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Le président burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, lors d'une rencontre avec la presse à quelques jours du quatrième anniversaire de son accession au pouvoir. [Capture d'écran]
Dans un entretien télévisé, le président burkinabè Ibrahim Traoré a annoncé une nouvelle Constitution et une réorganisation du système politique. Il a également accusé des acteurs extérieurs de chercher à déstabiliser les pays de l'AES et défendu le rapprochement avec la Russie, notamment dans les domaines sécuritaire et économique.
Le président burkinabè Ibrahim Traoré a annoncé une profonde réforme institutionnelle au Burkina Faso, avec l'élaboration prochaine d'une nouvelle Constitution. Dans un entretien accordé à la télévision publique le 27 septembre, il a affirmé que le pays devait "réorganiser totalement" son système politique et revoir notamment les mécanismes d'accès au pouvoir.
Cette réforme doit, selon lui, rompre avec ce qu'il considère comme les limites du modèle politique actuellement en vigueur dans plusieurs pays africains. Le capitaine a en particulier critiqué l'alternance entre majorité et opposition, estimant que les changements de pouvoir peuvent interrompre les politiques engagées par les gouvernements précédents.
Le chef de l'État burkinabè a plaidé à l'inverse pour une conception de l'État fondée sur la continuité et une vision de long terme. "L'État doit être une continuité", a-t-il déclaré, en estimant qu'un pays devait conserver des orientations stratégiques indépendamment des changements de dirigeants.
Interrogé sur les critiques le présentant comme "antidémocrate", Ibrahim Traoré a rejeté cette qualification. Il a soutenu que le Burkina Faso devait développer son propre modèle politique et a déclaré ne pas vouloir reproduire ce qu'il décrit comme une démocratie "importée". Il a en outre assuré que le pays était engagé dans une "révolution" et qu'un nouveau cadre institutionnel devait être défini.
Cette refonte doit toutefois encore être précisée. Dans l'entretien, le président n'a pas détaillé le futur mode d'accession au pouvoir ni le contenu de la nouvelle Constitution, se limitant à annoncer une réorganisation générale du système.
Les ingérences extérieures au cœur de son discours
Sur le plan international, Ibrahim Traoré a présenté les tentatives de déstabilisation récemment évoquées au Mali et au Niger comme faisant partie d'une menace plus large pesant sur les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Il a estimé que ces événements ne seraient pas les derniers et appelé les trois États à "se préparer à toute éventualité".
Le président burkinabè a évoqué des forces extérieures qu'il accuse de chercher à empêcher l'affirmation de l'AES, en citant l'exemple de l'Ukraine, dont l'ambassadeur aurait, selon lui, reconnu l'implication : "qui va sortir dire que c'est lui à part l'Ukraine qui par la voix de son ambassadeur a dit clairement qu'ils sont impliqués".
En août 2024, le ministère burkinabè des Affaires étrangères avait diffusé un communiqué pour dénoncer la publication, par l'ambassade d'Ukraine à Dakar, d'une vidéo de propagande apportant un soutien aux groupes terroristes auteurs de l'attaque perpétrée du 25 au 27 juillet 2024 à Tinzaouatène, dans le nord du Mali.
Sur le terrain sécuritaire, Ibrahim Traoré a indiqué que l'armée burkinabè avait repris des positions et rouvert plusieurs axes de circulation auparavant soumis aux attaques de groupes armés. Il a toutefois reconnu que certaines zones restaient difficiles et que les forces burkinabè devaient encore poursuivre leurs opérations.
Il a par ailleurs insisté sur la transformation de l'armée, évoquant l'acquisition de nouveaux équipements, la restructuration des unités et le développement des capacités nationales. Selon lui, la force militaire ne repose pas uniquement sur le matériel, mais aussi sur la formation, l'organisation et l'expérience des soldats.
Le rapprochement avec Moscou assumé
Interrogé sur le rapprochement entre la Russie et les pays de la région, le capitaine a clairement défendu cette coopération. Selon lui, la Russie et les États de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) étaient libres de nouer les relations qu'ils souhaitaient, et il a présenté Moscou comme un partenaire potentiel dans les domaines technologique, industriel et de développement.
Le président burkinabè s'est aussi prononcé en faveur d'une diversification des partenariats internationaux, dans un contexte marqué par la rupture des relations entre Ouagadougou et plusieurs partenaires occidentaux. Il a précisé que les pays de l'AES ne souhaitaient plus dépendre d'un partenaire unique.
Cette logique vaut aussi pour la sécurité. Il a soutenu le développement d'une force unifiée de l'AES, destinée à renforcer l'autonomie militaire des trois pays face aux groupes armés. Il a aussi évoqué des projets communs dans les domaines des infrastructures, de l'agriculture et de l'énergie.
Le chef de l'État burkinabè a enfin appelé à une coexistence pacifique avec les autres pays d'Afrique de l'Ouest malgré les tensions liées au retrait des trois États de la CEDEAO. Il a toutefois averti que l'AES entendait défendre ses choix et sa souveraineté, tout en poursuivant la construction de ses propres mécanismes de coopération.