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La couverture médiatique des arrestations à la base de la Raf à Fairford réduit à néant l'idée d'une « presse libre ».

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Par  Jonathan Cook

Lorsque les médias traditionnels traitent de sujets dans lesquels les industries de guerre occidentales sont le plus fortement impliquées, ils n'hésitent pas à abandonner même l'apparence d'une distance critique vis-à-vis de l'État

On oublie facilement que les médias occidentaux - la soi-disant "presse libre" - aiment se distinguer des médias des régimes autoritaires en affirmant que, contrairement à eux, ils posent des questions critiques aux puissants, rapportent les faits de manière objective et formulent leurs analyses sans passion.

Eux font de la propagande, nous faisons de l'information - c'est du moins ce qu'affirment les médias occidentaux.

La couverture médiatique effrénée qui a suivi l'arrestation, tôt dimanche matin, de cinq hommes près de la base aérienne de Fairford (RAF) au Royaume-Uni contredit de manière flagrante cette affirmation.

Voici les faits connus à ce jour.

Trois fourgons blancs, arborant le logo d'une véritable entreprise de transport de carburant, ont été repérés par une agricultrice locale sur la route devant sa propriété alors qu'elle rentrait d'une fête.

La police est arrivée rapidement et a arrêté les hommes, tous de nationalité britannique et âgés d'une vingtaine d'années.

Mardi, on a appris que l'un des hommes arrêtés avait en réalité  appelé la police plus tôt - ce qui semble expliquer pourquoi les forces de l'ordre se sont rendues sur place si rapidement.

Bien que ces hommes aient été initialement arrêtés pour des faits liés aux explosifs, aucun explosif "opérationnel" n'a été trouvé. Bien qu'ils aient été arrêtés pour des faits liés au terrorisme, ce qui autorise une détention de 14 jours, ils ont été remis en liberté sous caution en vertu du droit pénal ordinaire en moins de deux jours.

Il est également  apparu que ces hommes avaient plusieurs "fûts" vides dans leurs camionnettes, ainsi qu'un autre contenant ce que la police a décrit de manière inquiétante comme un "accélérant".

En réalité, il s'agissait simplement d'essence. Ce qu'on met dans les véhicules pour les faire accélérer

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a convoqué une réunion d'urgence nationale "Cobra", fait rare, au sujet de cet incident.

Dans le même temps, l'administration Trump s'est impliquée car la RAF Fairford, malgré son nom, est en réalité une base aérienne US à partir de laquelle des avions US mènent une guerre d'agression illégale contre l'Iran, avec la bénédiction du Royaume-Uni.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a  déclaré que cet incident "implique clairement l'intervention d'un acteur étranger". Lorsqu'on lui a demandé si l'Iran était cet acteur, Trump  a répondu : "ça se pourrait". Il a ajouté : "Je connais la réponse... Je pourrais être très précis, mais je préfère ne pas le dire."

Selon un  article du New York Times, "les services de renseignement américains et britanniques ont collaboré avec Israël et des pays occidentaux pour mettre au jour les menaces pesant sur les bases US, y compris celles situées en Allemagne." [c'est moi qui souligne]

Malgré ces maigres éléments, les médias britanniques se sont unanimement précipités vers une seule conclusion : il s'agissait presque certainement d'un complot terroriste iranien visant la base aérienne étatsunienne et ses avions.

La seule marge de débat autorisée porte sur la question de savoir si les cinq hommes étaient des acteurs conscients ou inconscients de ce complot.

Comme l'a  rapporté le Guardian dans son édition de mercredi, qualifiant cette affaire d'"enquête complexe" : "Un lien iranien avec les événements étranges survenus dans la campagne du Gloucestershire ce week-end semble de plus en plus probable."

En préambule, notons ce qui suit : les responsables britanniques et étatsuniens ont tout intérêt à tenter de présenter cet incident comme un "complot terroriste" iranien, quelles que soient les preuves réelles.

Pourquoi ? Parce que les États-Unis mènent une guerre illégale contre l'Iran, et que le Royaume-Uni leur permet de le faire depuis le sol britannique. Selon les règles de la guerre, l'Iran a tout à fait le droit d'attaquer la base de la RAF Fairford.

Si l'État britannique et les médias détenus par des milliardaires jouaient réellement le rôle d'une "presse libre", ils mettraient en avant le fait que la base de la RAF Fairford est une cible militaire légitime et qu'une éventuelle attaque de sa part par l'Iran ne constituerait pas un acte de terrorisme.

Bien sûr, aucun ne l'a fait.

Au lieu de cela, ils ont fidèlement repris à leur compte la version des services de sécurité britanniques et étatsuniens d'un "complot terroriste" - ne reposant sur aucune preuve tangible - qui présente la Grande-Bretagne et les États-Unis comme les victimes d'une agression iranienne sinistre et injustifiée.

Mais au-delà du contexte, des médias objectifs et sceptiques - une "presse libre" - s'abstiendraient de porter un jugement sur ce qui s'est passé. Elle poserait des questions difficiles. Elle proposerait des contre-récits plausibles.

Encore une fois, rien de tout cela ne se produit. Dans les médias britanniques, on a assisté à une ruée aveugle, à la manière des lemmings, pour accepter sans critique les conclusions mêmes qui servent le mieux les intérêts des États britannique et étatsuniens.

La mise en avant constante d'un lien avec le terrorisme pour les hommes arrêtés - pour lequel il n'existe aucune preuve apparente - est précisément le genre de couverture que l'on attendrait de la part des médias d'État dans un régime autoritaire. Il s'agit ici d'attiser un climat de peur au sein de l'opinion publique, et non de mener une enquête transparente.

Il convient de noter que, contrairement aux médias britanniques, l'article du New York Times laisse entrevoir une autre possibilité, même s'il l'écarte d'emblée pour rejoindre ensuite les médias britanniques dans leur interprétation des éléments disponibles comme la preuve d'un complot terroriste iranien.

Le Times  commence par une question : "Les ambiguïtés potentielles - ces hommes étaient-ils des agents iraniens, de petits voleurs d'essence, ou les deux ? - ont ajouté à la confusion entourant ces arrestations que les autorités n'ont pas encore pleinement expliquées."

"De petits voleurs d'essence" ! Des hommes dans des fourgonnettes avec des bidons vides près d'une ferme, au milieu de la nuit. Serait-il possible qu'il s'agisse simplement de criminels ?

En réalité, cette hypothèse circule abondamment sur les réseaux sociaux depuis que les premières informations faisant état de l'arrestation de ces hommes ont fait surface. À mesure que de nouveaux détails ont été révélés, ces soupçons n'ont fait que s'amplifier.

Et pourtant, la "presse libre" britannique a systématiquement ignoré cette contre-théorie au profit du récit des services de sécurité étatsuniens et britanniques.

Nul doute que les journalistes britanniques couvrant cet incident qualifieraient l'idée selon laquelle il s'agirait simplement d'un groupe criminel pris en flagrant délit de "spéculation" stérile.

Mais en quoi leur théorie - pas plus plausible, voire peut-être moins plausible - selon laquelle il s'agirait d'un complot terroriste iranien n'est-elle pas tout autant une spéculation - même si, dans leur cas, cette spéculation s'avère extrêmement utile aux appareils de sécurité britanniques et étatsuniens ?

D'autres théories pourraient également être avancées, compte tenu des faits connus. Israël, qui a poussé à la guerre initiale, illégale et désastreuse, contre l'Iran, cherche un moyen de persuader l'administration Trump de revenir à une campagne de bombardements à grande échelle.

Une attaque contre la base de la RAF à Fairford - ou l'apparence d'une telle attaque - serait un moyen idéal d'intensifier la pression en faveur de nouvelles frappes contre l'Iran. Après tout, ce n'est pas comme s'il n'existait aucun  exemple d' opérations sous faux pavillon menées par Israël.Si l'"acteur étranger" qu'est l'Iran peut recruter une bande de petits délinquants pour déclencher à leur insu un incident de sécurité majeur à l'extérieur de la base de la RAF Fairford, pourquoi l'"acteur étranger" qu'est Israël ne pourrait-il pas faire exactement la même chose ?

Je ne sais pas ce qui s'est passé à l'extérieur de la base aérienne. Je ne prétends pas le savoir. Je garde l'esprit ouvert et critique en attendant que les faits, quels qu'ils soient, soient révélés. Si seulement notre "presse libre" faisait de même.

Certains lecteurs trouveront peut-être difficile à croire l'affirmation selon laquelle, dans nos sociétés "démocratiques", les médias ne sont pas en opposition avec l'État, ou du moins en sont éloignés. Une telle idée leur est peut-être nouvelle.

Cela ne devrait pas surprendre. Après tout, comment chacun d'entre nous s'est-il forgé sa vision fondamentale du monde - qui sont les bons et qui sont les méchants - si ce n'est en passant sa vie à lire et à regarder des médias appartenant à des groupes dirigés par des milliardaires et à l'État ?

Depuis que j'ai moi-même quitté les médias traditionnels il y a un quart de siècle (je travaillais pour le Guardian), j'ai consacré une grande partie de mon temps à recenser certains des exemples les plus flagrants de journalisme biaisé - des reportages qui présentent systématiquement les événements d'une manière qui sert non pas les intérêts de leur public, mais ceux des puissants : les entreprises elles-mêmes ; les appareils de sécurité occidentaux ; et Israël, pivot des industries de guerre occidentales. Dans de tels cas, les médias traditionnels abandonnent sans hésiter le moindre semblant de couverture neutre, équitable ou impartiale. Ils ne sont guère plus qu'une usine à propagande. (Vous pouvez lire mon explication détaillée du fonctionnement du modèle de propagande  ici.)

Cela a été on ne peut plus flagrant dans la couverture du massacre perpétré par Israël à Gaza, un génocide qu'il était impossible de qualifier comme tel.

Cela s'est vu dans la couverture de l'invasion "non provoquée" de l'Ukraine par la Russie, qui avait en réalité été  provoquée par l'OTAN pendant des décennies, alors que celle-ci s'étendait à travers l'Europe avec une intention claire : soit acculer Moscou militairement, soit la pousser à lancer une attaque de représailles contre l'Ukraine qui offrirait à l'Occident l'occasion d'épuiser la Russie sur un champ de bataille par procuration.

Cela s'est manifesté dans la  campagne médiatique soutenue de  calomnies antisémites contre Jeremy Corbyn, cette figure des plus rares et des plus dangereuses : un dirigeant d'un grand parti qui prônait des politiques socialistes au profit du peuple, et non des milliardaires, et qui critiquait avec véhémence Israël bien avant que celui-ci ne dévoile son visage génocidaire.

Cela s'est également manifesté dans le  lynchage médiatique dont a été victime Julian Assange, dont la plateforme de dénonciation Wikileaks a révélé les crimes de guerre britanniques et américains tout en menaçant de détruire le modèle médiatique descendant. Après l'avoir ridiculisé pour avoir demandé l'asile à l'ambassade d'Équateur par crainte que Washington ne cherche à l'extrader pour avoir révélé ses crimes, les médias ont ensuite traité son arrestation par la police britannique et son incarcération pendant des années dans une prison londonienne de haute sécurité - alors que les États-Unis demandaient son extradition pour avoir révélé leurs crimes - comme un événement tout à fait banal, à peine digne d'être rapporté.

Je pourrais continuer ainsi indéfiniment. On observe un schéma récurrent lorsque les médias traditionnels traitent des questions les plus importantes, celles-là mêmes dans lesquelles nos États sécuritaires sont le plus investis. C'est alors que les médias abandonnent même l'apparence d'une distance critique vis-à-vis de l'État.

La base de la RAF à Fairford n'est que le dernier exemple en date montrant comment, dans de tels moments critiques, les médias ne servent rien d'autre que de porte-voix à l'État sécuritaire.

Par  Jonathan Cook - 30 septembre

Source: jonathancook.substack.com

Traduction: Roland Marounek (Alerte Otan)

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