📚 30/09/2026 voltairenet.org  12min ⁂️ 14 #328342

 La France va envoyer des soldats en Arabie saoudite pour protéger un oléoduc

Comment le président Macron plonge la France dans une nouvelle guerre de religion dans la péninsule arabique

par Thierry Meyssan

En toute discrétion le président Emmanuel Macron a aligné sa politique étrangère sur celle des Anglo-Saxons. C'était le prix à payer pour obtenir le co-commandement de l'OTAN post-retrait US d'Europe. En gage, il a décidé, seul, d'envoyer nos troupes participer à une guerre de religion contre les Yéménites.

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Le nouveau grand mufti d'Arabie saoudite, Saleh bin Fawzan bin Abdullah Al-Fawzan (90 ans), est un fervent soutien de la légalité de l'esclavage et de la répression des manifestations de protestation politique. Pour lui, les zaïdites sont des musulmans hérétiques qu'il faut éradiquer. Dans sa croisade, il bénéficie des armes françaises que le président Macron vend au royaume des Séoud.

La France traverse un rare moment d'hypocrisie et de mensonge. D'un côté, la presse nationale encourage la population à applaudir le pape Léon XIV en visite pastorale, de l'autre elle fait tout pour masquer l'engagement de ses armées dans d'horribles conflits où nous ne devrions pas nous impliquer et qui trahissent nos idéaux nationaux.

• Le 13 juillet 2026, la France et le Royaume-Uni ont organisé, à Paris, la XVI° réunion de la Coalition des volontaires pour la défense de l'Ukraine. Il s'agissait de réorganiser la défense de l'Union européenne et, secondairement, celle de l'Ukraine. On pouvait donc comprendre que les participants se coordonnaient pour adapter l'OTAN au retrait états-unien de l'Europe et ne s'engageaient en Ukraine que pour s'entraîner à faire agir leurs forces en commun. [1].

Personne ne semblait choqué par la description de la guerre en Ukraine comme un exercice militaire, en conditions réelles, avec ses centaines de milliers de morts. De même, personne ne discutait la réorganisation de l'OTAN derrière le Royaume-Uni et la France, comme si le commandement par ce couple allait de soi.

• Les 24 et 25 août 2026, le président Emmanuel Macron a reçu, au palais de l'Élysée, le cheikh Mohamed ben Salmane, prince héritier et Premier ministre saoudien, à l'occasion de la 3° coupe du monde d'E-sport. La presse n'a retenu que l'annonce de la création de trois parcs à thèmes. Mais l'important était ailleurs.

Les deux États ont approfondi leur partenariat stratégique. Dans un communiqué commun, ils ont "réaffirmé leur soutien au Conseil présidentiel du Yémen et aux efforts des Nations unies pour parvenir à une solution inclusive et globale à la crise. Ils ont condamné les attaques menées par les Houthis contre des infrastructures civiles et des installations vitales du Royaume, ainsi que leurs attaques contre des navires. Ils ont affirmé leur détermination à préserver la liberté de navigation. Ils ont également souligné que les provocations des Houthis aggravaient les souffrances du peuple yéménite. La partie française a affirmé sa solidarité et son soutien total au Royaume d'Arabie saoudite, et a souligné son rejet de toute attaque contre le territoire du Royaume" [2].

Petite remarque au passage, ceux que l'Arabie saoudite et la France appellent les "Houthis" se nomment Ansar Allah. L'expression "Houthis" est péjorative. Elle fait référence à leur fondateur, Hussein Badreddine al-Houthi, et à son frère, leur guide actuel, Abdul-Malik al-Houthi. Or, jamais Ansar Allah ne fait référence à leur appartenance clanique, mais au contraire, à la pensée zaïdite. Désigner un protagoniste par un sobriquet ne risque pas de faire avancer la compréhension mutuelle et la paix.

• Le 18 septembre 2026, le président Emmanuel Macron a reçu, au palais de l'Élysée, les chefs des partis politiques représentés au parlement. Il avait demandé aux directeurs de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure), de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), de la DRM (direction du renseignement militaire), de la DGEC (direction générale de l'énergie et du climat) et du SGDSN (secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale) d'être présents.

Selon le communiqué qui a suivi, il a d'abord dénoncé "l'intensification des menaces hybrides russes", et réaffirmé "le soutien de la France à l'Ukraine et sa politique de sanctions contre la Russie". Puis, il a affirmé mettre tout en œuvre pour "faciliter la réouverture pacifique du détroit d'Ormuz et à sécuriser les approvisionnements énergétiques" [3].

Dans le point de presse qui a suivi, le président Macron a redit, non pas ses analyses, mais ses interprétations absurdes des événements. Il a, à nouveau, qualifié l'opération spéciale russe au Donbass de "guerre d'agression", bien qu'elle applique les instructions de la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies [4]. Personne n'a relevé que, s'il s'agissait d'une "guerre d'agression", la France en aurait commis une en intervenant pour faire cesser le génocide au Rwanda.

Il a redit que la Russie avait multiplié les "attaques hybrides" contre les membres de l'Union européenne. Or, l'opinion publique ne distingue pas les sabotages des usines d'armement de l'UE, qui font partie de la guerre actuelle, des attaques de prétendus drones russes contre des avions ukrainiens sur les aéroports de l'UE. Si Moscou s'abstient de commenter ses actions secrètes contre les usines d'armement de l'UE, il ne cesse pourtant de dénoncer les attaques de drones qu'on lui attribue comme des opérations sous faux drapeau des services secrets ukrainiens. C'est un point important puisque la Russie est en droit de détruire l'armement fourni par l'UE au régime, désormais illégitime car non-élu, de Kiev, mais pas d'attaquer les aéroports de l'UE.

Passant au Moyen-Orient, le président Macron a rappelé que la guerre contre l'Iran avait été déclenchée par Israël et les États-Unis et que la France n'y avait pas participé. Ce n'était qu'une présentation habile des faits, car la France avait manœuvré habilement aux Nations unies pour accuser mensongèrement l'Iran de ne pas respecter l'accord 5+1 et de fabriquer une bombe atomique [5], allant même jusqu'à corrompre des fonctionnaires internationaux de l'ONU [6]. En outre, ses armées avaient formé des snipers kurdes en Iraq afin de semer le chaos lors des manifestations contre la faillite de la banque Ayandeh en Iran [7]. Elle n'a donc pas directement participé à cette guerre, mais a œuvré pour qu'elle ait lieu.

• Le 22 septembre, le président Emmanuel Macron diffusait un message sur son compte X : "Dès mon arrivée à New York, j'ai rencontré le président Donald Trump.
Nous avons décidé d'agir ensemble pour résorber les tensions sur les marchés de l'énergie, en protégeant les infrastructures critiques au Moyen-Orient et la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz.
Nous allons aussi mettre nos efforts en commun pour obtenir un moratoire sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et contre les infrastructures civiles ukrainiennes. Les populations civiles doivent être protégées et nous devons engager au plus vite une négociation sérieuse sur les conditions de la paix entre la Russie et l'Ukraine." [8].

Contrairement à ce que laisse entendre le président Emmanuel Macron, l'initiative de ces bombardements n'appartient pas à la Russie, mais à l'Ukraine qu'il soutient. Kiev bombarde les stocks et les raffineries russes grâce à ses drones, tandis, qu'en réplique, Moscou bombarde les stations-services ukrainiennes. avec des missiles de précision. En définitive, Kiev est perdant parce qu'il ne parvient pas à cibler plus précisément ses bombardements et parce que la Russie dispose d'un territoire beaucoup plus vaste. Les victimes principales ne sont ni russes, ni ukrainiennes, mais étrangères, car ces bombardements suppriment des stocks de pétrole et suscitent une hausse mondiale des prix.
En tout état de cause, il serait stupide, pour les deux camps, de poursuivre une guerre tout en s'interdisant de se donner les moyens de la gagner.

• Le 24 septembre, le président Emmanuel Macron a reçu deux journalistes, qu'il a choisis lui-même, au palais de l'Élysée. Il leur a donné une longue interview afin d'endormir son peuple [9]. Rappelons que Caroline Roux (France2) est l'épouse de Laurent Solly, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, puis numéro 2 de TF1 et aujourd'hui directeur de Facebook-France ; tandis que Gilles Bouleau (TF1) est le présentateur du journal de 20 heures de TF1. Madame Roux n'a cessé de détourner l'attention des téléspectateurs, tandis que Monsieur Bouleau n'a pas osé poser les questions qui fâchent.

Le président a redit tout le mal qu'il pensait de l'agression russe, reprenant à son compte, comme un perroquet, le discours d'Andy Burnham, Premier ministre britannique, devant les Nations Unies [10]. Surtout, il a informé ses électeurs qu'il envoyait des troupes sécuriser le port de Yanmu, terminal de l'oléoduc Est-Ouest saoudien, dénommé "Petroline". Il assurait permettre ainsi l'exportation du brut saoudien en contournant le détroit d'Ormuz.

• Or, le dénouement venait d'avoir lieu quelques heures auparavant. Le docteur Saleh bin Fawzan bin Abdullah Al-Fawzan, grand mufti d'Arabie saoudite, et donc employé du prince Mohamed ben Salmane, s'était adressé aux soldats du royaume. À grand renfort de citations coraniques, il les avait enjoints de se sacrifier pour éliminer "les Houthis, un gang maléfique, une intrigue des ennemis [c'est-à-dire des Iraniens], qui est basée sur la corruption de la foi, et sur celle des méthodes." [11].

C'est un événement considérable : la secte des wahhabites (l'Arabie saoudite) déclare que les zaïdites (Ansar Allah) ne sont pas de vrais musulmans. Elle avait déjà accusé les "Houthis" d'avoir bombardé une mosquée, puis d'avoir bombardé les lieux saints de La Mecque ; ce que le guide de la révolution, Abdul-Malik al-Houthi, avait longuement démenti lors d'une allocution télévisée, le 17 septembre [12].

Certes, l'Arabie saoudite a cessé de soutenir les jihadistes, à l'initiative du président Trump, le 21 mai 2017 [13]. Puis, l'Arabie saoudite et l'Iran ont enterré leur guerre de religion, à l'initiative de la Chine, lors du compromis de Beijing, le 10 mars 2023 [14].

Aujourd'hui Donald Trump ne défend plus la paix, comme il faisait lors de son premier mandat, en se référant au président Andrew Jackson. Au contraire, depuis l'affaire Epstein, il laisse se poursuivre la politique traditionnelle de l'État profond états-unien, prônée par son sous-secrétaire à la Guerre, Elbridge Colby. Ainsi, il a pris l'initiative de lancer la guerre contre l'Iran et laisse pourrir le conflit en Ukraine.

Voilà où le président Macron nous a conduit : nos soldats vont aller mourir dans la péninsule arabique et participer à une nouvelle guerre de religion. Les zaïdites ne sont pas des chiites duodécimans comme les Iraniens. Ils ont, en fonction de leur histoire, leur propre synthèse de la religion musulmane et des rites hindous. Riyad n'a donc pas l'impression de violer sa paix religieuse avec l'Iran. Toutefois le grand mufti a lié clairement les zaïdites aux chiites duodécimans et le prince héritier les "Houthis" à l'Iran.

Contrairement à ce dont la presse nationale et occidentale tente de nous persuader, la guerre au Yémen n'a aucun rapport avec celle à laquelle nous assistons contre l'Iran. C'est la continuation de la réunification du Yémen, en 1990. Elle s'est poursuivie avec l'irruption de Blackwater, puis de DynCorp [15], une armée privée dirigée par Steve Feinberg, actuel secrétaire adjoint à la Guerre [16]. Elle s'est généralisée, en juin 2015, avec l'accord israélo-saoudien prévoyant l'exploitation les réserves de pétrole yéménites du "Quart vide" par Riyad [17]. À cette époque déjà, alors que l'état-major commun était basé au Somaliland, les forces spéciales française participaient secrètement à la guerre, ainsi que l'a révélé Disclose [18]. À partir de mars 2020, les Britanniques ont occupé l'île de Socotra, mais la coalition s'est disloquée et les Émiratis se sont retirés.
Au contraire, la guerre contre l'Iran n'a débuté qu'en 2026. Et si l'Iran a, dans les années 2000, instrumenté Ansar Allah, ce n'est plus le cas depuis que le général Qassam Soleimani l'a éduqué à se défendre seul et lui a rendu sa liberté, à la fin des années 2010.

La France de Michel de Montaigne et d'Aristide Briand vient de s'engager dans une guerre de religion. Contrairement à tout ce qu'a affirmé le président Macron, cela ne participera pas à la paix, mais renforcera la guerre. Cela ne sécurisera pas l'oléoduc Petroline, mais au contraire provoquera une hausse des prix mondiaux du pétrole.

Au passage, la France, autrefois indépendante, manifeste son alignement sur les Anglo-Saxons.

 Thierry Meyssan

[1] " Sommet de la Coalition des Volontaires à Paris", Palais de l'Élysée, 13 juillet 2026.

[2] " Déclaration commune de la France et de l'Arabie saoudite à l'occasion de la visite de Son Altesse Royale le Prince Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, Prince héritier et Premier ministre du Royaume d'Arabie saoudite, en République française", Palais de l'Élysée, 25 août 2026.

[3] " Situation internationale : réunion avec les chefs des partis", Palais de l'Élysée, 18 septembre 2026.

[4] " Résolution 2202 du Conseil de sécurité", dite S/RES/2202 (2015), adoptée le 17 février 2015.

[5] " À quoi jouent l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni à l'ONU et à l'AIEA ?", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 novembre 2025.

[6] " Le secrétariat général rétablit les sanctions contre l'Iran", ONU (secrétariat général), Réseau Voltaire, 27 septembre 2025.

[7] " Révélations sur la préparation de la guerre contre l'Iran", Réseau Voltaire, 16 avril 2026.

[8] " @EmmanuelMacron", Emmanuel Macron, X, 22 septembre 2026.

[9] " Interview du Président de la République sur TF1 et France 2", Palais de l'Élysée, 24 septembre 2026.

[10] " PM speech at UNGA", 10 Downing Street, 23 September 2026

[11]  "عام / مفتي عام المملكة يوجه بيانًا للمرابطين ولقوات التحالف", Saudi Press Agency, September 24, 2026.

[12] " Speech by Leader of the Revolution Sayyed Abdulmalik Al-Houthi on Latest Developments", Masirah TV, September 18, 2026.

[13] " Donald Trump's Speech to the Arab Islamic American Summit", by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.

[14] " Le Moyen-Orient s'affranchit de l'Occident", par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 mars 2023.

[15] " Les mercenaires de DynCorp remplacent ceux d'Academi au Yémen", Réseau Voltaire, 17 mars 2016.

[16] " La théologie du Pentagone : le secrétaire sioniste évangélique P. Hegseth et le sous-secrétaire spéculatif khazare S. Feinberg", par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Maria Poumier, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 10 septembre 2026.

[17] " Exclusif : Les projets secrets d'Israël et de l'Arabie saoudite", par Thierry Meyssan, Le Jeune Indépendant (Algérie), Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[18] " Made in France", Disclose, 15 avril 2019.

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