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🇺🇸 28/09/2026 ssofidelis.substack.com  8min ⁂️ 6 #328091

Donald Trump et le règne du mal

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Par  Chris Hedges, le 26 septembre 2026

Donald Trump présente les traits caractéristiques des psychopathes : charme superficiel, mégalomanie et grande vanité, un besoin constant de stimulation, un tempérament enclin au mensonge, à la tromperie et à la manipulation, et enfin l'incapacité à éprouver quelque remords ou culpabilité que ce soit.

Mais le mal est-il vraiment en lui ?

Si, comme l' écrit la philosophe Susan Nieman, le mal ne se contente pas d'être l'opposé du bien, mais lui est hostile, si le but du mal est de détruire toute distinction morale, alors Trump répond aux critères du mal. Pour lui, la morale, c'est pour les faibles. Toute existence est marchande. L'intérêt personnel et l'enrichissement personnel priment sur toute autre considération. Personne d'autre n'a d'importance.

Dans son nouveau  livre, "Call It Evil : Understanding the Trump Era", Susan Nieman soutient que le mal

"ce n'est pas la cruauté, mais quelque chose de bien pire : une idéologie qui banalise la cruauté".

Elle poursuit :

"Il y a une différence entre qualifier tel acte de 'mal' et tel autre de 'crime'. Les crimes relèvent de processus bien définis - au moins en matière de répression, à défaut de prévention. Cela signifie qu'un crime peut, d'une certaine manière, cadrer avec le reste de nos expériences. Dire d'une action qu'elle relève du 'mal' revient à suggérer qu'elle ne peut être intégrée - et qu'elle menace donc notre confiance en ce monde, pourtant nécessaire à notre survie. Entre le mal et l'horreur, il n'y a pas de chemin balisé. On parle de 'mal' quand on est sidéré, et qu'on réalise que des limites ont été franchies".

Trump franchit limite après limite. Il  déclare une guerre sur un coup de tête,  s'enrichit, lui et sa famille, à coups de stratagèmes cryptographiques, grâce auxquels il a amassé plus d'un milliard de dollars. Il ordonne des  assassinats et l' enlèvement de chefs d'État étrangers. Il engage les milliards de dollars du contribuable américain pour soutenir le génocide en Palestine et, depuis janvier 2025, a  fourni pour plus de 20 milliards de dollars de nouvelles armes à Israël. Il  démantèle les services publics destinés à protéger les plus vulnérables et  gonfle le budget de la guerre. Il constitue des entités paramilitaires  hors de contrôle pour terroriser citoyens et immigrés. Il attaque et tente de  censurer la presse.

Bref, il fait ce que font tous ceux qui accomplissent le mal.

Il promeut un monde où rien n'est sacré et où démocratie et vertus civiques sont inexistantes.

Les notions d'équité, de décence, de justice et d'empathie ont été expulsées par l'administration Trump. Sa  menace d'anéantir l'Iran - c'est-à-dire de provoquer un génocide - annoncée, comble de l'ironie, aux Nations unies, n'a suscité que l'indifférence d'un public assommé par sa vacuité morale.

"Dès que l'intérêt personnel est érigé en principe de bon sens plutôt qu'en concept philosophique, les valeurs morales comme l'empathie et la honte sont non seulement qualifiées de naïves, mais même suspectes", écrit Susan Neiman. "Les sadiques existent et font souffrir sans fin. Mais les formes les plus courantes du mal découlent du point de vue selon lequel seuls les imbéciles croient en autre chose que leur propre intérêt".

Les institutions conçues pour protéger la démocratie, préserver les vertus civiques et favoriser l'égalité - notamment les tribunaux, les cabinets d'avocats, les universités et les médias, toutes récupérées par la classe des milliardaires - se sont rapidement prosternées pour s'attirer les faveurs de la Maison Blanche de Trump. Les titans de la Silicon Valley  ont inondé Trump et sa campagne de millions de dollars. Les prétendues vertus que ces institutions et ces individus prétendaient défendre ont été mises au placard. Ces valeurs, ont-ils expliqué, ne sont que de la poudre aux yeux, du vent, une mascarade.

Pour un peuple en colère, la cupidité et la cruauté affichées de Trump sont préférables à l'hypocrisie malhonnête des politiciens, Républicains comme Démocrates qui l'ont précédé. Il ne pratique pas leur fausse empathie. En fait, il a l'air incapable d'empathie.

Quand la morale appartient aux imbéciles, aucune vertu n'a de sens. Dès lors que nous croyons devoir nous emparer de tout ce qui est à notre portée, même au détriment de ceux qui nous entourent, nous cédons au mal.

"Contrairement à nous, il affiche en permanence cette combinaison de motivations qui, nous dit-on, sont les véritables ressorts du comportement humain",

dit Susan Neiman de Trump :

"Il ne semble d'ailleurs pas avoir conscience d'autres motivations. Bien qu'il reconnaisse que les autres, c'est-à-dire les 'perdants', respectent certaines normes, il n'a pas la moindre idée des mécanismes qui poussent certains à passer outre leur intérêt personnel pour les honorer. En se comportant à l'international comme le gène égoïste de Richard Dawkins, il séduit des millions d'adeptes qui disent admirer son authenticité. Cela ne veut pas dire que ses disciples sont 'consternants'. Ils ne sont pas nécessairement malveillants, mais dans un monde où cet implacable intérêt personnel est généralement présenté sous un jour agréable, ils trouvent sa franchise rafraîchissante. Ils ont si souvent entendu raconter que les gens camouflent leur intérêt personnel, moteur réel des choses, qu'ils sont soulagés de voir un homme qui ne s'en cache pas.

Le pire mal, soutient Susan Neiman,

"est peut-être le déni du mal - autant que le mépris de toute bonté pouvant s'y opposer. Lorsque l'intérêt personnel devient le fondement de toute raison, le mal n'a plus besoin de se justifier. Il passe déjà pour de la rationalité".

Ce mal nous mène sur la voie familière du fascisme. C'est Mark Milley, chef d'état-major interarmées sous le premier mandat de Trump, qui nous  a mis en garde, qualifiant Trump de "fasciste jusqu'au plus haut point"

Les médias - trop lâches pour qualifier Trump de fasciste - préfèrent le terme "autoritaire", qui, comme le fait remarquer Susan Neiman, est peut-être un qualificatif plus supportable, mais

"ne fera pas du fascisme un phénomène plus supportable".

L'autoritarisme, fait-elle remarquer :

"[C']est un terme utile pour décrire certains universitaires allemands, ou les régimes militaires latino-américains les plus modérés. Mais un pays où des hommes masqués déportent des gens vers des terres inconnues ? Où des unités de combat occupent les grandes villes et tirent sur des citoyens manifestant pacifiquement ? Un gouvernement qui contraint médias, universités et autres nations à se plier à sa volonté ? Une armée qui pulvérise des pêcheurs sous les prétextes les plus douteux, puis se lance dans le genre de guerres que le Tribunal militaire international de Nuremberg a condamnées ?" Comme elle l'écrivait en 1946 : "Déclencher une guerre d'agression n'est pas seulement un crime international, c'est le crime international suprême, qui ne diffère des autres crimes de guerre que par ce qu'il porte en lui-même tout le mal accumulé. On pourrait poursuivre, mais énumérer les crimes ne rime à rien. Avant même que ces mots soient publiés, l'administration aura trouvé mille nouvelles manières de bafouer l'État de droit".

La situation est grave.

La  décadence morale de notre société remonte à bien avant Trump. Il en est la conclusion logique. Il incarne l'apothéose d'une société où la cupidité, l'exploitation et l'intérêt personnel - principes fondateurs du néolibéralisme - sont présentés comme les forces essentielles de la condition humaine.

Nous devons riposter tant que nous le pouvons encore. Mais, pour ce faire, nous devons nous réapproprier les concepts du bien et du mal. Nous devons donc faire des choix éthiques et accepter le sacrifice de soi. Nous devons reconnaître la désolation qui nous menace, et non détourner le regard du monolithe fasciste en train de prendre forme.

Nier ces réalités et refuser de s'opposer au mal garantit notre asservissement.

Exprimer ces réalités et soutenir les opprimés et les marginalisés, même au prix de notre propre sécurité financière et physique, sera la clé de notre délivrance.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 ssofidelis.substack.com