Ouverture libre
Le pape et la guerre
• Le voyage pape Léon XIV en France a eu beaucoup d'échos.• Son affirmation "Les guerres n'ont plus de sens", nullement destinée à la France, est mise en cause dans un livre du théologien allemand David Berger.
Décidément, la visite du pape Léon a fait grand'bruit en France, non seulement sur les problèmes spécifiquement français, mais également sur des problèmes internationaux, politiques et éthiques où souvent la France est impliquée, et où plus souvent encore bien peu à son avantage. Parmi les problèmes évoqués, notamment dans sa dernière intervention "française" lors d'une conférence de presse comme improvisée dans l'avion qui le ramenait de Metz à Rome, accompagné de journalistes, celui de la guerre si violemment d'actualité aujourd'hui en Ukraine et en Iran.
Le site 'infovaticana.com/fr' a donné un compte-rendu de cette conférence de presse, d'où nous extrayons le passage consacré à la guerre, avec le thème principal de "Les guerres n'ont plus de sens".
"Sa réponse la plus longue a été consacrée à la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Interrogé sur les possibilités réelles d'une négociation et sur sa dénonciation de"l'illusion du réarmement", Léon XIV est parti des principes de la doctrine sociale de l'Église et a rejeté"la violence, la haine, les armements"et la réapparition du discours sur les armes nucléaires.
Le Pape a critiqué l'augmentation continue des dépenses militaires et a souligné les intérêts économiques qui existent derrière l'industrie de l'armement."Quelques-uns s'enrichissent énormément grâce à une industrie qui promeut la guerre".
Léon XIV a opposé les milliards destinés à l'armement aux besoins fondamentaux encore non résolus :"Avec ces milliards d'euros ou de dollars, on pourrait résoudre des problèmes comme la faim dans le monde, le logement, les situations de chômage".
" Face à la logique du réarmement, il a demandé une voix qui propose "un autre chemin" et a averti que l'augmentation continue des dépenses en armes alimente des tensions qui peuvent déboucher "sur l'explosion d'une autre guerre, d'un autre conflit"."
Le pape Léon a accordé une place particulière à l'Ukraine, répétant à propos de cette guerre les habituelles positions de l'Église, dont la mission est de proposer une négociation à la résolution des problèmes en excluant le recours à la force. Un point particulier qui donne un ton indirectement inhabituel à son discours, différent de celui du pape François, a été d'éviter de désigner un agresseur d'un agressé, évitant de citer nommément l'Ukraine ou la Russie par rapport à la responsabilité de cette guerre. Certaines plumes européennes exacerbées n'ont pas hésité à qualifier ce discours, par défaut dira-t-on et comme c'est l'habitude dans nos contrées si élégamment objectives, de"pro-russe".
"... Léon XIV a affirmé que les puissances qui cherchent à "imposer par le pouvoir au lieu de dialoguer et de promouvoir des négociations" rapprochent le monde chaque jour davantage de nouvelles guerres. [...]
"Dans ce contexte, il a demandé de continuer à inviter"des dirigeants comme ceux de la Russie et de l'Ukraine"et d'autres pays"à venir, à s'asseoir, à dialoguer, à chercher comment résoudre les problèmes sans continuer ces guerres qui n'ont plus de sens"."
L'intervention du pape Léon est également marquée par une attaque sévère contre le complexe militaro-industriel, un peu dans la manière du discours fameux du président Eisenhower. Il est dommage qu'il n'ait pas mentionné l'aspect "spirituel" de la critique du discours de janvier 1961, ce qui aurait parfaitement correspondu à la démarche d'un pape :
"Cette conjonction d'un immense appareil militaire et d'une vaste industrie de l'armement est inédite dans l'expérience américaine. Son influence globale - économique, politique, voire spirituelle - se fait sentir dans chaque ville, chaque siège de gouvernement d'État et chaque bureau du gouvernement fédéral."
Quoiqu'il en soit, le plus marquant est l'affirmation que "Les guerres n'ont plus de sens", dite en raison de l'importance destructrice des armes modernes. Du point de vue de la doctrine de l'Église, cette affirmation se heurte à la notion de "guerre juste" qui a été présente dans le doctrine catholique depuis Augustin qui l'a introduite, puis Thomas d'Aquin. Même s'il affirme parler de la doctrine de l'Église, il nous semble qu'il reste assez probable que Léon XIV parlait essentiellement d'un point de vue moral adapté pragmatiquement à la situation politique moderne, surtout dans cette époque où la guerre est utilisée d'une façon indiscriminée, hors de toutes les règles internationales, et particulièrement par les États-Unis de Donald Trump. Il semblerait alors que le jugement du pape Léon concernât indirectement mais fermement cette politique spécifique de son pays, - et cette hypothèse nous paraît très féconde.
Quoi qu'il en soit, le thème a été repris par le théologien allemand David Berger, qualifié par Wikipédia d'"activiste politique de droite", membre de la CDU passé à l'AfD en 2024. Il est exposé dans son livre "La doctrine de la guerre juste à l'ère des drones et des armes nucléaires. Pourquoi l'éthique catholique classique de la paix n'a-t-elle rien perdu de son actualité ?", qui s'oppose en principe à la conception du pape si celle-ci est prise comme affirmation doctrinale impérative en lui opposant des principes conceptuels sur la guerre et la paix par rapport à la justice et à la "défense du bien public", - une sorte de conception semblable à celle de Talleyrand, homme d'Église qui bafoua constamment les principes de cette condition tout en ne cessant jamais d'en respecter les fondements et la nature.
"Ce n'est pas la guerre en elle-même qui est moralement condamnable, mais avant tout ses causes...."
"La finalité de la force militaire n'est pas l'anéantissement de l'ennemi ; le véritable objectif de l'action militaire et politique demeure toujours la paix."
L'article de Werner Olles qui analyse au travers de l'essai de Berger la validité de la doctrine de la "guerre juste", contre l'affirmation du pape Léon si celle-ci est considérée d'un point de vue doctrinal, est ici parfaitement d'actualité. Il a été publié sur ' geopolitika.ru/fr' et repris sur ' euro-synergie.hautetfort.com'.