
"Garder une personne dans l'ignorance, c'est la mettre dans une cage." Julian Assange
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Une nouvelle cantine à prix libre s'est ouverte près de chez moi dans un de ces lieux qui se prétendent inclusifs. Comme j'avais du temps jeudi, je suis allée les aider. Assis à des tables, nous épluchions et coupions légumes et fruits, tout en causant. La conversation n'a pas tardé à porter sur le prix du carburant. J'en connais un rayon sur la question vu que, chaque jour, j'épluche, c'est le cas de le dire, les médias alternatifs.
En principe, j'attends de voir où j'ai mis les pieds avant de dire ce que je pense, mais là, je ne me suis pas méfiée parce que je connais le lieu et qu'habituellement mes opinions ne me valent, au pire, que le qualificatif amusé d'anarchiste.
Deux hommes blancs (dont l'un m'a dit plus tard qu'il votait pour Macron) se sont mis à accuser l'Iran et la Russie d'être responsables de la crise énergétique en France. J'ai dit poliment qu'il ne fallait pas croire tout ce qu'on racontait à la TV, qui appartenait à des milliardaires ou à l'État inféodé aux milliardaires. Et quand j'ai voulu développer quelques arguments à l'appui de mes dires, le plus jeune des deux s'est écrié :
"Conspirationniste !

-Ah voilà, ai-je rétorqué calmement, quand on n'est pas d'accord avec toi, on est conspirationniste. C'est commode...". Et comme ce flic de la pensée m'avait un peu énervée, au lieu de me taire, j'ai embrayé sur le Covid :
D'ailleurs, ai-je fanfaronné, je ne suis pas vaccinée et la plupart des Gilets jaunes de l'autre cantine non plus". Il est devenu fou.
"Irresponsable ! a-t-il hurlé, en agitant furieusement les bras, le covid a fait 100 000 morts !". Puis il est parti, en brandissant son éplucheur, se plaindre de moi aux cheffes de la cantine, bientôt suivi du macroniste. Je suis restée avec un jeune noir qui, lui, était d'accord avec moi, mais n'avait pas osé le dire. En apprenant qu'il était citoyen du Burkina Faso, le pays des hommes intègres, je l'ai félicité d'avoir, comme président, l'incroyable Ibrahim Traoré, un homme intelligent, courageux et intègre, dont on peut être fier, à la différence de notre Napoléon d'opérette...
Un peu plus tard, je suis retombée sur le bien-pensant (dans la dissidence, on appelle normies ces conformistes fanatiques, garde-chiourmes du système) et je lui ai dit, pour l'apaiser :"Ne t'inquiètes pas je ne dirai plus rien... Avec les GJ ça ne pose pas de problème, alors..."mais il s'est mis à crier :
"C'est inacceptable et patati et patata...
"T'es vraiment trop c.. ! me suis-je exclamée, frustrée que mon repli tactique ne lui suffise pas. Il voulait, de toute évidence, que je capitule sans conditions.
-Tu ne seras plus invitée ici ! m'a-t-il alors menacée,
-Invitée, me suis-je étranglée, je n'ai pas besoin d'être invitée, je vais où je veux ! Tu n'es pas le chef ici ! Pour qui te prends-tu ?" Je l'ai vu reculer sous la salve, l'air surpris. Apparemment il n'a pas l'habitude qu'on lui résiste.
Rentrée chez moi, j'ai cherché sur internet à quoi correspondait les 100 000 morts en question et j'ai trouvé un article du 15 avril 2021 des décodeurs (la police de la pensée) du Monde : Qui sont les 100 000 morts du Covid-19 en France ? L'article ne donnait pas la réponse. Son seul but était probablement d'imprimer ce chiffre rond dans l'esprit des perroquets de la bien-pensance. Mission accomplie apparemment !
La peur au temps du Coronavirus
L'instinct du troupeau
Le lendemain, je suis tombée sur une vidéo de l'excellent Fabien Bizet, sur son site Kosmos : L'instinct du troupeau - la bien-pensance . J'ai dit merci à la vie, qui nous apporte souvent sur un plateau exactement ce qu'il nous faut et j'ai écouté attentivement le cours de cet ancien professeur de philosophie. Il pose d'entrée la bonne question :
"Quel est selon vous, la meilleure manière de soumettre autrui à sa volonté ? Le contraindre physiquement par la force ou alors lui retourner le cerveau comme une crêpe, afin qu'il vous obéisse au doigt et à l'œil mais sans en avoir conscience ?"
Fabien Bizet note que si les dictatures adoptent généralement la première solution, les démocraties préfèrent la seconde, moins voyante et plus efficace. Comme disait Tocqueville :

"La démocratie laisse le corps et va droit à l'âme". Pour soumettre les esprits, elles instrumentalisent la morale et culpabilisent la pensée. Ainsi, si vous ne croyez pas que Zelinsky est un saint et que l'Ukraine est le phare de la démocratie, vous êtes dans le camp du mal, et, si vous ne vous repentez pas, vous serez qualifié de déviant et condamné à la mort sociale...
C'est selon l'auteur de la vidéo, ce qu'on appelle la bien-pensance : "Le bien-pensant est sûr d'avoir raison, au nom de sa morale à lui", qui se trouve commodément être celle de la majorité. Son adhésion inconditionnelle à l'idéologie dominante et à ses valeurs, scelle son appartenance au camp du bien, comme autrefois le baptême faisait de nous un enfant de Dieu.
Pour le bien-pensant, penser est dangereux, car "penser, c'est toujours contredire, choquer ; c'est faire usage de sa liberté contre tous les discours moralisateurs. Pourtant, note Fabien Bizet, penser ou faire preuve d'esprit critique, ce n'est pas immoral. La vraie immoralité ce n'est pas de faire preuve d'esprit critique, mais plutôt d'instrumentaliser la morale à des fins politiques (pouvoir et richesse)".
Notre professeur de philosophie estime que
"La bien-pensance est une maladie de la démocratie, car la démocratie repose sur le dissensus. Si toute opposition est rejetée pour des raisons morales, alors on ne discute plus et il n'y a plus de démocratie. Au cœur du sentiment moral, il y a le refus de discuter, d'entendre et de chercher la vérité. Il y a l'idée que la vérité, on la détient déjà. Alors on cesse progressivement de penser, de réfléchir, d'échanger et à terme de tolérer l'opposition, c'est ici la dimension totalitaire de la bien-pensance".
Autrefois, on rééduquait les mal pensants dans les camps de concentration qu'ont décrits Soljenitsyne ou Dostoïevski. Aujourd'hui, les déviants sont purement et simplement rayés de la carte.
Le bien-pensant est sûr d'avoir raison, explique Fabien Bizet, parce qu'il confond la vérité avec le nombre. Or ce n'est pas parce qu'une opinion est majoritaire qu'elle est vraie. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que, bien qu'il ne fasse que répéter, comme 80% des Français, ce qu'il entend dans les médias officiels, il se vit comme "le défenseur d'une cause qu'il croit perdue, bref un héros".
Comment un tel aveuglement est-il possible ? C'est que le bien-pensant est "pareil à un animal domestique après le dressage. Il se nie lui-même et finalement disparaît dans la masse qui parle à travers lui".
Source de l'image : La bien-pensance en entreprise. Entre conformisme et quête d'inclusion
Ce dressage, que nous avons tous plus ou moins subi, a pour but de détruire en nous toute velléité de penser par nous-même, de nous affirmer, de prendre le moindre risque. Il nous conduit à intérioriser les règles de la moralité publique et à devenir notre propre censeur, c'est ce que Freud appelle le surmoi. Le bien-pensant s'interdit toute pensée, désir ou plaisir qui le détournerait de la vertu. Il Et la vertu, pour lui, c'est de penser et de se comporter comme il faut. Il ne supporte évidemment aucune contradiction, car, remettre en question ses croyances, c'est le remettre en question, lui tout entier. Pulvériser ses idées toutes faites revient à le pulvériser lui-même, ce qu'évidemment il ne peut permettre. C'est pour cela que Socrate a été forcé de boire la cigüe, que Spinoza a étéexcommunié, que Jason Bourne, alias Matt Damon, est pourchassé par la CIA, après qu'il a pris conscience que cette organisation passée maître dans l'art de la manipulation, l'avait transformé en robot tueur sans qu'il s'en rende compte...
Fabien Bizet note finement que le ressentiment est à la base de la bien-pensance. Le wokisme, un avatar de la bien-pensance, appelle cela être éveillé. Le rocher auquel s'accroche le bien-pensant est le NON. Ses valeurs sont des contre-valeurs qui n'existent que par réaction à l'autre. Nietzsche qualifiait cela de morale d'esclave, car le bien-pensant ne peut exister qu'à travers des ennemis dont il est dépendant. C'est pourquoi, sans doute, il a besoin d'en inventer autant : extrême-droite, complotisme, Covid, antivax, Poutine, islamisme, ennemi intérieur, terrorisme... Sa vertu, son indignation, ne servent qu'à masquer la colère, la frustration, le ressentiment, dont il est pétri.
A cette morale d'esclave, Nietzsche opposait la morale aristocratique de celui qui, libéré de sa haine, vit dans l'affirmation. Pour cela il faut avoir assez de force intérieure pour ne pas craindre de prendre des risques, et en particulier, celui de déplaire.
"Mais ressentiment contre qui ? se demande Fabien Bizet en conclusion. Peu importe, répond-il, ce qui compte n'est pas la cible, mais le ressentiment lui-même".
Karl Marx et Edward Louis Bernays

Image : Bernays: L'art de la manipulation
L'origine du ressentiment : la dépendance
Le ressentiment, cette passion triste souvent doublée d'une envie meurtrière, est, à mon sens, le fruit de la dépendance, en l'occurrence, la dépendance à l'opinion publique et au troupeau. Le bien-pensant n'est rien sans le troupeau dont il n'ose pas s'écarter, non seulement parce qu'il a peur des représailles mais parce qu'il il ne sait pas se tenir sur ses jambes, ni penser par lui-même. Sans la chaleur et la force du troupeau, il est complètement démuni. Or, comme dit Papartchu Dropaôtt : "On exècre toujours ce dont on dépend, on abhorre toujours ce qui nous domine". Le bien-pensant hait le troupeau dont il ne peut pas se passer et il se hait de ne pas pouvoir s'en passer. Mais comme il n'a aucune conscience ni de sa haine, ni de sa dépendance, ni de sa volonté de domination, il ne peut pas s'en libérer. Il ne lui reste plus qu'à jouer à la victime vertueuse de monstres imaginaires...

Qui façonne l'opinion publique et dans quel but ?
Selon Fabien Bizet, l'opinion publique "n'a pas de centre précis", ce qui la rend insaisissable. Mais ce n'est pas parce que les manipulateurs se cachent derrière la foule, qu'ils ne manipulent pas. Et Marx les a parfaitement identifiés. Pour lui, la pensée dominante est toujours façonnée par les puissants, en particulier par les grands capitalistes, même lorsque l'on se croit libre :
"Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. Les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l'expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d'idées, donc l'expression des rapports qui font d'une classe la classe dominante ; autrement dit, ce sont les idées de sa domination".
Source : Comment un peuple peut-il se penser libre tout en étant inféodé à une pensée unique ?
Comment se façonne l'opinion publique ?
Pour comprendre comment s'y prennent ceux qui, pour le compte des puissants, formatent, conditionnent, orientent, influencent l'opinion publique, pour faire de la foule l'ultime défenseur de leurs intérêts, il faut recourir àEdward Louis Bernays, le neveu de Freud.
Charles Robin , un ancien professeur de philosophie, dit le Précepteur, a fait une excellente vidéo sur ce célèbre publiciste, auteur de Propaganda - Comment manipuler l'opinion en démocratie, qui s'ouvre par
des mots qui vous feraient traiter de complotiste, si vous les preniez à votre compte :"La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays".
Pour Bernays, une foule est d'abord régie par ses instincts, ses pulsions, ses émotions. Et pour manipuler les individus qui la composent, il suffit de comprendre leurs mobiles inavoués.
Tout le monde connait la campagne de publicité qu'il a orchestrée pour la firme Lucky strike. Le dimanche de Pâques 1929, il a payé des femmes pour manifester avec, à la main, une cigarette et un pancarte qui disait "torche de la liberté". Bernays a joué sur le besoin largement inconscient d'indépendance et de pouvoir des femmes, pour leur faire croire que la cigarette en ferait les égales des hommes, dans le seul but de doubler les profits de l'industrie du tabac.
La révolution de 1968 a consacré l'avènement de la société permissive libérale libertaire, qui incite à la jouissance, au contraire de la société traditionnelle qui prônait la modération et le contrôle de soi. Comme Michel Clouscard l'a montré, cela a ouvert de nouveaux marchés très lucratifs aux industriels (loisir, plaisir, divertissement, mode). Pour atteindre ce résultat, il a suffi de faire croire aux gens que la liberté, c'est de donner libre cours à ses pulsions. Hélas, c'est une pente extrêmement glissante qui a engendré, en réalité, une insatisfaction chronique au niveau individuel et beaucoup de désordres au niveau social. La vraie liberté, celle qui élève et enrichit, passe, au contraire, par la maîtrise de ses pulsions, comme le disait Jean-Jacques Rousseau : "L'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté."
Pour prendre le contrôle d'un individu ou d'un peuple, note Charles Robin, "il faut s'adresser à sa partie émotionnelle et ainsi le rendre aveugle à ses intérêts objectifs. En vrac, jouer sur les peurs, créer des clivages, poser un sujet en termes d'affrontement des valeurs (la guerre en Irak au nom des droits de l'homme, la guerre en Syrie au nom de la démocratie)". Plus c'est gros, mieux ça passe !
"La manipulation de l'opinion est une émanation de ce que Debord a appelé la société du spectacle, c'est à dire de la mise en scène généralisée et de l'exhibition émotionnelle. L'objectif, c'est de nous rendre consentants à ce que nous refuserions catégoriquement si on nous annonçait clairement la couleur." Ce spectacle, qui joue sur nos émotions, la partie la plus fragile de nous-mêmes, est calibré pour influencer nos opinions dans l'intérêt des puissants.
Et Charles Robin de conclure :
"On peut résoudre ce conflit entre émotion et raison, en prenant conscience que dénoncer la manipulation par l'émotion, ce n'est pas dénoncer l'émotion, c'est dénoncer l'instrumentalisation de l'émotion, c'est dénoncer la prise en otage de nos consciences, c'est dénoncer les chaînes invisibles qui nous empêchent d'exercer notre discernement et, ce qui fait aussi notre humanité, notre raison."
Dominique Muselet
Montreuil, le 29 septembre 2026
Image en vedette : Capture d'écran. Source : Cerveau, biais cognitifs et manipulation : effets explosifs garantis
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Dominique Muselet auteure et traductrice, Paris, France. Elle est associée de recherche au Centre de recherche sur la Mondialisation (CRM).
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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