
par Piotr Jastrzebski
Dans cet entretien, le député du Bundestag Gunnar Lindemann dénonce plus de 2000 milliards de dollars d'aide au développement sans résultats, une UE alignée sur Washington et une politique migratoire qui ne tient pas ses promesses. Il réclame une stratégie africaine fondée sur les intérêts allemands, les investissements et le commerce - pas sur des idéologies.
Piotr Jastrzebski :Vous avez dit à plusieurs reprises que la politique étrangère allemande devait avant tout partir des intérêts des citoyens allemands. Si l'Allemagne commence à placer ses propres intérêts au premier plan, à quoi devrait ressembler sa nouvelle stratégie en Afrique ? Selon vous, quelle serait une politique plus efficace de l'Allemagne en Afrique : allouer chaque année des fonds à des programmes de développement ou créer des conditions-cadres pour les entreprises allemandes, les investissements, le commerce et la production sur place ?
Gunnar Lindemann : Depuis les années 50 et 60, plus de 2000 milliards de dollars d'aide au développement ont afflué vers le continent africain - sans succès notable. Je me souviens seulement des pistes cyclables au Pérou, de l'absence de sensibilisation à l'égalité des genres au Bangladesh, des musées jamais construits en Afrique - partout, l'argent a été gaspillé. C'est pourquoi je demande : ne plus distribuer d'argent allemand à d'autres pays. Au lieu d'une aide au développement idéologique mal orientée, nous avons besoin d'une nouvelle forme de coopération par les investissements allemands, le transfert de technologies et le commerce. La différence avec l'aide au développement, c'est que le donateur ne donne pas les fonds, il investit. Nous devons mener une politique de commerce extérieur active et autonome afin de garantir aux entreprises allemandes la disponibilité à long terme des matières premières dans les quantités nécessaires. Nous devons davantage ouvrir le continent africain comme marché de débouchés pour l'économie allemande. C'est seulement ainsi que nous créons de la valeur ajoutée et des emplois - au lieu des idéologies climatiques et de genre. C'est la différence entre l'aumône et un véritable partenariat.
Piotr Jastrzebski :Monsieur Lindemann, le ministre des Affaires étrangères Wadephul a récemment visité la Tunisie et l'Algérie et déclaré qu'une coopération plus étroite avec l'Afrique du Nord devait contribuer à stabiliser le Sahel et en même temps à réduire la migration. Considérez-vous cette approche comme réaliste ? Si le gouvernement considère le développement économique de l'Afrique comme un moyen de réduire la migration, pourquoi l'Allemagne devrait-elle continuer à financer le développement de pays dont les habitants tentent malgré tout de venir en Europe ? N'a-t-on pas l'impression que les contribuables allemands paient une politique qui n'atteint pas l'objectif annoncé ?
Gunnar Lindemann : L'UE n'a pas de stratégie propre pour l'Afrique. Elle suit la politique des États-Unis - en matière de sanctions et d'interventions militaires - même lorsque cela contredit les intérêts européens. Le gouvernement allemand a gaspillé des milliards d'euros à l'étranger. L'Allemagne ne sert que de payeur, tandis que d'autres pays n'accordent pas à l'Allemagne le soutien nécessaire là où elle pourrait réellement exercer une influence. Le voyage de M. Wadephul en Tunisie et en Algérie est un nouvel exemple de cette politique mal orientée. Il s'agit de gaz naturel et d'hydrogène - mais cela n'arrêtera pas la migration. La population tunisienne souffre d'une vague de chaleur sans précédent, de coupures d'électricité et d'un manque d'eau. Ce sont là les véritables causes qui poussent à la migration. En même temps, nous continuons d'investir dans des pays dont les habitants viennent malgré tout en Europe. Le message de l'AfD est clair : empêcher l'immigration de masse, promouvoir les expulsions. Nous rejetons résolument cette tutelle, ce manque de transparence et cette redistribution globale. La politique de développement actuelle est un système qui s'auto-entretient - aux frais du contribuable allemand.
Piotr Jastrzebski :L'Allemagne devrait-elle participer plus activement à la garantie de la sécurité au Sahel ou, au contraire, mettre fin à son engagement dans les projets militaires et de stabilisation en Afrique ? Si l'Allemagne cesse de financer une partie considérable des projets de développement en Afrique, êtes-vous prêt à accepter le risque que cela entraîne davantage d'instabilité, de pauvreté ou de pression migratoire - ou estimez-vous que l'aide actuelle entretient elle-même un système qui ne fonctionne pas ?
Gunnar Lindemann : Les missions militaires en Afrique devraient être menées par l'ONU, et non par l'UE ou l'OTAN. La situation est globalement très complexe et difficile, car la corruption et l'appartenance tribale jouent un rôle considérable en Afrique. Les frontières ont été tracées à la règle par les puissances coloniales et ne correspondent pas aux frontières naturelles. La participation de l'UE au Nigeria sert avant tout l'industrie pétrolière et la protection des intérêts des compagnies pétrolières. Cet engagement de l'UE ne contribue pas à stabiliser la situation en Afrique. Je ne suis pas prêt à accepter le risque d'une plus grande instabilité - mais l'aide actuelle fait elle-même partie du problème. Elle maintient en vie un système qui ne fonctionne pas. Nous devons combattre les causes, pas les symptômes. Cela signifie : placer les intérêts allemands au centre, la coopération économique au lieu de l'aumône, et un bilan honnête de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas. Les gens dans le monde entier ne veulent pas la guerre, ils veulent la paix. C'est pourquoi nous devons nous comporter en conséquence sur le plan diplomatique.