
Par Larry C. Johnson, le 2 octobre 2026
Dans sa chronique du 30 septembre publiée dans le Telegraph, Con Coughlin affirme que la décision de Vladimir Poutine d'augmenter les dépenses de défense est un "pari désespéré" qui pourrait bien mener la Russie sur les traces de l'Union soviétique et la faire sombrer dans une crise économique. C'est une histoire bien connue. Les commentateurs occidentaux prédisent l'implosion économique de la Russie depuis les premières séries de sanctions en 2022. Le hic : comme à l'époque, la théorie manque de preuves.
Je viens de rentrer de mon huitième voyage en Russie depuis 2023. J'ai arpenté les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg, mangé au restaurant et été pris dans les embouteillages. Je n'ai vu aucun signe des troubles décrits par Coughlin. Les restaurants et les magasins étaient bondés. Les commerces sont florissants. Les autoroutes sont envahies par les voitures. Ce n'est pas à cela que ressemble une économie au bord de la faillite.
Ce qui fait réellement tomber les gouvernements
Coughlin fonde son argumentation sur une analogie historique. Testons-la donc à l'aune de l'histoire. Des gouvernements ont été renversés par un effondrement économique, mais l'histoire montre que cet effondrement, à lui seul, suffit rarement à les faire tomber. La tendance est constante.
En février 1917, l'inflation en temps de guerre et la pénurie de pain ont poussé les ouvriers de Petrograd à descendre dans la rue, et le tsar est tombé lorsque la garnison a refusé de tirer sur la foule. En 1789, les finances publiques françaises en faillite et les prix record du pain ont entraîné la chute de la monarchie. En Indonésie, Suharto a démissionné en 1998 après que la crise financière asiatique a détruit la roupie, déclenché des émeutes et poussé l'armée et ses propres ministres à l'abandonner. Le président argentin De la Rúa s'est enfui en hélicoptère en 2001 après qu'un gel des comptes bancaires et un défaut de paiement ont vidangé les économies des citoyens. Le président du Sri Lanka a fui le pays en 2022 après qu'un défaut de paiement a privé la nation de carburant, de nourriture et de médicaments.
Tous ces cas présentent trois points communs :
- des pénuries de produits de première nécessité que les gens ordinaires voient et ressentent,
- une inflation ou un effondrement monétaire qui supprime les salaires des soldats, des policiers et des fonctionnaires, et
- une élite au pouvoir ou une armée qui estime que le dirigeant est devenu un handicap.
Lorsque ces éléments font défaut, les régimes survivent, y compris à de graves difficultés économiques. L'hyperinflation allemande de 1923 n'a pas fait chuter la République de Weimar.
Prenons maintenant le cas de la Russie. Il n'y a ni files d'attente pour le pain ni pour le carburant à Moscou. Les services de sécurité sont payés et loyaux. Et rien ne laisse présager d'une révolte de l'élite. Les élections à la Douma viennent de s'achever sans incident. Les conditions à l'origine de la chute de gouvernements par le passé ne sont réunies.
La Russie n'est pas l'Union soviétique de 1991
L'analogie soviétique de Coughlin ne résiste pas à l'épreuve des faits. L'Union soviétique de la fin des années 1980 a été confrontée à un effondrement des cours du pétrole, à des rayons vides, à une monnaie figée et non convertible, ainsi qu'à une dette extérieure croissante. La Russie de 2026 est confrontée à la situation inverse à tous égards.
Commençons par le pétrole, que Coughlin mentionne à peine. Le mélange russe "Urals" se négocie autour de 110 dollars le baril. Le Brent, référence mondiale, s'établissait à environ 97 dollars le 1er octobre. Le brut russe se vend plus cher que le Brent, soit l'inverse des fortes décotes que les sanctions étaient censées imposer de manière permanente. Le brut acide du Golfe étant bloqué par la guerre avec l'Iran, le monde a besoin du pétrole russe.
Ensuite, examinons le bilan du gouvernement. La dette publique russe devrait s'élever à 21,7 % du PIB en 2027, soit bien moins que celle de la Grande-Bretagne. Les difficultés budgétaires de la Russie sont bien réelles : les prévisions de déficit pour 2026 ont doublé pour atteindre 3,2 % du PIB, et Moscou augmente les impôts, notamment en instaurant une nouvelle taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises métallurgiques et minières. Mais un pays dont la dette représente environ un cinquième de son économie dispose d'une marge de manœuvre en matière d'emprunt que la plupart des gouvernements occidentaux lui envieraient.
Plus important encore, les autorités russes ont montré qu'elles sont prêtes à agir. Lorsque l'inflation a menacé en 2024, la Banque de Russie a relevé son taux directeur à un niveau record de 21 % et l'a maintenu, préférant accepter un ralentissement de la croissance pour protéger le pouvoir d'achat des Russes ordinaires. Cette stratégie a porté ses fruits. L'inflation s'établissait à 6,2 % au 14 septembre, et la banque centrale a pu commencer à baisser ses taux. Ce qui est tout le contraire de la pratique soviétique de la fin de l'ère communiste consistant à imprimer de la monnaie et à dissimuler les conséquences derrière des rayons vides.
L'économie connaît une croissance lente, elle ne s'effondre pas. Le ministère du Développement économique prévoit une croissance du PIB de 0,6 % cette année, avec une hausse des revenus réels des ménages de 0,8 % et un taux de chômage à un niveau historiquement bas de 2,3 %. Coughlin affirme que les revenus des ménages sont en baisse. Les données indiquent le contraire.
Le bilan des victimes
Coughlin affirme que la Russie a enregistré 1,5 million de victimes, dont 500 000 morts. Ces chiffres proviennent d'estimations des gouvernements ukrainien et britannique, et Coughlin les présente comme étant factuels. Ils sont contredits par Mediazona, un média russe indépendant qui n'est pas favorable au Kremlin. En collaboration avec le service russe de la BBC, Mediazona a confirmé, en citant leurs noms, la mort de 258 989 militaires russes au 21 septembre. Son estimation statistique, réalisée en collaboration avec Meduza et basée sur le registre des successions russe, porte le total à environ 352 000 d'ici fin 2025. Ce sont là des chiffres bien sombres, mais ils sont largement inférieurs aux 500 000 cités par Coughlin, et ils proviennent de la source crédible la plus hostile aux Russes.
Les officiers de l'armée russe que j'ai interviewés, dont le général Apti Alaudinov, ont souligné que les tactiques russes ont été délibérément conçues pour minimiser les pertes russes, et ils estiment que cette approche a fonctionné. Je n'ai pas non plus été témoin de manifestations contre la guerre et ses victimes lors de mes visites. Une société qui aurait perdu un demi-million de jeunes hommes dans une guerre qu'elle aurait jugée injustifiée ne ressemblerait pas au Moscou que j'ai vu le mois dernier.
L'avertissement de Ratcliffe
Coughlin accorde beaucoup trop d'importance au voyage effectué en août à Moscou par le directeur de la CIA, John Ratcliffe, et à l'avertissement qu'il aurait lancé concernant un effondrement de type soviétique. Mais ce "rapport de la CIA" ne repose que sur un seul diplomate anonyme cité par la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le secrétaire d'État Rubio a par la suite qualifié ce voyage d'essentiellement routinier. Le récit anonyme de l'avertissement ne prouve pas que celui-ci soit fondé. Il prouve seulement que Washington aimerait que Moscou y croie.
Pourquoi la Russie augmente-t-elle ses dépenses ?
Coughlin pose une question légitime : si Poutine souhaite réellement mettre fin à la guerre, pourquoi augmenter les dépenses de défense de 27 % ? La réponse n'a rien à voir avec le désespoir. Comme je l'ai déjà écrit, la position de Moscou s'est durcie depuis la mi-septembre, et Poutine a clairement fait savoir que tout retour à la table des négociations ne se fera qu'aux conditions de la Russie. Un État qui s'attend à remporter une guerre d'usure et surpasse l'Europe en production d'obus, de drones et de missiles, finance la guerre qu'il a l'intention de conclure. C'est un choix stratégique, fondé sur une marge de manœuvre budgétaire dont la Grande-Bretagne elle-même ne dispose pas.
Les gouvernements tombent lorsque les citoyens ne peuvent plus acheter de pain, quand les soldats ne sont pas payés et quand les élites abandonnent leur dirigeant. Aujourd'hui, la Russie compte des restaurants pleins, des autoroutes encombrées, des soldats payés, une dette faible, une inflation en baisse et un prix du pétrole supérieur au Brent. Coughlin confond tensions budgétaires et effondrement, et présente comme des faits les estimations occidentales douteuses du nombre de victimes. L'Union soviétique s'est effondrée parce que son économie ne parvenait plus à subvenir aux besoins de sa population. D'après ce que j'ai pu constater de mes propres yeux, l'économie russe tient ses promesses.
Traduit par Spirit of Free Speech
Le colonel Wilkerson et moi-même, en compagnie de Danny Haiphong, évoquons ce qui semble être une série d'opérations sous faux pavillon :
Garland Nixon et moi-même abordons nos récents voyages en Russie et les dernières informations sur l'Iran :
Nima a révélé une information de dernière minute sur une nouvelle attaque contre un superpétrolier dans le détroit d'Ormuz :'
J'ai participé à une intervention de dernière minute avec Brandon Weichart concernant le prétendu attentat-suicide à La Mecque. En fin de compte, ce n'était qu'un fou qui hurlait des propos incohérents :
J'ai abordé plusieurs sujets avec Sulaiman, notamment la théologie :




