📚 29/09/2026 dedefensa.org  14min ⁑️ 4 #328288

Échos hybrides de la guerre éponyme

 Bloc-Notes  

• Il y a eu cette étrange rencontre demandée par les Allemands aux Russes entre les ministres des affaires étrangères à l'ONU. • Affaire conclue, rencontre inutile de 20 minutes ponctuée par la colère et le mépris des Russes devant le vide total du discours allemand guerrier habituel. • Il y a aussi des explosions et des incendies dans quelques usines d'armement d'Europe occidentale. • S'agit-il d'une guerre hybride, la guerre qu'on ne voit pas nécessairement et qu'on peut qu'on peut même inventer selon les nécessités de la popularité ?

"L'Europe en panique totale", c'est le titre de  la chronique d'Alexandre Mercouris  ; et ce serait plutôt la panique des cloportes, - en fait de 'Métamorphose'. Nous avons découvert à New York, en marge de la session de l'ONU, l'un des derniers en date de ces cloportes, le ministre allemand des affaires étrangères Johann David Wadephul. Brève et incendiaire présentation de Mercouris :

"Je dirais sans détour que, comparé aux ministres des Affaires étrangères allemands du passé - dont certains, comme Hans-Dietrich Genscher, ne me plaisaient pas du tout mais que je considérais néanmoins comme des diplomates d'un poids et d'une autorité considérables -, je trouve que Wadephul est un personnage totalement insignifiant, fat et pompeux."

Mercouris ne mâche pas ses qualificatifs, produit d'une fureur contenue mais exacerbée que lui inspire la "diplomatie" européenne. Nous dirions en fait que notre distingué commentateur, plus distingué que jamais, supporte de moins en moins la phénoménale sottise (qui a dit "connerie" ? C'est donner des perles à un cochon, ou "Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux", selon Saint Matthieu), et l'abracadabrantesque (merci Rimbaud) médiocrité de ces cloportes, ministres, hauts cadres, élitesSystème régnant en maîtres paniqués et soumis sur l'Europe... Des "maîtres-soumis" ? Il n"y a que la modernité pour accoucher de ce monstre.

Lavrov et le Rien-Néant allemand

La cause de la fureur mercourienne est une réunion impromptue, demandée par les Allemands, en marge de la susdite session de l'ONI. Soudain, monsieur Wadephul a, selon les consignes de l'habile Merz, éprouvé le besoin de voir Lavrov. Pourquoi ? C'est un peu comme lorsqu'on a une envie soudaine de se gratter ; alors on se gratte... Monsieur Wadephul s'est gratté.

La rencontre dura vingt minutes, sous le regard stupéfait, écrasant de mépris et de sarcasme, du considérable Lavrov. Les Allemands n'ont rien dit que les Russes ne savaient déjà, ni rien par conséquent que les Russes n'avaient déjà rejeté à maintes reprises sous la forme d'un classique 'fuck you, I'm fed up'. Il en sortit, de leur côté, un communiqué aussi bref que la phase terminale en vitesse hypersonique maxi d'un 'Orechnik', dans des termes quasiment insultants

"Au cours de la réunion, les parties ont évoqué les relations bilatérales ainsi que la situation concernant l'Ukraine. Johann David Wadephul a réaffirmé la position du gouvernement allemand, déjà exprimée publiquement à maintes reprises sur ces sujets et d'autres. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les comptes rendus officiels - qu'ils émanent des ministères des Affaires étrangères ou de la diplomatie -, la dernière phrase est franchement insultante. Elle sous-entend que Wadephul est venu, a parlé aux Russes sans rien avoir à dire, s'est contenté de répéter les mêmes rengaines, et que les Russes sont restés totalement indifférents et nullement impressionnés par ses propos. J'ai lu de nombreux comptes rendus fournis par les Russes et les Chinois ; mais dans celui-ci, comme je l'ai dit, la dernière phrase est d'une grossièreté manifeste et calculée."

Cette rencontre se place dans une série de rencontres entre divers ministres d'États-membres, sous les imprécations haineuse de Kaka Jalas et dans l'indifférence de plus en exaspérée des Russes, qui ont comme politique de ne repousser aucune proposition de rencontre pouvant conduire à un accord acceptable, selon des conditions (russes) de plus en plus inflexibles. En face, on veut, ou voulait jusqu'il y a peu quelques rares et épisodiques rencontres pour simplement enregistrer la capitulation immédiate et sans conditions des Russes.

Désormais, il y a une nouveauté : du côté européen, on est demandeurs, même si pour ne rien dire (Wadefhul) et par conséquent essuyer les sarcasmes méprisants des Russes. C'est la marque d'une panique évidente devant l'avancée des Russes en Ukraine et l'incertitude grandissante d'une aide US dans le cas de cette terrible offensive russe que tous les dirigeants prévoient dur comme fer. C'est aussi, manœuvre tactique superbe, une façon de montrer aux populations qui n'ont pas l'air d'aimer cette passion pour la guerre, que ces mêmes dirigeants font tout pour arriver à la paix face à des Russes intransigeants à qui l'on tend une main chaleureuse et généreuse qui leur offre, - geste sublime, - la capitulation sans conditions.

Explosions et incendies asymétriques

Un autre élément, également asymétrique en un sens différent des entretiens sur le Rien-Néant, caractérise la situation européenne, qui est l'affirmation générale des dirigeants politiques selon lesquels la Russie mènerait une la guerre asymétrique contre l'Europe. Là, c'est asymétrique, c'est sûr !

Le Secrétaire Général de l'OTAN Rutte a finement observé que l'OTAN était prête à riposter à la Russie, d'une manière symétrique, mais aussi asymétrique. Sur ce dernier point, et là se trouve la suprême finesse, il note que l'action asymétrique est, par sa nature même et la définition qu'on en donne, une"guerre"qui tend à être soit invisible, soit non-identifiable comme guerre-en-soi. Il conclut de ces observations la probabilité que la guerre asymétrique n'apparaisse pas aux yeux du public ; c'est-à-dire qu'en gros, licence est donnée à toute source d'information évidemment objective d'affirmer qu'une guerre asymétrique est menée sans qu'il soit nécessaire de le prouver et encore moins de le montrer.

Par conséquent, nul ne peut dire s'il y a eu récemment des actes de guerre asymétrique russes dans divers incendies et destruction d'usines d'armement européenne, comme  affirmé récemment, mais nul ne peut dire le contraire. Néanmoins, Larry S. Johnson s'est mis à la tâche de donner une appréciation précise de la question, à partir de plusieurs sources dont le site 'Borzzikman'.

Nous donnons ci-après plusieurs extraits  de son article, en commençant bien entendu par l'introduction qui résume les données générales du problème. Ancien officier de la CIA, Johnson est extrêmement prudent, d'autant qu'il travaille dans un domaine, l'Europe-aidant-l'Ukraine où il possède peu de sources d'information directe, - sans doute moins que pour la situation US, pour la situation de la guerre d'Ukraine sur le terrain et pour la situation de la Russie où il a beaucoup de contacts et où il se rend souvent.

"Depuis mars 2026, une série d'incendies et d'explosions a touché des entreprises européennes contribuant à l'effort de guerre de l'Ukraine. Certaines versions circulant actuellement, notamment une vidéo largement partagée ( Borzzikman ), présentent ces événements comme une campagne d'attentats visant à raser des usines de munitions à travers le continent, notamment en Roumanie, en France et au Royaume-Uni. Les faits avérés sont plus limités, mais restent significatifs : huit incidents survenus dans sept entreprises réparties sur cinq pays, en l'espace de six mois. Trois d'entre eux ont été considérés par les autorités comme étant d'origine intentionnelle. Pour ce qui est de la guerre, la question n'est pas de savoir si chaque incendie relevait du sabotage, mais quelles conséquences la perte de ces installations pourrait avoir sur la capacité de l'Europe à approvisionner l'Ukraine."

Johnson donne ensuite une longue liste des incidents, incendies, explosions, qui se sont produits dans plusieurs pays. Beaucoup de détails mais fort peu de certitudes. Son analyse reste extrêmement prudente et mesurée, ce qui ne permet pas de tirer quelque conclusion structurée que ce soit. La guerre asymétrique favorise évidemment la"guerre de l'information"pour les raisons évidentes qu'on a vues en commentaire de l'intervention de Rutte.

"L'attribution des faits n'est avérée que dans une poignée de cas. La plupart des usines de défense manipulent des matières explosives ou inflammables, et les incendies industriels sont une réalité. Pour les sites de Colleferro et de Snina, aucune preuve publique de sabotage n'a été établie ; même lorsque le caractère criminel de l'incendie est confirmé, le lien avec les services de renseignement russes n'a pas encore été prouvé devant les tribunaux. Aucun des incidents de cette liste ne constitue un coup stratégique majeur.

"La production européenne de défense continue de croître, mais plus lentement que le carnet de commandes, et ce, sur une base industrielle qui, par ailleurs, se contracte. La capacité de production d'obus d'artillerie en Europe est passée d'environ 300 000 unités par an en 2022 à près de deux millions, et le chiffre d'affaires de Rheinmetall a bondi de près de 70 % au deuxième trimestre 2026. Toutefois, la certification d'une nouvelle ligne de production nécessite quatre à cinq ans, les techniciens qualifiés sont rares et Rheinmetall a déjà revu à la baisse ses prévisions de ventes pour 2026. Parallèlement, l'industrie allemande se contracte : Volkswagen ferme des usines, BASF délocalise sa production en Chine, et les coûts énergétiques élevés à l'origine de ce déclin pèsent également sur la production, très énergivore, de propergols et d'explosifs. C'est pourquoi les incendies survenant au niveau des goulots d'étranglement ont une importance bien supérieure à ce que leur ampleur pourrait laisser croire.

" Le contraste avec la Russie est saisissant. En matière d'artillerie - élément central d'une guerre d'usure -, les services de renseignement estoniens estiment que les usines russes ont produit environ sept millions d'obus (artillerie, mortier, char et roquettes) en 2025, alors que la capacité européenne pour les obus de 155 mm avoisine les deux millions par an. Même en incluant la production américaine, qui vise les 100 000 unités par mois en 2026, l'Occident ne parvient pas à égaler le volume russe. Concernant les drones de frappe à longue portée, la Russie en produisait environ 5 500 par mois en mars 2026 selon le CSIS ; les services de renseignement ukrainiens affirment quant à eux que l'usine d'Alabuga produit à elle seule quelque 3 000 drones à réaction Geran-4 et Geran-5 par mois. L'Europe ne produit rien de comparable en volume ; sa réponse à un drone coûtant quelques dizaines de milliers d'euros consiste à utiliser un intercepteur dont le prix oscille entre 2 et 5 millions d'euros. La Russie produit également plus de 200 missiles de croisière et balistiques par mois, selon le renseignement ukrainien. En matière de blindés, le centre de réflexion Bruegel a estimé que la Russie a porté sa production de chars de 40 unités par mois fin 2022 à plus de 130 mi-2024 - une grande partie provenant de la modernisation de stocks soviétiques -, tout en qualifiant sa comparaison avec l'Allemagne de "réarmement allemand poussif face à une production de défense russe en plein essor". Les atouts de l'Europe résident dans l'aviation et les forces navales, et non dans les munitions et les drones que cette guerre engloutit. Chaque incendie survenant sur un maillon critique de la chaîne d'approvisionnement européenne creuse un écart que l'Europe peine déjà à combler.

"Ces incidents ne décideront pas de l'issue de la guerre. Ils peuvent toutefois ralentir la montée en puissance de l'Europe là où elle est la plus vulnérable : production de propergols, de corps d'obus, de drones et constitution de stocks prêts à être expédiés. Ils augmentent également les coûts et les risques politiques associés à toute nouvelle usine. Dans une guerre d'usure où la Russie produit déjà davantage de munitions d'artillerie que l'Europe, tout ce qui ralentit le rattrapage européen joue en faveur de Moscou. Jusqu'à présent, les dégâts sont restés limités. Si la fréquence des incidents observés en août et septembre devait se maintenir, l'impact cumulé sur les livraisons européennes à l'Ukraine pourrait devenir significatif."

Des élitesSystème asymétriques

On trouve ici un cas à la fois difficile à traiter et facile à caractériser ; difficile à traiter sur le plan opérationnel et de la véracité des faits puisqu'il s'agit d'une guerre dissimulable, manipulable et déformable à volonté ; facile à caractériser dans tous les sens selon le but politique, "puisqu'il s'agit d'une guerre dissimulable, manipulable déformable à volonté", ce qui implique l'information à mesure. Cela vaut pour une approche "objective" de la question en période de postvérité, c'est-à-dire de l'un et l'autre côté où l'on se place, en espérant qu'on trouverait un équilibre entre les mensonges opposés.

Pourtant, au contraire des Russes qui n'ont qu'une position possible (plus ou moins dure c'est selon), il existe une contrainte pour les Européens qui les conduit à pratiquer un grand écart de plus en plus délicat entre deux narrative qu'ils n'ont cessé de développer parallèlement :

• D'un côté, la description d'une Russie aux abois, exsangue, avec ses forces décimées, partout en position de retraite, subissant sans cesse des contre-offensives mortelles même si elles laissent le cadavre bien vivant et même si elles n'apportent aucun gain en présence d'observations concrètes de l'avancée russe et de la puissance de feu écrasante de la Russie. C'est une narrative qu'il est de plus en nécessaire de maintenir pour justifier tout ce qui a été fait, et notamment l'hyperpuissance du Système face aux Russes-barbares, c'est-à-dire la dérisoire facilité d'écraser le Russe si le temps de s'équiper est laissé au Camp du Bien et à ses vertus industrielles et moralo-technologiques.

• D'un autre côté, une Russie hyper-puissante et menaçante, conquérante, puisqu'il est partout clamé qu'elle prépare une offensive générale contre l'Europe de l'Ouest. "C'est une narrative qu'il est de plus en plus nécessaire de maintenir" pour susciter des mobilisations populaires autour des pouvoirs occidentaux en place et éviter des déroutes électorales en détournant, avec habileté et grande finesse, l'attention du public vers où elle doit se concentrer.

Entre les deux narrative, l'argument d'une guerre asymétrique russe semble plus utile dans la seconde, d'autant que, comme on l'a vu, le climat politique, - objectif celui-là, et plutôt post-postvérité, pencherait plutôt vers la panique devant l'évolution de la situation en Ukraine. Assez curiosement ou d'une façon très révélatrice c'est selon, les dirigeants antirussistes préfèrent parler des drones qu'on affuble de fourberie russe plutôt que de ces explosions. Il y a là une sorte de logique négativiste : les Russes sont en guerre hybride mais on ne parle guère de ce qui serait leur acte hybride principal ? Cherchons les explications et arrêtons-nous à la panique mercourienne puisque ces attaques tendent à montrer les capacités des russes...

La panique est mauvaise conseillère... C'est là une situation extrêmement asymétrique des élitesSystème européennes qui vivent dans un climat de plus en plus contraint, de plus en plus pesant, et plutôt "le dos au mur" alors que c'est en général une position réservée par les experts et nos services de renseignement au président Poutine. La panique est une sorte d'ivresse dépressivo-hystérique qui vous entraîne au cœur de vos contradictions, - celles qui entravent votre déterminisme-narrativiste.

Alors, un "esclavage asymétrique" ?

Passons à une autre façon de voir les choses... Mario Grossi,  dans un article sur Orwell, a, parmi d'autres soties furieuses, ce paragraphe sur la condition faite aux citoyens de nos démocraties-bouffe

"En somme, ici encore, lorsque la forme idéale se transforme en pratique ordinaire, le poison inhérent au pouvoir concentré entre les mains d'une bureaucratie élitiste se révèle tel qu'il est: un monstre qui écrase tout, un Moloch qui exige du sang pour étancher sa soif inextinguible, une classe élitiste entourée de ses clients, qui repose sur la peine et la terreur d'une multitude d'individus acceptant par peur un esclavage fondé sur leur abrutissement."

Nous dirions, nous, que l'"esclavage fondé sur leur abrutissement" caractérise beaucoup plus les élitesSystème européennes et leurs minables privilèges que les peuples qu'elles prétendent soumettre et qui les terrorisent de plus en plus. Leur "esclavage" est exigé par leur soumission faite, non pas à une, mais à deux narrative à la fois, rendant quasiment impossible de suivre encore longtemps le processus de " déterminisme-narrativiste" conceptualisé par nous dès 2014-2015 et les premiers événements d'Ukraine, - et pourtant absolument nécessaire au simulacre à double face (Russie faible à mourir par notre puissance-Russie puissante jusqu'à nous conquérir) qui constitue le menu inévitable de ces élitesSystème...

Donc, pleurez, ô nos pauvres élitesSystème bien-aimées...

Mis en ligne le 29 septembre 2026 à 18H30

 dedefensa.org