Ouverture libre
La démocratie de la dysgénie
• En commentant les récentes élections allemandes, le philosophe russe Douguine poursuit sa critique radicale de la démocratie revue par la modernité. • C'est un système basé sur la dysgénie : place aux plus faibles et aux nihilistes.
________________________
1er octobre 2026 - Le philosophe est fatigué. Lorsqu'il parle, dans cette interview ci-dessous, de la démocratie occidentaliste-américaniste ( bloc-BAO), Alexandre Douguine déverse ses habituelles accusations et imprécations, si évidentes qu'elles valent pour vous et pour nous, mais sans verve particulière ni rage remarquable, - "Comme on tire la chasse", aurait écrit un Céline ou un Audiard. Ces deux-là nous manquent pour parler du monde et de son époque anémiante, affadissante et débilitante à force d'absurdités, de médiocrité et de sottise, - avec ce qu'il faut d'hystérie pour vous signaler que le cadavre respire encore.
En fait, Douguine répond à une question à propos des récentes élections allemandes. Mais il s'intéresse surtout au "programme" du chancelier Merz, de son équipe et de ses amis et juge que ce "programme" a un nom : dysgénie. Il marque la volonté de ces gens au pouvoir de favoriser les minorités contre la formule classique qui considère la majorité des gens comme représentatifs et régulateurs de la démocratie.
"Ces deux mode de démocratie existent réellement - en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d'autres pensent toujours que c'est la majorité qui décide. C'est à cela que l'Allemagne se heurte aujourd'hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l'entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l'ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie."
Douguine présente donc rapidement, en extrapolant à partir du constat que sont favorisées les minorités les plus anormales et les plus différentes, le sens du mot dysgénie en introduisant son contraire : l'eugénisme. Ce mot a une connotation diabolisée depuis les événements de la première partie du XXème siècle : essentiellement la politique eugéniste suivie par de nombreux États des Etats-Unis et le nazisme, - la première ayant d'ailleurs servi de modèle au second, selon l'argument que suivirent certains avocats du procès de Nuremberg. Le problème est évidemment, non pas l'emploi qui fut fait de l'eugénisme, mais au profit de quelle cause il fut employé. Selon la logique d'un esprit équilibré et débarassé de toute hystérie, la diabolisation devrait aller à la cause et non à l'outil de la cause.
"La dysgénie est l'opposé de l'eugénisme: il ne s'agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l'écouter au nom de la"solidarité"et de"l'empathie". Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l'État, plus la garantie est solide que les personnes normales n'accéderont pas au pouvoir."
On laisse de côté la polémique hystérique qui accompagne l'eugénisme et l'on garde simplement sa signification. A cette lumière, il devient aisé de plaider contre la dysgénie, par simple constat d'évidence de sa définition antagoniste de celle de l'eugénisme. Douguine développe alors son constat en jugeant que les dirigeants qui favorisent cette dysgénie en sont eux-mêmes le produit à l'intérieur de leur milieu même si ce milieu est prétendument des plus prestigieux,- par l'éducation, l'uniformisation de la pensée ; l'adoption automatique des idées et idéaux de leur "parti" moderniste et de la caste qui va avec : globalisation, nihilisme, déconstruction orientée par ce nihilisme, négation de l'identité, moraline nietzschéenne et affectivisme.
Le résultat, apprécie Douguine, est une faiblesse généralisée de l'esprit et du caractère. S'il la présente comme une caractéristique des minorités impliquées, nous devons compléter cette idée en étendant cette faiblesse aux dirigeants eux-mêmes, ne serait-ce que par le triomphe de la stupidité célébré par un nihilisme absolument délirant, maniaque et endiablé. Ainsi, plus que jamais règne la faiblesse chez des déments qui liraient Nietzsche la tête en bas.
"Parce qu'ils sont faibles, ils incarnent la"pensée faible", une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l'esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d'ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l'ordre et à la paranoïa."
Douguine poursuit en constatant qu'il "est difficile de prévoir l'issue de cet affrontement", en se référant à l'actualité allemande, aussi bien qu'à l'actualité française ou à l'actualité américaniste, dans cet Occident-compulsif où partout se poursuit cet affrontement.
Tout de même... Il termine par un constat final qui contredit quelque peu cette "difficulté de prévoir l'issue de cet affrontement" en rappelant que ces êtres faibles de pensée et de caractère, qui ne cessent de prôner des comportements de désordre, d'irresponsabilité, d'affrontements entre minorités diverses, etc., ne conçoivent aujourd'hui qu'une seule issue dans cette bataille cruciale (Merz vs le peuple, comme les autres compagnons occidentaux) où ils ne cessent d'essuyer des défaites : la guerre, rien que la guerre, - et en choisissant soigneusement l'adversaire, la Russie, rempart des traditions et de l'ordre en mode de surarmement accéléré, avec une armée puissante, motivée et patriotique, et désormais rompue et expérimentée au combat
"Comment concilier le fait que Merz attise d'une main une vague de désintégration et appelle, de l'autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie ? Une personne normale examine cette proposition et constate qu'elle ne tient pas debout. L'exigence de s'abandonner à la décadence tout en devant, simultanément,"se mettre à courir ventre à terre vers le front de l'Est"paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison..."
..Tant il est vrai que la faiblesse de tous ordres n'est pas la recette idéale pour faire des guerriers se précipitant vers le front de l'Est de sinistre mémoire pour les Allemands. C'est un sujet intéressant et de grande préoccupation qui ne semble pas avoir encore atteint les cerveaux de nos dirigeants qui sont comme anesthésiés par par l'inversion d'une pensée diabolique. C'est dans tous les cas une raison essentielle et impérative de penser que le conflit qu'on ne cesse de nous promettre, - qui en Europe, qui au Moyen-Orient, les deux pouvant être rassemblés, - aura des conséquences bien plus graves et grandes qu'un simple conflit du genre auquel nous sommes habitués. Il s'agit, bien entendu, d'une des clefs de la GrandeCrise.