Par Mikaël Faujour
La présidentielle de 2027 mobilise déjà partis et militants. Mais la reconquête de l'État, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira probablement pas à elle seule à reconstruire un pouvoir populaire durable. Face à la montée de l'extrême droite, à l'atomisation sociale et à l'affaiblissement des solidarités, une autre ambition mérite d'être réinvestie : celle d'une autonomie collective capable d'agir au quotidien. L'histoire du mouvement ouvrier offre des solutions oubliées, mais réactivables : celles du mutualisme et de l'entraide concrète.
Semaine après semaine, le défilé des (pré)candidatures à la présidentielle illustre la platitude et l'homogénéité idéologique d'un personnel politique convaincu que le néolibéralisme garde ses chances et que leurs éléments de langage usés jusqu'à la corde peuvent encore fonctionner, malgré le rejet exprimé sans relâche par les Français depuis dix ans.
La reprise en main de l'État et d'une fiscalité redistributive demeure une priorité de gauche. Même si la période jusqu'à la présidentielle de 2027 va nécessairement absorber les énergies, citoyens et militants gagneraient pourtant à cesser de considérer les élections comme le seul levier d'action populaire. Face à une extrême droite conquérante, des outils d'autonomie civique méritent d'être réinvestis, en complément de la reconquête de l'État : une dépendance excessive aux institutions s'avère en effet pernicieuse lorsqu'elle délègue la décision à des agents soumis aux logiques managériales du néolibéralisme.
Réarmer les citoyens, leur faire prendre conscience de leur puissance d'agir, devrait redevenir, comme aux heures les plus inventives du mouvement ouvrier, un enjeu fondamental. L'histoire ouvrière, et notamment l'idée mutualiste du début du XIX[e:sup] siècle, ouvre des pistes en ce sens.
La contre-société disparue
Jusque dans les années 1970-1980, a existé, dans une partie du monde ouvrier et de la sphère du Parti communiste français, en particulier dans les villes rouges de la banlieue parisienne, ce que l'historienne Annie Kriegel a qualifié de "contre-société" (1) - "environnement réel et symbolique des villes rouges, adossé en même temps qu'opposé à la société française et à son ordre établi", précise Ciné Archives, site abritant le fonds audiovisuel du Parti communiste français et du mouvement ouvrier. Et celle-ci reposait sur une proximité partagée ainsi que sur des conditions de vie et de travail communes aux militants, majoritairement issus du monde ouvrier, et aux citoyens et travailleurs. La désindustrialisation l'a, depuis lors, détruit. La dispersion du travail, la multiplication des statuts précaires et des horaires asymétriques ont dissous les lieux où se fabriquait le collectif, où agissaient les syndicats.