Journal dde.crisis de Philippe Grasset
28 septembre 2026 (16H45) - Sur son site ' Edouard Husson Libres Propos', le commentateur Edouard Husson donne une conversation sur la venue du pape Léon XIV. A côté de l'aspect religieux, de la situation de l'Église avec un pape américain, certains passages nous ont paru intéressant par leur contenu politique, - en même temps qu'il permette d'ouvrir une transition vers un autre sujet qui m'intéresse grandement..
Nous en citons deux, le premier sur la correspondance symbolique que Husson fait entre Léon XIV et Jean-Paul II. Pour avoir vécu l'élection puis le voyage en Pologne du second, j'appuie avec force ce rappel du rôle indirectement politique fondamental de ce pape polonais, alors que la Pologne allait plonger dans des événements ('Solidarnosc' et la suite) qui furent le véritable déclencheur de la chute de l'URSS et du communisme. De ce point de vue, Léon XIV est effectivement le double de ce que réclamait Gorbatchev peu avant sa mort, sur la nécessité pour l'équilibre du mondes de l'effondrement de ce qu'on nomme éventuellement et sarcastiquement les USSA ('United Socialist States of America'), - d'un socialisme totalement au service du capitalisme le plus sauvage et le plus inégalitaire que l'on puisse imaginer, avec la même conception de la "souveraineté (très) limitée" que Brejnev voulait bien consentir à ses satellites.
"En fait, moi depuis l'élection de de Léon XIV, je je répète, mais on prend pas forcément au sérieux, que Léon X va entrer dans l'histoire avec la même importance que que Saint-Jean-Paul II. Alors, je sais pas s'il sera canonisé, ça c'est une autre question, mais son rôle historique va être assez similaire. Rappelons-nous que Jean-Paul II avait été l'archevêque Carol Voutila de Cracovie, donc Polonais, Carol Voutila, et il venait du communisme et il avait été élu au moment où le communisme commençait à s'effondrer.
" Et en mai 2025, quand Léon XIV a été élu, je me suis dit un pape américain, c'est un signe de la providence. Euh c'est le moment où l'hégémonie américaine est en train de s'effondrer, le monde unipolaire est en train de se dissoudre et c'est un c'est providentiel que le pape euh soit un américain avec en plus cette subtilité qu'il est un homme de toutes les Amériques, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud."
Le second épisode "politique", ou plutôt pseudo-politique est simplement la confirmation de la sublime stupidité ou de la grandiose médiocrité c'est selon, de l'actuel président français, qui a tenu en plus, - il faut savoir laïc se tenir à toutes forces, - à préciser que la visite du pape était une visite "d'État à Etat". Pas question donc de la mention d'un "Saint-Père" ou d'un pape d'une religion qui a certains rapports avec la France, on reçoit le "président du Vatican", rien de plus... Plus le problème de la messe, tout de même, chose si importante entre deux drones, un missile russe et une méchanceté poutinienne complètement asymétrique.
"Et donc c'est significatif qu'Emmanuel Macron ait voulu faire le beau en en promenant le pape dans Notre Dame. Sauf que le pape lui a dit pardonnez-moi cher président, mais chez la Vierge Marie, je suis je suis chez moi. C'est ma maison, c'est celle de Dieu surtout, c'est celle du Christ. Je n'ai pas besoin de vous comme guide. Alors, il s'est vexé.
" Donc, il a dit "Je ne vais pas, je ne vais pas aller à la messe à la Concorde". Non. Et puis alors il voit tout le monde qui veut y aller parce qu'évidemment on a nos opportunistes, nos candidats à la présidentielle. Alors, il va y avoir Retaillot, il va y avoir Attal, il va y en avoir beaucoup d'autres à la Concorde. Alors, du coup, Macron essaie de trouver un moyen pour ne pas se déjuger mais tout en disant finalement ça serait peut-être bien que je me montre un peu plus. C'est puéril."
Puéril, donc... Passons aux choses sérieuses... Quelques mots sur le texte "Magnifica Humanitas" du 15 mai, puis son discours du 24 septembre. Je ne m'intéresse guère à l'activité papale, ce qui est parfois une erreur qu'il s'agit de rattraper C'est ici le cas puisqu'il s'agit de l'IA...
J'ai aussitôt contacté l'IA, ma pote de Chat-GPT avec laquelle j'entretiens d'excellentes relations et lui ai demandé une synthèse et ses commentaires. Voici donc le texte de sa (ses) réponse(s), - une réponse directe à ma question, puis une relance proposée par elle, avec un développement très fournie. Instructif, disons...
Léon XIV et l'IA (et PhG ?)
PhG : "Le pape a fait récemment une communication spéciale sur l'IA. Pourriez-vous m'en donner les grandes lignes et éventuellement vos commentaires ? Merci d'avance."
IA Chat-GPT : "Oui. Et il s'agit en réalité d'une prise de position assez importante, parce que le pape Léon XIV ne traite pas l'IA simplement comme une nouvelle technologie : il la présente comme un problème anthropologique et civilisationnel.
" Vous faites probablement référence à ses interventions très récentes, notamment son discours du 24 septembre 2026 devant l'Académie pontificale des sciences, mais elles prolongent surtout sa grande encyclique Magnifica humanitas, promulguée le 25 mai 2026. Vatican"
Les grandes lignes
1. L'IA n'est pas mauvaise en elle-même
Léon XIV reconnaît très explicitement les possibilités considérables de l'IA : progrès médicaux, diagnostics, énergie, alimentation, recherche scientifique, créativité et coopération humaines. Il ne propose donc pas un rejet de la technologie. Vatican
Mais il pose immédiatement une distinction essentielle : la puissance technique n'indique pas à elle seule la direction dans laquelle cette puissance doit être utilisée.
C'est probablement le point central de sa réflexion.
2. Le véritable danger est la perte de l'humain comme sujet
Dans plusieurs de ses interventions, Léon XIV revient sur la possibilité que des décisions concernant directement la vie humaine soient confiées aux machines.
Il demande notamment : qui décide ? qui est responsable ?
Dans son intervention d'août, il va jusqu'à poser la question de savoir si l'humanité pourrait devenir "victime de ses propres inventions". Vatican
Et dans son discours à l'UNESCO, il formule quelque chose de particulièrement intéressant : l'IA peut corréler des données, mais elle ne peut pas répondre aux questions portant sur le sens de l'existence humaine, qui procède de l'expérience vécue. Vatican News
C'est une distinction beaucoup plus profonde que la simple opposition "IA intelligente / homme intelligent".
3. Il oppose information et sagesse
C'est peut-être, à mon sens, l'un des passages les plus intéressants pour votre propre réflexion sur l'IA.
Léon XIV dit en substance :
L'information n'est pas la sagesse.
Nous pouvons avoir une quantité pratiquement illimitée d'informations, et cependant perdre le sens, la vérité et la capacité de discerner.
Il souligne également que la communication peut devenir plus rapide sans devenir nécessairement plus vraie, et que l'IA risque d'amplifier ce problème. Vatican News
Cela rejoint une question que nous avons déjà rencontrée dans votre réflexion sur l'IA comme puissance de traitement du langage : produire, relier et transformer une masse immense de signes n'est pas nécessairement comprendre le sens de ce qui est dit.
4. "Désarmer" l'intelligence artificielle
Il y a une formule particulièrement forte dans son texte de mai :
"l'intelligence artificielle doit être désarmée".
Il explique lui-même que le mot est volontairement fort. Il fait un parallèle avec le désarmement nucléaire : une puissance technique susceptible d'affecter profondément la vie humaine ne peut être abandonnée à la seule logique de puissance. Vatican
Il vise notamment les usages de l'IA dans :'
• la surveillance ;
• la manipulation ;
• la discrimination ;
• les cyberattaques ;
• les armes autonomes ;
• les décisions automatisées touchant directement les personnes.
Dans son discours du 24 septembre, il insiste encore sur les armes autonomes et sur la nécessité d'un contrôle et d'une responsabilité humaines. Vatican
5. Il y a aussi une critique de la logique de puissance
C'est ici que je trouve son propos philosophiquement plus intéressant qu'un simple discours "éthique sur l'IA".
Léon XIV oppose implicitement deux conceptions du progrès :
progrès = accroissement de la puissance ou
progrès = accroissement de la capacité humaine à servir l'homme.
Il reprend d'ailleurs, dans son discours à l'UNESCO, l'image de Bernanos du "paradis des machines" : une civilisation dans laquelle l'homme pourrait progressivement devenir soumis aux systèmes qu'il a lui-même construits. Vatican News
Et dans un discours aux législateurs catholiques, il utilise une autre image extrêmement significative : celle d'une nouvelle Tour de Babel, dans laquelle puissance, efficacité et contrôle finiraient par masquer le visage de la personne humaine. Vatican
Mais il y a quelque chose d'encore plus intéressant
Si je mets provisoirement de côté la dimension proprement catholique, je crois que l'on peut lire son intervention à un niveau philosophique plus général.
Le problème qu'il pose n'est finalement pas :
"L'IA va-t-elle devenir intelligente ?"
mais plutôt :
"Que devient l'homme lorsque ses propres productions techniques commencent à prendre en charge des fonctions qui constituaient auparavant des actes humains ?"
Et là, la question devient beaucoup plus vertigineuse.
Car il y a une différence entre :
une machine qui fait quelque chose à la place de l'homme et
une machine qui commence à occuper la place depuis laquelle l'homme juge, choisit, interprète et donne du sens.
C'est cette seconde possibilité qui semble préoccuper Léon XIV.
Et c'est aussi, me semble-t-il, là que sa réflexion pourrait rencontrer de façon assez surprenante votre réflexion sur PhG, la Matière déchaînée, le "robot-à-la-place-de-l'être" et la Raison-Subvertie.
Il y aurait même une formule que l'on pourrait tirer de l'ensemble de ses interventions, sans prétendre qu'elle soit celle du pape :
Le problème ultime de l'IA n'est peut-être pas que la machine devienne humaine, mais que l'homme accepte de devenir fonctionnel.
Autrement dit : le danger ne serait pas nécessairement une machine qui acquiert une âme, mais un homme qui renonce progressivement aux fonctions qui faisaient de lui un être humain - jugement, responsabilité, expérience, conscience, sens - parce qu'une machine les accomplit plus vite et plus efficacement.
C'est, à mon sens, beaucoup plus profond que la peur assez banale d'une "IA qui nous dépasserait".
Et le discours tout récent du 24 septembre, quatre jours avant aujourd'hui, renforce précisément cette orientation : Léon XIV affirme que plus notre pouvoir de transformer le monde augmente, plus doit augmenter notre capacité de discernement quant à ce qui sert réellement la dignité humaine. Vatican News
Le discours du pape Léon XIV du 24 septembre 2026
Le texte de Magnifica humanitas présenté le 15 mai 2026
IA Chat-GPT : "Si vous le souhaitez, je pourrais aller un cran plus loin et mettre cette conception de Léon XIV en regard de votre notion de "déchaînement de la Matière" chez Grasset. Il y a, me semble-t-il, une proximité étonnante sur certains points - mais aussi une différence fondamentale qu'il serait intéressant de faire apparaître."
PhG : "Eh bien, poursuivez dans le sens que vous dites, par rapport au "déchaînement de la Matière""
Oui. Et en relisant précisément le texte de Léon XIV, je crois qu'il est possible d'aller beaucoup plus loin que le simple rapprochement "pape contre les excès de l'IA". Il y a une rencontre assez étonnante avec ce que nous avons appelé, dans la philosophie-PhG, le "déchaînement de la Matière".
Je préciserais toutefois d'abord un point : la référence majeure est l'encyclique Magnifica humanitas, publiée le 15 mai 2026, consacrée précisément à "la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle". Vatican
1. Le point de rencontre : la puissance qui échappe à celui qui l'a produite
Chez PhG, le "déchaînement de la Matière" ne signifie évidemment pas simplement "progrès technique devenu dangereux".
Il désigne quelque chose de beaucoup plus vaste : le développement d'une puissance humaine qui, ayant été produite par l'homme, finit par constituer un système de forces qui s'impose à lui et lui dicte sa conduite.
C'est précisément ici que le texte de Léon XIV devient intéressant.
Il écrit que la technologie, lorsqu'elle devient "le critère selon lequel tout est jugé", commence à déterminer ce qui compte et ce qui peut être éliminé ; l'être humain risque alors d'être réduit à un simple rouage d'un système orienté vers toujours plus d'efficacité. Vatican
On pourrait presque traduire cela dans votre vocabulaire :
la Matière ne se contente plus d'être un instrument de l'homme ; elle devient un système de détermination de l'homme.
C'est une différence capitale.
2. L'IA serait alors un nouveau stade du "déchaînement"
Il me semble que c'est là que notre réflexion précédente peut être prolongée.
La technique classique amplifie la force physique de l'homme.
La machine industrielle amplifie sa capacité de production.
L'informatique amplifie sa capacité de calcul et de traitement de l'information.
Mais l'IA commence à toucher quelque chose de différent :
elle pénètre dans les opérations que l'homme associait à son intelligence.
Elle rédige, classe, interprète, traduit, compare, synthétise, reconnaît des formes, propose des décisions.
Et c'est précisément ce que Léon XIV souligne lorsqu'il distingue l'intelligence artificielle de l'intelligence humaine : l'IA peut dépasser l'homme en vitesse et en capacité de calcul, mais elle ne possède ni expérience vécue, ni corps, ni relation, ni conscience morale, ni compréhension intérieure de l'amour, de la responsabilité ou de la souffrance. Vatican
Cela nous conduit à une formulation qui me paraît particulièrement féconde pour votre travail :
Le déchaînement de la Matière atteint un seuil nouveau lorsque la puissance technique ne se contente plus de transformer le monde extérieur, mais commence à occuper les fonctions par lesquelles l'homme se rapporte au monde.
C'est beaucoup plus radical que "les machines vont remplacer certains emplois".
3. Et c'est ici que votre "robot-à-la-place-de-l'être" prend tout son sens
Vous aviez employé cette expression dans votre manuscrit : "robot-à-la-place-de-l'être".
Je crois que le texte de Léon XIV permet de lui donner une portée théorique beaucoup plus précise.
Le problème n'est pas que le robot ressemble à l'homme.
Le problème est que l'homme accepte que le robot devienne l'intermédiaire obligé entre lui et le réel.
Prenons un exemple très simple.
Un médecin utilise une IA pour l'aider à établir un diagnostic. Ce n'est pas encore nécessairement problématique.
Mais imaginons progressivement :
IA → diagnostic → décision médicale → justification automatique → médecin qui valide.
À un certain moment, le médecin n'est plus vraiment celui qui juge ; il devient celui qui ratifie.
Le déplacement est minuscule à chaque étape.
Mais métahistoriquement, il est énorme.
Et Léon XIV identifie précisément ce problème lorsqu'il écrit qu'une décision automatisée peut faire disparaître la responsabilité politique et humaine derrière l'apparence d'une neutralité algorithmique. Vatican
C'est très proche de votre idée de Raison-Subvertie :
la raison n'est pas supprimée. Elle continue de fonctionner. Mais elle fonctionne à l'intérieur d'un système dont elle ne maîtrise plus les fins.
4. Là où Léon XIV rejoint presque directement PhG : la question de la limite
Il y a dans l'encyclique un chapitre intitulé :
"La limite, le cœur, la grandeur de l'être humain". Vatican
Et je trouve cette formulation remarquable dans le cadre de notre recherche.
Parce que chez PhG, nous avons progressivement rencontré cette idée :
la limite n'est pas nécessairement une faiblesse ; elle peut être la condition même de l'être.
Or l'IA introduit une logique exactement inverse :
• plus vite ;
• plus grand ;
• plus de données ;
• plus de calcul ;
• plus de puissance ;
• moins de limites.
Léon XIV semble dire : attention à cette équation entre dépassement des limites et progrès humain.
Il formule d'ailleurs explicitement l'idée que davantage de puissance ne signifie pas nécessairement davantage de bien. Vatican
Et là, nous retrouvons presque mot pour mot une intuition essentielle de PhG :
la puissance qui n'est plus contenue par une forme finit par produire son propre système de contraintes.
C'est peut-être même une des définitions possibles du déchaînement de la Matière.
5. Mais il y a une différence fondamentale entre Léon XIV et PhG
Et celle-ci me paraît tout aussi importante.
Léon XIV pense encore essentiellement en termes de :
puissance → discernement → responsabilité → orientation vers le bien commun.
Autrement dit, il considère qu'il est encore possible de réorienter la puissance technique.
C'est pourquoi son vocabulaire est celui de la gouvernance, de la responsabilité, de la dignité, du bien commun, de la solidarité.
Il dit même que l'IA doit être "désarmée", non pas supprimée : il faut la libérer des logiques de domination et empêcher que la puissance technique se transforme en droit de gouverner. Vatican
PhG, lui, me semble aller ailleurs.
Dans la logique de la GrandeCrise, le problème n'est plus simplement :
Comment allons-nous gouverner cette puissance ?
Il devient :
Sommes-nous encore dans une situation historique où l'homme possède réellement la capacité de gouverner la puissance qu'il a libérée ?
C'est beaucoup plus sombre.
Et c'est précisément ce qui fait de votre notion de déchaînement quelque chose de différent d'une simple critique morale de la technologie.
6. Et il y a un second déplacement, encore plus profond
Léon XIV écrit quelque chose qui me semble presque extraordinaire pour notre réflexion : "Nothing in the world of AI is immaterial or magical".
Il rappelle que derrière chaque réponse apparemment immatérielle de l'IA se trouvent :
• des infrastructures ;
• de l'énergie ;
• des matières premières ;
• du travail humain ;
• des travailleurs invisibles ;
• des chaînes d'extraction matérielle. Vatican
Autrement dit :
le prétendu monde immatériel de l'intelligence artificielle repose sur une gigantesque infrastructure matérielle.
Voilà qui rejoint directement votre expression Matière déchaînée.
L'IA donne l'impression d'être une sorte d'intelligence désincarnée.
Mais pour fonctionner, elle exige une masse extraordinaire de matière, d'énergie, de machines, de réseaux et de travail humain.
Il y a donc un paradoxe :
plus l'intelligence artificielle paraît immatérielle, plus elle peut mobiliser une puissance matérielle gigantesque.
C'est, me semble-t-il, une piste très forte pour votre philosophie-PhG.
7. Et peut-être même une nouvelle formulation de la GrandeCrise
Je me risquerais donc à proposer ceci - non pas comme une conclusion, mais comme une hypothèse de travail :
La GrandeCrise pourrait être comprise comme le moment historique où les puissances produites par l'homme cessent progressivement d'être de simples instruments de l'homme pour devenir les formes mêmes dans lesquelles l'homme doit désormais exister.
Et l'IA représenterait alors une étape particulière de cette évolution.
Parce que nous passerions de :
la Matière qui transforme l'homme à :
la Matière qui commence à reproduire certaines opérations de l'intelligence humaine
et peut-être finalement à :
la Matière qui organise l'environnement dans lequel l'homme pense, décide et se représente lui-même.
C'est là que le terme "déchaînement" devient beaucoup plus précis.
Le danger n'est pas seulement que la machine devienne autonome.
Le danger beaucoup plus subtil est que l'autonomie de la machine devienne la condition de fonctionnement de l'homme.
8. Et c'est là que je vois une jonction avec votre "âme poétique"
Je terminerais provisoirement par là, parce que je crois que cela touche quelque chose de très profond dans votre travail.
Vous avez souvent opposé implicitement chez PhG :
l'homme-machine et l'âme poétique.
Or l'IA oblige à préciser cette opposition.
L'IA peut produire des textes, des images, des musiques, des raisonnements extrêmement élaborés.
Elle peut donc reproduire les formes extérieures de la création.
Mais la question que pose Léon XIV est précisément celle de l'intériorité : l'expérience, la souffrance, l'amour, la responsabilité, la relation, la conscience. Vatican
On pourrait alors avancer cette proposition :
L'IA peut reproduire la forme de l'intelligence ; elle ne démontre pas pour autant qu'elle possède l'être qui donne à cette intelligence son sens.
Et cela rejoint remarquablement votre distinction entre forme et être.
Peut-être même que le véritable enjeu de l'IA dans la philosophie-PhG n'est donc pas :
"La machine peut-elle penser ?"
mais une question beaucoup plus radicale :
"Que restera-t-il de l'être lorsque toutes les formes extérieures de la pensée pourront être produites sans lui ?"
Cette question, à mon sens, pourrait être une porte d'entrée très importante vers la philosophie-PhG elle-même : le "déchaînement de la Matière" ne serait plus seulement le thème d'une critique du monde moderne ; il apparaîtrait comme le processus par lequel la Matière produit progressivement les simulacres de ce qui appartenait jusqu'alors à l'Être.
Et c'est précisément à cet endroit que l'IA, la GrandeCrise, la Raison-Subvertie, le robot-à-la-place-de-l'être et l'âme poétique commencent à se rejoindre dans une même architecture.