Par Emmanuel Leroy − Septembre 2026
Messieurs, Il ne vous aura pas échappé que le 15 avril 2026 était lancé à Kiev un groupe informel baptisé Military Expert Council "ARES" ( Allied Reform and Expert Support) auprès du commandant en chef Oleksandr Syrskyï (ce dernier remplacé le 21 juillet dernier à la suite du scandale Fedorov par le général Mykhaïlo Drapatyï).
ARES comme son nom l'indique, est exclusivement axé sur la guerre, et plus spécialement celle d'Ukraine et sur les leçons que l'Occident doit en tirer au plus vite avant que celle-ci ne s'achève sur les rives du Dniepr voire jusqu'à Odessa. Vous qui semblez tant fascinés par cette guerre que votre plus cher désir serait d'envoyer de jeunes soldats français dans les steppes d'Ukraine pour y tuer des Russes et pour venger la Bérézina, sans imaginer une seconde qu'il sera plus probable de les voir mourir dans leur caserne à Dieuze ou à Bayonne frappés dès les premières minutes de la guerre par des missiles hypersoniques, que sur un champ de bataille.
Vous qui êtes des observateurs scrupuleux de tout ce qui a trait à cette guerre, vous devez sans doute vous souvenir de l'exercice de l'OTAN Hedgehog qui s'est déroulé en Estonie en mai 2025 où une petite équipe de dronistes ukrainiens - on parle d'une dizaine de soldats - a mis en déroute deux bataillons de l'OTAN en moins d'une journée. Le résultat fut si choquant que l'on en parle encore dans les états-majors occidentaux car cet exercice a prouvé au monde entier qu'il n'existe aujourd'hui que deux armées disposant de l'expertise réelle - pas sur Powerpoint - d'une guerre moderne, ce sont l'armée ukrainienne et l'armée russe. Et sans nul doute, cet épisode aura joué un rôle déterminant pour lancer ARES et tirer du sang ukrainien qui coule encore, les leçons dont l'Occident a besoin pour forger ses armées de demain.
Comme vous êtes toujours attentifs à ce que disent et font vos maîtres anglo-saxons, vous aurez sans doute remarqué la composition très orientée de ce Conseil d'experts militaires baptisé du nom du dieu de la guerre Arès. Elle mérite en effet que l'on y regarde de plus près.
Le président est le général britannique Richard Shirreff montrant par là le rôle prééminent de la Grande-Bretagne dans ce conflit, bien au-delà de sa puissance géopolitique résiduelle. Shirreff a été le numéro 2 de l'OTAN entre 2011 et 2014 et son titre de gloire, tout un programme, est d'avoir publié en 2016 un roman intitulé "2017 : War with Russia". Au moins ça a le mérite d'être clair. Cet homme-là ne nous refera pas le coup de Chamberlain à Munich.
Mais comme l'empreinte godone est forte dans cette enceinte, on y trouve encore un Britannique en la personne de Martin Connel, vice-amiral à la retraite, spécialiste de l'aéronavale et de la guerre sous-marine mais qui dispose aussi de fortes attaches avec les USA car il fut attaché naval à Washington et un des acteurs-clé du programme AUKUS, autrement dit qu'il fut aussi un agent actif pour saborder la vente des sous-marins français à l'Australie en 2021 (contrat du siècle !). Eternelle perfidie...
Mais nous trouvons aussi le général étatsunien David Petraeus, ancien patron de la CIA, docteur en relations internationales, enseignant à West Point et général de terrain durant le conflit irakien entre 2003 et 2008. C'est en Irak, devant les succès de la rébellion face aux forces d'occupation, qu'il publiera un manuel interarmées de contre-insurrection, largement inspiré des écrits du colonel Trinquier durant la guerre d'Algérie. Depuis qu'il ne fait plus la guerre en battle-dress, Petraeus est aussi associé (Partner) depuis 2013 du fonds vautour KKR spécialisé dans la prédation économique sur les zones en crise et plus si affinités Autrement dit, il a changé de costume mais pas d'activité.
Mais dans ce groupe nous trouvons aussi un Allemand, l'amiral Manfred Nielson, ex-chef de la marine de guerre teutonne, spécialiste des armes sous-marines (encore un), passé par le Collège de défense de l'OTAN (Rome) et ancien DSACT (Deputy Supreme Allied Commander Transformation) de l'OTAN basé à Norfolk (Virginie, USA), c'est-à-dire l'organisme qui prépare les guerres du futur. Pourtant le poste de patron de cette direction de l'OTAN chargée d'anticiper les conflits de demain est, depuis 2009, confiée à des étoilés français, mais manifestement les instances de Londres préfèrent travailler avec les mangeurs de saucisses plutôt qu'avec des mangeurs de grenouilles. Il y en a qui n'ont toujours pas digéré les conséquences de la Guerre de cent ans.
Puis nous trouvons ensuite un Canadien, le général Andrew Leslie dont le principal titre de gloire a consisté à évacuer des civils en Croatie durant les guerres illégales de l'OTAN contre la Yougoslavie. Son profil le décrit comme "Chief of Transformation" de l'armée canadienne, donc comme un rouage parfaitement adapté à transposer les leçons de la guerre d'Ukraine dans les instances atlantistes. Pour les naïfs qui l'auraient oublié, Charles III est "roi du Canada, chef de l'Etat canadien".
Ensuite nous avons le général Patrick Carpentier, spécialiste des radars (AWACS, NORAD et zone arctique) qui servit avec ses potes ricains sur la base de Thulé (aujourd'hui Pituffik) dans les années 80. Ce serait drôle de le voir demain empêcher les troupes de Trump de prendre le contrôle du Groënland ! Carpentier ? Avec un nom pareil vous allez croire que c'est notre piou-piou à nous qui va défendre l'honneur de la Macronerie dans cette arène anglo-saxonne ? Pas du tout ! Carpentier est un major-général, canadien lui aussi, qui n'a donc de comptes à rendre qu'à Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre et accessoirement Premier ministre du Canada, et à Charles le troisième son suzerain britannique.
Mais ce n'est pas tout, nous trouvons aussi dans la liste le général Pavel Macko, ancien chef d'état-major de l'armée de Bratislava et seul officier slovaque à avoir commandé une base opérationnelle de l'OTAN - commandant de 2011 à 2013 de la Joint Force Training Centre (JFTC) de Bydgoszcz en Pologne chargée d'analyser le retour d'expérience de la guerre de l'OTAN en Ukraine -. C'est un spécialiste de la logistique. Bien évidemment, il est passé aussi par l'expérience afghane avec le général Petraeus où il était intégré à l'état-major qui dirigeait les opérations sur l'Afghanistan.
Puis nous avons encore le commodore Hans Helseth de la marine royale norvégienne qui semble le plus discret des membres de l'ARES, comme s'il voulait faire oublier le rôle adjacent mais actif qu'ont joué les plongeurs norvégiens dans les opérations anglo-saxonnes en eaux profondes de la Baltique en 2022. La Norvège co-dirige avec le Royaume-Uni la "Maritime Capability Coalition" pour l'Ukraine qui a joué un rôle décisif pour créer et développer une armada de drones navals qui a posé - et qui pose encore - de sacrés problèmes à la Flotte russe de la Mer noire.
Et puis ? Et puis c'est tout ! Vous pensiez sans doute Messieurs, que la gloire des armées françaises, le souvenir de Napoléon, la guerre de Crimée, le sacrifice de Verdun, la tragédie d'Ouzbin et le retour au sein du commandement intégré de l'OTAN suffiraient pour vous offrir une place au sein de ce cénacle typiquement anglo-saxon ? Que nenni ! Vous n'avez rien compris et surtout vous n'avez rien appris. Savez-vous comment les officiers de West Point qualifient les soldats français en souvenir de mai 40 ? De "cowards" autrement dit de couards pour parler français même si cette défaite mémorable est largement due à la fuite préalable de l'armée anglaise à Dunkerque. Filer à l'anglaise ce n'est pas une clause de style...
Messieurs les bellicistes, vous êtes dans la même lignée que ce vice-amiral français, patron du porte-avions Charles de Gaulle, qui fêta le bicentenaire de la bataille de Trafalgar en 2005 en compagnie des Anglais en faisant jouer le "Rule Britannia" par son équipage au passage de la reine Elisabeth et en osant déclarer que les deux marines étaient comme "les deux doigts de la même main". Les 1300 marins français tués traitreusement à Mers el Kébir ont dû se retourner dans leurs tombes.
Aujourd'hui vous êtes au service d'un Macron finissant exécutant les ordres de la caste financière qui a déclaré une guerre totale contre la Russie et depuis longtemps et vous attendez vos prébendes après avoir hurlé contre l'ours sur BFM, LCI et autres médias de grands chemins. Mais vous n'avez pas intégré que la guerre qui nous attend n'aura rien à voir avec celle qui se déroule actuellement en Ukraine. Vous poussez à la guerre en sachant très bien que vous n'irez jamais la faire mais ce que vous n'avez pas compris c'est que cette guerre de demain peut nous faire disparaître, tous ! Vous êtes des fous furieux !
Vous êtes les dignes héritiers de cette bourgeoisie française veule et cupide qui s'est emparée de la France voilà plus de deux siècles et qui s'est mise au service de ce monde anglo-saxon qui mène l'humanité à sa perte.
Messieurs les bellicistes français, vous êtes la honte de la France !
Emmanuel Leroy
