
par Paolo Hamidouche
Les armes déployées par les États-Unis sont très probablement des brouilleurs. Nous vous expliquons en quoi consiste la guerre spatiale aujourd'hui.
Le 14 septembre, l'annonce du secrétaire à l'Air Force américain, Troy Meink, concernant le déploiement d'"armes de contrôle spatial" en orbite, capables de défendre les forces américaines contre les "actions hostiles", a suscité la controverse. M. Meink n'a fourni aucun détail supplémentaire, se contentant d'affirmer que son choix de mots était "mûrement réfléchi". Il a souligné l'importance cruciale du maintien et de la fiabilité des capacités spatiales américaines, compte tenu du développement par les adversaires de leurs propres moyens de les menacer. Par conséquent, ces "armes spatiales" sont essentielles au maintien de la dissuasion.
Nous sommes désormais en mesure de comprendre la nature de ces armements, mais il est primordial, au préalable, de clarifier les différents types d'armes de guerre spatiale, car les grandes puissances mondiales poursuivent leur développement au gré des progrès scientifiques.
L'une des armes les plus destructrices, et la première à envisager, est la bombe nucléaire : dans l'espace, la destruction ne se produirait ni par onde de choc (puisqu'il n'existe aucun moyen de la transmettre), ni par chaleur ou rayonnement ionisant, mais par l'impulsion électromagnétique (IEM), l'impulsion électromagnétique qui suit immédiatement l'explosion et qui peut instantanément neutraliser les circuits électroniques non blindés, les rendant inutilisables. Ce principe s'applique également en cas de conflit nucléaire, qu'il soit limité ou global, car la détonation d'une ogive à haut rendement à haute altitude est censée mettre hors service les systèmes de communication, de commandement et de contrôle ennemis. L'inconvénient de ce système est évident : une IEM ne peut distinguer les satellites amis des satellites ennemis ; par conséquent, même ses propres ressources seraient rendues inutilisables.
Un second type d'arme antisatellite est cinétique : il s'agit de missiles ASAT lancés depuis le sol ou de véhicules antisatellites pilotés par d'autres satellites en orbite. Ce type de destruction présente également des inconvénients majeurs : la destruction cinétique d'un satellite génère des dizaines, voire des centaines de milliers de fragments qui restent en orbite et, en se dispersant, peuvent endommager des constellations de satellites alliés. L'exemple de la République populaire de Chine, qui a testé un missile antisatellite le 11 janvier 2007, est éloquent : le satellite cible, détruit par un lanceur du Centre de lancement de satellites de Xichang, a créé plus de 150 000 débris spatiaux. Selon les estimations de la NASA, 30% des débris de plus de 10 centimètres seront encore en orbite en 2035. Ces débris, de toutes tailles, constituent toujours une menace pour les infrastructures orbitales, notamment la Station spatiale internationale. Un satellite équipé d'un véhicule antisatellite pourrait avoir des effets similaires, mais à une échelle moindre ; l'utilisation de ce type d'arme antisatellite est donc fortement déconseillée. Par ailleurs, certains satellites antisatellites sont capables d'approcher leur cible et de la dévier de son orbite.
Comment neutraliser un satellite ?
Les armes non cinétiques, telles que les armes à énergie dirigée (lasers et/ou micro-ondes), constituent un tout autre problème. Cependant, le déploiement d'une telle arme dans l'espace requiert une source d'énergie importante, toujours volumineuse et donc lourde. Or, malgré des progrès considérables, la technologie actuelle n'a pas encore atteint le rapport puissance/miniaturisation optimal.
Enfin, il est également possible de neutraliser un satellite par guerre électronique (GE), notamment par le brouillage des fréquences de transmission. Ce brouillage peut perturber les communications entre la surface terrestre et le satellite, le rendant ainsi inutilisable. Des systèmes antisatellites de ce type existent déjà. L'exemple russe est éloquent : le système de GE "Krasukha-4" est capable, grâce à sa portée, de brouiller les signaux des satellites situés en orbite basse (300 km).
D'après certains chercheurs, il s'agirait précisément des armes antisatellites que les États-Unis ont placées en orbite. L'astrophysicien Jonathan McDowell, spécialiste de l'activité spatiale et du suivi des lancements de missiles, estime qu'au cours des quatre dernières années, les États-Unis ont lancé des charges utiles secrètes qui ont placé 17 petits satellites en orbite, susceptibles de servir de brouilleurs. Ces satellites évoluent en orbite géostationnaire, à une altitude leur permettant de se déplacer en synchronisation avec la rotation de la Terre ; ils deviennent ainsi des sentinelles quasi immobiles, capables de surveiller en permanence une région spécifique du globe. Cependant, McDowell soupçonne qu'au moins certains de ces brouilleurs sont en réalité des plateformes mobiles, conçues pour ne pas rester en position fixe et qui pourraient donc s'approcher suffisamment d'un satellite adverse pour brouiller efficacement ses fréquences radio.
Il ne s'agit là que d'une hypothèse, fruit de l'analyse d'un expert, mais elle est fort plausible, compte tenu des informations disponibles sur les armes antisatellites, que les États-Unis aient choisi, comme première étape de leur nouvelle guerre spatiale, de miser sur la guerre électronique. Cette décision est également conforme à la vision 2040 de la Force spatiale américaine, selon laquelle la nouvelle force armée américaine estime que le domaine spatial du futur sera un environnement hautement disputé dans lequel la guerre électronique sera si prépondérante qu'elle deviendra une véritable nouvelle dimension du combat, presque au niveau de l'un des domaines de conflit classiques (mer, air, terre, cyberespace).
source : Paolo Hamidouche