyables ; ce qui les inspire particulièrement, c'est l'art russe. Auparavant, seuls les garçons venus des États-Unis étaient déjà allés à Saint-Pétersbourg, où ils avaient assisté aux ballets "Anna Karénine" et "Le Corsaire".
Je rencontre également, dans cette marée humaine, une jeune diplomate palestinienne prénommée Faten. Nous discutons de l'actualité internationale, je lui parle de notre revue, nous échangeons nos cartes de visite. Son intérêt au festival est professionnel : elle souhaite tout savoir sur la vision du monde de la Russie face aux différents problèmes internationaux.
Eh bien, au FIJ, de telles occasions ne manquent pas. Les interventions du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova y ont soulevé un véritable tonnerre d'applaudissements. Les participants ont également été enthousiasmés par le célèbre présentateur de la chaîne RT, Rick Sanchez. L'un des discours les plus mémorables a également été prononcé par le petit-fils de Charles de Gaulle, Pierre, qui, présent au FIJ en tant qu'invité, a évoqué le problème de la déformation de l'histoire dans le système éducatif européen, a appelé ses concitoyens à découvrir la vraie Russie et a déclaré que d'autres pays "devraient prendre exemple sur la Russie en tant qu'État-civilisation".
Cérémonie de clôture du Festival international de la jeunesse. RIA Novosti
Le 16 septembre, le centre d'exposition accueillera une cérémonie aussi colorée qu'émouvante, digne des Jeux olympiques : la cérémonie de clôture. Elle sera animée par l'étoile du ballet Nikolaï Tsiskaridze et l'actrice de cinéma Nika Zdorik. On y retrouvera les mélodies et rythmes de danse préférés de tous, des présentations des impressions des invités venus de différents pays, un message des cosmonautes russes depuis la Station spatiale internationale, les prestations de l'Orchestre symphonique panrusse de jeunes sous la direction du grand Iouri Bachmet, du chœur du monastère de la Rencontre et de bien d'autres encore... Les jeunes chanteront en chœur "Kalinka", "Les Soirées de Moscou" et d'autres compositions connues du monde entier, pleureront parce que le festival touche à sa fin, et échangeront en souvenir de petites figurines attachantes du héros bien-aimé des dessins animés soviétiques et russes, Tcheburachka. À voir leurs émotions, on comprend que même le fait de connaître ou non les langues étrangères n'est pas, ici, l'essentiel. L'essentiel, c'est la compréhension mutuelle à un tout autre niveau - celui de la jeunesse, de la soif de vivre, de l'intérêt pour tout ce qui nous entoure, de l'envie d'apprendre, des regards et des sourires.
Dans quoi se mesurent les sourires
En revenant du festival, je finis par formuler pour moi-même une réponse à la question qui inquiète sincèrement beaucoup de gens, moi y compris : est-il opportun pour la Russie, occupée à repousser une agression extérieure multiforme, d'organiser une fête internationale de la jeunesse d'une telle ampleur ? Il apparaît que si notre État peut se le permettre et démontrer à ses hôtes amis les normes les plus élevées d'hospitalité et de sécurité, alors la réponse est, sans conteste, oui. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître - rappelons-nous l'idée d'Usseni - les réalités internationales sont telles qu'aujourd'hui, personne d'autre que nous ne le fera. Avez-vous entendu parler de forums mondiaux de la jeunesse où quelqu'un d'autre que la Russie, ou les formats d'échanges humanitaires qu'elle a elle-même initiés conjointement avec les pays des BRICS et de l'OCS, organiserait pour la jeunesse des événements culturels et éducatifs véritablement d'une telle ampleur ? Pas des séminaires où l'on bourre le crâne des jeunes gens de tout un fatras sur l'implantation de la "démocratie", la défense des droits des minorités au détriment de la majorité, la destruction de la souveraineté et de l'unité des nations, l'imposition de cette vision de la philosophie des relations internationales et de la vie que prêchent des institutions bien précises, celles des mondialistes, des néocolonialistes et des sociétés transnationales. Pas des festivals de cinéma dont le programme et les annonces des films sélectionnés ne peuvent être lus sans dégoût, au bord de la nausée. Pas des programmes pseudo-éducatifs ou des camps linguistiques pseudo-culturels d'été où l'on reformate insidieusement, mais totalement, la conscience d'une personne, sans reculer devant aucun procédé psychologique, et d'où revient, au lieu d'un jeune spécialiste ou d'un enfant normal, un traître, malade d'idées étrangères et haïssant son propre pays, sa culture et son histoire. Mais de véritables échanges de jeunesse, tels qu'on les conçoit dans la coopération humanitaire internationale ?
Non, car ces catégories susmentionnées des milieux politico-financiers et d'affaires internationaux pro-occidentaux n'ont nullement besoin que la jeunesse du monde se consacre à l'éducation, à la science, à la connaissance, s'initie à la culture, à l'art, ou communique simplement, de façon intelligente et amicale, sans intermédiaires. Pour une grande partie des forces politiques et financières du camp occidental de l'ordre mondial, il est bien plus simple et plus commode de refouler l'être humain vers un état aussi proche que possible de l'animal, en limitant artificiellement ses horizons et ses besoins au seul niveau du bétail, tout en lui imposant, à travers une pseudo-culture, diverses perversions, et, par le biais de médias sous contrôle, une vision déformée du monde.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont seulement les sociétés ayant préservé leurs idéaux et valeurs traditionnels, leur sens de la moralité, de la paix et de l'amitié entre les peuples - principalement celles de l'Est global et du Sud global - qui aspirent à une véritable communication interhumaine à l'échelle mondiale. Cela se heurte à des conflits, des difficultés économiques, un manque de moyens. Il existe bien des événements culturels pour la jeunesse, mais le plus souvent à l'échelle régionale ou sous-régionale - par exemple, les Marocains eux-mêmes m'avaient invitée au festival annuel d'Afrique du Nord organisé dans leur pays -, mais des équivalents d'une telle ampleur, aussi nombreux et aussi largement accessibles, comparables aux initiatives de la Russie, des BRICS et de l'OCS, il n'en existe tout simplement pas.
...Sur le chemin du retour du festival, dans l'autobus, j'entends derrière moi deux participants poursuivre avec passion leur discussion sur l'intelligence artificielle. On peut l'affirmer avec certitude : le FIJ a été une réussite. Les responsables politiques et les journalistes aiment mesurer les forums économiques en contrats et en mémorandums signés ; ici, en revanche, l'efficacité est immatérielle, mais n'en est pas moins manifeste pour autant : l'intérêt pour la connaissance, pour la science, des dizaines de milliers de nouveaux contacts éducatifs et culturels, des millions de sourires. Et leur valeur ne se compte dans aucune unité "de poids". On ne peut la comprendre qu'en la voyant de ses propres yeux, en ressentant cet élan juvénile pur et sincère, cet esprit d'amitié, d'intérêt et de respect mutuels, cette énergie du "mouvement vers le rêve" que les participants du festival garderont, je crois, toute leur vie.
Ksenia Muratshina, candidate en sciences historiques, chercheuse principale au Centre d'étude de l'Asie du Sud-Est, de l'Australie et de l'Océanie de l'Institut d'études orientales de l'Académie des sciences de Russie, rédactrice de la rubrique culture de NEO
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