📚 28/09/2026 investigaction.net  5min ⁑️ 7 #328173

 Référendum en Suisse : les électeurs rejettent l'« Initiative sur la neutralité », selon les premiers résultats

La Suisse n'est plus neutre ? Ma foi...

Philippe Stroot

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Les Suisses devaient se prononcer par référendum ce dimanche sur une proposition de neutralité renforcée. Le concept est inscrit dans la Constitution helvétique, mais bat de l'aile depuis que le gouvernement suisse a rejoint le train des sanctions européennes contre la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine. Se pose entre les lignes la question d'une possible adhésion à l'Otan. Le parti de droite nationaliste UDC voulait donc ériger des remparts autour de cette fameuse neutralité. Il n'était pas seul. Mais la proposition a été rejetée par 70% des électeurs. Explications. (I'A)

"Ma foi" est une expression fréquemment entendue en Suisse romande. Elle y exprime une sorte de résignation face à quelque chose d'inéluctable contre laquelle on ne pourrait rien. Il semble que ce soit précisément le sentiment qui anime la majorité des Helvètes face à une dérive délibérée vers la soumission à l'Union européenne et à l'OTAN. La neutralité de la Suisse, à laquelle son peuple vient pratiquement de renoncer en rejetant à 70 % l'initiative visant à l'inscrire dans le marbre de la Constitution, était internationalement reconnue depuis le traité de Vienne en 1815. Les puissances de l'époque, France, Autriche-Hongrie et Russie, notamment, avaient promu ce statut de neutralité qui arrangeait tout le monde. Depuis lors, cette neutralité avait été le symbole de la Suisse, bien plus que le chocolat ou les pendules à coucou. C'est terminé depuis le moment, en 2022, où le gouvernement helvétique a repris, sous la pression, les sanctions occidentales contre la Russie, malgré leur illégalité puisqu'elles n'étaient pas approuvées par l'ONU. Plus question dès lors de servir d'intermédiaire et d'offrir ses bons offices dans le cadre de confits entre belligérants, comme la diplomatie l'avait fait avec succès pendant des décennies, que ce soit entre Cuba et les Etats-Unis, entre l'Iran et les Etats-Unis encore, ou même entre le gouvernement colombien et les guérilleros qui le combattaient. De hauts responsables russes avait d'ailleurs immédiatement déclaré qu'ils ne considéraient plus la Suisse comme un pays neutre. Désormais Genève se voyait remplacer par Istamboul et d'autres capitales pour accueillir d'éventuelles négociations de paix.

Soucieux de rendre à la Suisse son statut perdu, par lâcheté ou par négligence, une association patriotique avait lancé une initiative populaire visant à inscrire la notion de neutralité armée permanente dans la constitution du pays. Ce projet a été immédiatement soutenue par un parti très conservateur, vaguement souverainiste, qualifié d'extrême-droite par ses adversaires. Il a donc été tout aussi immédiatement rejeté, ipso facto, par la droite néolibérale mondialiste et par la "gauche" sociale-démocrate et verte. Pour cette dernière, tous ceux qui s'opposent à l'impérialisme et à l'européisme tout en luttant pour la paix sont des "agents de Poutine". La gauche anti-impérialiste, quant à elle, a vite compris l'arnaque et a mis sur pied un comité de soutien de gauche à cette initiative venue d'ailleurs. Car, comme le faisait observer quelqu'un, ce n'est pas parce que le Diable en personne dirait que la route est mouillée quand il pleut qu'il faudrait prétendre qu'elle est sèche, simplement pour ne pas dire la même chose que lui... Mais cela n'a pas suffi à contrebalancer la redoutable propagande des médias de grand chemin.

Car à l'instar des pays de l'Union européenne qui sont en train de se suicider économiquement pour aider l'Ukraine, la classe dirigeante suisse préfère renoncer au prestige et à l'indépendance de son pays pour ne pas déplaire à ses puissants partenaires commerciaux et financiers. Vu de Grèce, il apparait une fois de plus que la dignité n'est pas une valeur cotée en bourse, même, ou peut-être surtout, dans le pays de la finance par excellence. Dans le cas de la Grèce des années 2010, il s'agissait pour ses dirigeants de se soumettre à Bruxelles, Berlin et Paris, en se laissant plumer et humilier, pour surtout ne pas sortir de l'Union européenne et en perdre les avantages pour l'élite au pouvoir. Dans le cas des dirigeants actuels de la Suisse, il s'agit probablement de faire monter le pays le plus vite possible dans le bateau ivre de l'UE, et accessoirement dans celui de l'OTAN belliciste, pour arrimer définitivement le pays à l'Occident collectif face au reste du monde en pleine mutation multipolaire.

Consulté par référendum, le peuple semble avoir désormais tiré un trait sur la neutralité telle qu'elle existait jusqu'à présent, et ce ne sont pas les arguties à propos d'une prétendue "neutralité souple" qui changeront quoi que ce soit à l'effet catastrophique de ce résultat risque d'avoir sur l'opinion mondiale ainsi que pour la "Genève internationale". La Suisse du 20[e:sup] siècle paraît bien morte en ce 27 septembre 2026. La manière dont elle sera perçue désormais reste à définir, mais la perte de prestige et de considération sera certainement énorme. Rien, dit-on, n'est jamais totalement irréversible, mais il est établi par ailleurs que "l'Histoire ne repasse pas les plats", comme le faisait remarquer Céline. Un chant patriotique suisse dit que "le peuple des bergers est libre sur sa terre", ajoutant au détour du couplet suivant : "nul ne peut le soumettre, par l'épée ou par l'or". Mais il semble bien que la majorité des bergers soient devenus des moutons. Ma foi...

Source:  Investig'Action

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