Ayat Abou Shmeiss, 23 septembre 2026. - Je commencerai par un aveu : non seulement je n'ai pas vu le film "Naza", mais je n'ai pas non plus l'intention de le voir.
La première raison est que le visionnage serait trop éprouvant pour moi. Des membres de ma famille ont été tués par cette même pression sur un bouton décrite par l'un des soldats dans la bande-annonce du film, alors qu'il évoque le nombre presque inconcevable de "dommages collatéraux" qu'Israël a autorisés dans le cadre de sa politique.
Gaza |5 septembre 2026. Aujourd'hui, les corps de 100 martyrs, dont 70 enfants, seront inhumés. Réalisez-vous vraiment ce chiffre ? 70 enfants en une seule journée ! Observez attentivement la photo. De jeunes enfants fixent les linceuls, se demandant peut-être en silence : Est-ce que je serai le prochain ? Est-ce que ce sera mon linceul ? (Source compte X de Tamer Nahed, qui témoigne depuis Gaza)
Une seule frappe aérienne sur Gaza a tué 35 personnes, dont un quart étaient des membres de ma famille - allant d'un tout-petit à un jeune de 23 ans qui venait de terminer ses études de comptabilité. Je ne souhaite pas m'asseoir devant un écran pour regarder un soldat - qui a peut-être été celui qui a appuyé sur ce bouton - raconter comment il a agi.
Mais il y a une autre raison : dans une large mesure, je ne pense pas que ce film s'adresse à moi, en tant que Palestinienne.
Je ne partage pas la critique émanant de certains des miens, selon laquelle le film me priverait de ma voix palestinienne ; je ne pense pas non plus que ses créateurs l'aient réalisé pour susciter la sympathie ou remporter des prix au détriment du récit palestinien. Nous avons raconté notre histoire, et nous continuons de la raconter.
Les Palestiniens de Gaza l'ont racontée en temps réel, parfois au prix de leur vie. Des journalistes l'ont racontée. Des médecins qui se sont rendus à Gaza l'ont racontée. Des survivants l'ont racontée. Ces récits existent dans des films, des œuvres littéraires, des peintures, des vidéos et des témoignages. Les Palestiniens n'étaient pas privés de voix jusqu'à ce qu'un soldat israélien arrive et prenne la parole. Cela me rappelle ce que Mahmoud Darwich a déclaré en 1996, lors d'un entretien avec la critique littéraire et poétesse israélienne Helit Yeshurun, au sujet de la situation paradoxale dans laquelle se trouvent les Palestiniens : "L'intérêt pour la question palestinienne passe par l'intérêt pour la question juive... Nous avons donc la malchance d'avoir pour ennemi Israël, qui compte tant de sympathisants dans le monde, mais nous avons aussi la chance qu'Israël soit notre ennemi, car les Juifs sont au centre du monde. Vous nous avez apporté la défaite, la faiblesse et la visibilité."
En d'autres termes, le monde s'intéresse parfois à nous, les Palestiniens, parce qu'il s'intéresse à eux, les Juifs. Peut-être qu'une part de ce paradoxe est également à l'œuvre autour de ce film. Mais plus j'y réfléchissais, plus je comprenais que ce n'est pas là ce qui me trouble le plus.
Le miroir palestinien
Je connais et respecte le travail de Yuval Abraham depuis des années. À mes yeux, le simple fait de réaliser ce film constitue un acte de courage au sein de la société israélienne. Les soldats et les agents du renseignement israéliens qui y apparaissent décrivent, avec leurs propres mots, le fonctionnement du système dans lequel ils opérent. Ils ne relatent pas un crime isolé ou une infraction commise par un soldat ou une poignée d'entre eux.
Ce sont des voix auxquelles, en tant que Palestinienne, je n'aurais probablement pas accès. Il est peu probable que d'autres journalistes auraient pu les atteindre non plus.
En ce sens, le film est important. Il met en lumière une partie de l'histoire que les Palestiniens ne pourraient peut-être pas découvrir par eux-mêmes : non pas ce qui nous a été infligé - cela, nous le savons -, mais la manière dont les soldats israéliens prenaient leurs décisions, avec quelles technologies et en vertu de quels ordres.
C'est un film sur les Israéliens, réalisé par des Israéliens et destiné avant tout à la société israélienne. Son but n'est pas de donner la parole aux Palestiniens, mais de pousser les Israéliens à se regarder dans le miroir. Il n'y a rien de mal à cela. Au contraire, il est essentiel que la société israélienne affronte les crimes qu'elle a commis - et ceux commis en son nom - et s'interroge sur la façon dont tout cela a été possible.
Abraham et Szor affirment que "sans une prise de conscience honnête de ce qui s'est passé dans l'ombre, aucun d'entre nous ne pourra voir la lumière". Je n'y vois aucun inconvénient. Ce qui me pose problème, c'est que je suis ce miroir. Ma famille est ce miroir. Nos maisons, nos écoles, nos enfants sont ce miroir.
Dans une certaine mesure, nous servons de toile de fond - ou, plus exactement, de matière première - à travers laquelle les Israéliens se contemplent. Après trois années de génocide en cours, Gaza devient le prisme par lequel les Israéliens s'interrogent sur leurs actes, la manière dont ils les ont perpétrés et ce que cela implique pour leur propre intégrité morale.
Après tout, le chemin pour sortir des ténèbres est bel et bien une démarche morale. Mais le Palestinien - moi, ma famille et tous les habitants de Gaza - doit-il nécessairement devenir la victime par laquelle l'auteur des faits construit son propre processus de réparation ? Dans une réflexion sur la représentation des personnes noires réduites en esclavage, Saidiya Hartman pose une question à laquelle je reviens sans cesse : "La souffrance de l'autre nous offre-t-elle simplement l'occasion d'une introspection ?" Une fois que les Israéliens ont vu ce qui nous a été infligé, une fois qu'ils ont commencé à se demander : "Qu'avons-nous fait ?", "Que sommes-nous devenus ?", "Comment avons-nous pu faire cela ?" - que se passe-t-il ensuite ?
Si le processus s'arrête là, alors on est passé à côté de l'essentiel. Nous, Palestiniens, payons le prix du crime une première fois. Puis, une seconde fois, notre souffrance est transformée en une occasion pour l'auteur du crime de se confronter à sa propre conscience.
Je ne m'oppose pas à ce que les Israéliens se regardent à travers le prisme de ce qu'ils nous ont fait subir. Ce que j'ai du mal à accepter, c'est l'idée que le chemin vers leur rédemption morale doive être pavé de notre souffrance.
Et pourtant, je me retrouve face à une contradiction. Dans presque tout processus de confrontation à un crime, l'auteur doit regarder en face ce qu'il a commis, et la victime fait inévitablement partie du tableau. Comment parler de ce qui s'est passé à Gaza sans la présence des Palestiniens ? Comment exiger réparation sans que la société qui leur a causé du tort ne reconnaisse d'abord ses actes ?
Peut-être alors que la question n'est pas de savoir si le Palestinien figure dans le tableau, mais ce qui se passe une fois que l'Israélien l'a regardé. La démarche de réparation se limite-t-elle à l'introspection ? Ou bien exige-t-elle des Israéliens qu'ils assument leur responsabilité et réparent l'injustice qu'ils ont infligée aux Palestiniens ?
Prévenir le prochain préjudice
Parallèlement au débat autour de "Naza", l'humoriste et animateur de télévision israélien Lior Schleien a publié une vidéo particulièrement troublante montrant une conversation avec un lycéen (vidéo qu'il a depuis retirée à la demande des parents de l'adolescent). Le jeune homme y déclare que "tous les Arabes du monde devraient mourir" et qu'il "n'aurait aucun problème à tuer 50 Arabes quitte à mourir [lui-même]".
Ce garçon est sur le point de s'engager dans l'armée et de recevoir un fusil. S'il affirme aujourd'hui - avant même d'enfiler l'uniforme ou de recevoir une arme - qu'il massacrerait des Arabes si l'occasion lui en était donnée, la question n'est pas seulement de savoir ce que nous penserons dans quelques années si nous le voyons assis dans l'obscurité face à une caméra, racontant en détail ses actes. La question est de savoir ce que nous faisons maintenant pour l'empêcher.
C'est peut-être là que réside la différence entre l'introspection et la réparation. Nous pouvons considérer le Palestinien comme un simple objet de réflexion, en nous interrogeant sur ce qui lui a été infligé et sur la manière dont cela a été fait. Mais le Palestinien doit aussi être un sujet : une personne dont la souffrance oblige la société israélienne à agir, dont la voix porte des revendications et exige que des comptes soient rendus.
Le garçon de la vidéo de Schleien est là, parmi nous. Que fait le système éducatif à ce sujet ? Que fait son école ? Que fait la société israélienne ? Que font ses institutions ? Comment affronter un climat social où un adolescent peut envisager de massacrer des gens simplement parce qu'ils sont arabes ? Et que faire pour l'empêcher, lui et d'autres, de transformer ce désir en actes ?
C'est là, à mon sens, que réside la réparation : dans l'éducation, le droit, les institutions et les politiques publiques ; dans la prévention de la violence et la limitation du pouvoir ; dans la prise de responsabilité face au mal déjà causé et dans la prévention du prochain préjudice. Il s'agit d'un processus qui doit émaner des Israéliens eux-mêmes et se dérouler au sein de la société israélienne.
C'est peut-être aussi là que se trouve la distinction que je cherche à établir entre l'intention des cinéastes et la fonction que le film peut remplir au sein de la société qui le regarde. Je n'exige pas de ses créateurs qu'ils résolvent tous ces problèmes. Ils ont fait ce qu'ils pouvaient. Le film, lui, peut servir de miroir. Comme le disent les réalisateurs, cela peut rendre plus difficile la négation de ce qui a été commis. Mais le miroir ne constitue pas la réparation elle-même.
Si le film amène davantage de personnes à voir, comprendre, s'opposer, exiger des comptes et exercer une pression réelle pour faire cesser les atrocités, c'est une bonne chose. Mais s'il se conclut par des Israéliens se regardant dans le miroir, horrifiés par l'image qui leur est renvoyée et se demandant comment ils ont pu agir ainsi, le Palestinien restera la matière première du récit moral interne d'Israël.
Article original en anglais sur 972mag.com / Traduction MR
Ayat Abou Shmeiss est une poétesse et blogueuse palestinienne originaire de Jaffa.
