📚 28/09/2026 elucid.media  3min ⁑️ 8 #328104

Quand la Banque de France fait l'éloge discret de la régression sociale

Par  Frédéric Farah

Le ralentissement de l'activité, les nouvelles tensions géopolitiques, le vieillissement démographique, la crise climatique ou encore l'approche de l'élection présidentielle : autant de phénomènes distincts, mais étroitement liés, qui alimentent un même discours. Celui selon lequel la protection sociale serait devenue un obstacle aux adaptations qu'imposerait notre époque. Elle absorberait une part excessive des ressources publiques, découragerait le travail en encourageant l'oisiveté et pèserait sur l'efficacité économique. Une récente publication de la Banque de France, consacrée aux réformes structurelles du marché du travail, illustre parfaitement cette vision. L'institution s'y félicite de l'affaiblissement du pouvoir de négociation des salariés, qui les conduirait à accepter des rémunérations plus faibles, ainsi que des réformes de l'assurance chômage, lesquelles inciteraient davantage de demandeurs d'emploi à accepter des postes moins bien rémunérés ou moins conformes à leurs attentes. Derrière le langage feutré des publications institutionnelles se dessine pourtant une orientation idéologique très nette. Celle qui inspire, depuis plus de quarante ans, une succession de réformes ayant profondément remodelé le modèle social français et fait de la régression sociale un horizon présenté comme inéluctable.

L'aggravation des tensions géopolitiques, l'urgence climatique ou encore le ralentissement économique donnent aujourd'hui un nouvel écho à une vieille rengaine : il faudrait réformer en profondeur la protection sociale. Le raisonnement est désormais bien connu. Pour retrouver de la croissance et éviter le "décrochage" dont il est constamment question dans le débat public, la France devrait alléger un État social supposé étouffé par le poids des prélèvements obligatoires. Plus profondément encore, c'est le rapport entre le travail et le capital qu'il conviendrait de rééquilibrer au profit du second, autrement dit de poursuivre les politiques de l'offre défendues avec constance par Emmanuel Macron.

La Banque de France s'inscrit pleinement dans cette logique. Dans une récente étude, elle salue les effets des réformes du marché du travail sur la baisse du chômage. Les ordonnances Travail auraient ainsi contribué à réduire la capacité de négociation des salariés : "De ce fait, elles auraient plutôt réduit le pouvoir de négociation des salariés vis-à-vis de leurs employeurs." De même, l'institution se réjouit des conséquences de la réforme de l'assurance chômage : "Une partie des [chômeurs] augmentera son effort de recherche d'emploi ; certains accepteront des emplois correspondant un peu moins à leurs critères de recherche ou légèrement moins rémunérés." Derrière leur apparente neutralité, ces formulations disent beaucoup plus qu'elles n'en ont l'air. Elles révèlent à la fois une préférence idéologique... et un aveu.

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