Par MARC Jean

L'expression "le massacre de Maïdan" désigne les manifestations anti-gouvernementales qui se sont déroulées en février 2014 à Kiev en Ukraine et causé la mort de 74 manifestants et 17 policiers, auxquels s'ajoutent de nombreux blessés des deux côtés. Ce massacre a conduit au renversement du gouvernement démocratiquement élu de Viktor Ianoukovytch et a constitué le facteur déclenchant de la crise qui allait conduire au conflit actuel (1) entre la Russie et l'Ukraine. Ces événements ont fait l'objet par les médias officiels d'une couverture, souvent infondée et toujours partiale. Il faut relever, entre autres, la notice de Wikipedia qui a sciemment déformé les faits en minimisant les preuves de l'implication de l'extrême-droite dans ce massacre et en reprenant le narratif dominant. Il est regrettable que cette organisation se soit ainsi discréditée.
Dans un ouvrage (2), étayé par des centaines de témoignages et des vidéos, photos et enregistrement, Yvan Katchanovski, enseignant à l'École supérieure des affaires politiques et internationales de l'Université d'Ottawa au Canada, présente une version à contre-courant du narratif officiel. La densité de son livre a nécessité un travail de synthèse, que nous présentons dans la présente contribution.

"En 2004, l'Ukraine avait été secouée par la Révolution orange, un mouvement populaire qui avait porté au pouvoir Viktor Iouchtchenko. Le mandat de ce dernier à la présidence s'avère toutefois difficile, tant sur le plan politique qu'économique. Le sentiment que le président n'a pas été à la hauteur des attentes s'exprime lors du premier tour de l'élection présidentielle le 17 janvier 2010. La popularité de Iouchtchenko a chuté à un point tel qu'il n'obtient qu'un maigre 5,45% des votes, soit 1,3 million des 24,5 millions de bulletins remplis. Son rival à la présidentielle de 2004, l'ex-premier ministre Viktor Ianoukovytch, remporte la victoire avec 48,95% des voix, soit environ 3,5 points de pourcentage de plus que son opposante." (3)
L'opinion en Occident se désintéressait complètement de ces péripéties, confuses pour des non Ukrainiens. Le nouveau Président, qualifié de pro-russe, tare infamante s'il en est, cherchait au contraire à conserver un équilibre précaire entre les deux blocs. D'ailleurs, bien que privilégiant de bonnes relations avec la Russie, il négocia durement avec les Russes. Mais il s'engagea dans une direction fatale en abandonnant les négociations avec l'Europe pour un accord avec la Russie. Cet accord promettait des avantages importants pour l'industrie, dont un accès à une énergie bon marché. On peut rêver et imaginer ce qu'aurait été un partenariat économique pour les deux peuples. Hélas pour eux, de mauvais génies désignés sous le nom de "proxénètes de guerre" (4) allaient jeter de l'huile sur le feu en excitant l'opinion et en provoquant des manifestations "contre l'abandon de l'Union européenne", saluées par tous les médias occidentaux ! L'occasion tant attendue par les comploteurs d'allumer la mèche d'un conflit fratricide se présentait enfin.
Le narratif officiel et médiatiqueLe massacre de Maïdan a tout de suite été attribué aux tireurs d'élite du gouvernement et à la police Berkut par l'opposition, les dirigeants occidentaux et les médias en Ukraine et en Occident. Sans le moindre élément de preuve, ces accusations ont immédiatement saturé l'espace médiatique et façonné durablement l'opinion publique. Ce narratif a permis d'occulter le véritable coup de force commis par les extrémistes ukrainiens qui a permis de renverser le gouvernement légitime.
"En effet, alors même qu'un accord avait été négocié le 21 février 2014 par le Président Viktor Ianoukovytch, les dirigeants de l'opposition du Maïdan et les représentants de la France, de l'Allemagne et de la Pologne, prévoyant le retrait des forces gouvernementales du centre de Kiev, le désarmement des activistes du Maïdan, des élections présidentielles anticipées et une enquête sur le massacre du Maïdan avec la participation du Conseil de l'Europe, cet accord a été violé le jour même par les activistes extrémistes qui ont lancé un ultimatum appelant à la démission du Président pour le lendemain avant 10h00 et menaçant d'un assaut s'il ne démissionnait pas. La crainte d'être tenus pour responsables de l'usage de la force a provoqué le retournement complet d'une partie des députés du parti présidentiel. La fuite du Président parlant d'un coup d'État, l'absence totale de réaction des pays de l'Union Européenne qui avaient patronné l'accord du 21 février ont permis la mise en place d'un gouvernement provisoire de fait."(5)
La narration dominante, promue, avec quelques exceptions, par les médias, attribuait le massacre des manifestants du Maïdan aux forces de sécurité du gouvernement y compris la police anti-émeutes Berkut. Les gouvernements occidentaux et des organisations comme l'Union européenne, ont explicitement ou implicitement, en menaçant de sanctions, accusé le gouvernement Ianoukovytch et les forces gouvernementales du massacre des manifestants au moment où il s'est produit et par la suite, et avant qu'une enquête ne soit même menée !
Bien entendu, c'est cette narration, diffusée à profusion dans la majorité des médias, qui s'est imposée dans l'opinion publique. C'était l'objectif des lanceurs de ces accusations.(6) Bien évidemment aussi, la plupart des études concluant qu'il s'agissait d'une opération sous faux drapeau conduite par des éléments d'extrême droite ont été ignorées. Relevons néanmoins quelques exceptions : contrairement au récit dominant, une émission de télévision allemande, Monitor, a présenté les preuves de son enquête démontrant que des tireurs étaient postés à l'hôtel Ukrania. Une enquête de la BBC a abouti à des résultats similaires.
Gabriel Gatehouse, de l'émission Newsnight de la BBC, enquête sur les liens entre le nouveau gouvernement ukrainien et les néonazis. Le 28 février 2014.
La reconstitution des événementsIvan Katchanowski fournit une analyse complète du massacre de Maïdan. De la masse de documents, témoignages et videos cités dans les 475 pages de ce livre, [qu'il est impossible de résumer] il ressort qu'il n'existe aucune preuve spécifique que le Président, ou ses ministres et commandants, aient ordonné ou été impliqués dans le massacre. L'auteur ajoute que, parmi ces preuves,figurent les témoignages de la majorité des manifestants du Maïdan blessés, affirmant qu'eux-mêmes et d'autres protestataires ont été abattus le 20 février par des tireurs d'élite postés à l'hôtel Ukrania et dans d'autres bâtiments sous contrôle du Maïdan. Les analyses balistiques ne permettent pas de faire correspondre les balles extraites des victimes avec les Kalachnikovs de la police anti-émeute Berkut.(7) En définitive, il n'y a eu aucune condamnation pour le meurtre de 76 manifestants et de 17 policiers. La mise en scène du "massacre de Maïdan" attribué aux forces du régime était parfaite et son étouffement judiciaire un scandale.
Les conséquencesL'étape décisive sera l'opération de retournement de l'Ukraine réalisée lors de ce que l'on a appelé "la révolution de Maïdan", et qui n'était "qu'un coup de force appuyé par les États-Unis dans l'installation d'un régime russophobe en Ukraine par le renversement violent du président ukrainien pro-russe, Viktor Yanukovych, en février 2014. La guerre en Ukraine a commencé avec le renversement de Yanukovych il y a neuf ans, et non en février 2022 comme le gouvernement américain, l'OTAN et les dirigeants du G7 voudraient nous le faire croire." écrit Jeffrey D. Sachs (8). Ensuite une cascade d'événements va conduire à la déflagration de février 2022. Le nouveau gouvernement issu du coup de force va immédiatement révoquer la loi sur la pluralité des langues au niveau régional, provoquant une forme d'insurrection en Crimée. Mais rapidement, dès le mois de mars, l'est du pays, le Donbass entrait en sécession. La volonté du gouvernement ukrainien de continuer ce qu'il appelait alors une "opération anti-terroriste" dégénéra en un conflit meurtrier qui devait durer jusqu'aux accords de Minsk-2 en 2015.
Ces accords signés entre le gouvernement ukrainien et les séparatistes du Donbass, sous la garantie de la France et de l'Allemagne, et censés pacifier les relations en accordant une large autonomie, furent en réalité utilisés pour gagner du temps (9) et permettre l'armée ukrainienne de se réarmer. Les lignes de séparation restaient gelés, mais les bombardements ukrainiens continuèrent et même s'intensifièrent fin 2021 début 2022. Toutes les observations laissaient augurer de l'intention de l'armée ukrainienne de lancer une grande offensive.
"Outre les efforts continus de l'OTAN pour faire des forces armées ukrainiennes une force de combat plus redoutable, la politique entourant l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et son intégration dans l'Occident a changé en 2021. Un nouvel enthousiasme pour la poursuite de ces objectifs s'est manifesté tant à Kiev qu'à Washington. Le président Zelensky, qui n'avait jamais montré beaucoup d'enthousiasme pour faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN et qui avait été élu en mars 2019 sur une plateforme appelant à coopérer avec la Russie pour résoudre la crise en cours, a changé de cap au début de 2021 et non seulement a adopté l'élargissement de l'OTAN, mais a également adopté une approche de fermeté vis-à-vis de Moscou. Il a pris une série de mesures, comme la fermeture de chaînes de télévision pro-russes et l'arrestation d'un ami particulièrement proche de Poutine, inculpé de trahison, qui ne pouvaient que provoquer Moscou" selon John Mearsheimer (10).
Avant d'accuser le Président Poutine d'être le seul responsable du conflit, rappelons nous cette maxime du roi Frédéric II de Prusse : "L'agresseur est celui qui oblige ses adversaires à recourir aux armes"(11)
MARC Jean
Notes :
(1) arretsurinfo.ch
(2) Ivan Katchanowski, Le massacre du Maïdan en Ukraine, la tuerie de masse qui a changé le monde, 490 p., publié aux éditions Perspectives Libres
(3) perspective.usherbrooke.ca
(4)) Chris Hedges : Les proxénètes de la guerre - Consortium News
(5)Ivan Katchanowski, Le massacre du Maïdan en Ukraine, p.63-64
(6) arretsurinfo.ch
(7)Ivan Katchanowski, Le massacre du Maïdan en Ukraine, p.438-439
(8) La guerre en Ukraine a été provoquée
(9) .marianne.net/agora/les-signatures-de-marianne/les-accords-de-minsk-devaient-donner-du-temps-a-lukraine-angela-merkel-jette-un-pave-dans-la-mare
(10) arretsurinfo.ch
(11) arretsurinfo.ch
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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