
Par Finian Cunningham, le 30 septembre 2026
Le projet de Trump visant à militariser l'Arctique, sous la pression des Européens, est un autre signe inquiétant parmi tant d'autres.
James Jatras, analyste chevronné de la politique étrangère américaine, explique en quoi le récent accord de sécurité conclu entre Trump et le Danemark au sujet du Groenland sert en réalité à apaiser les tensions au sein de l'OTAN.
Et à permettre au bloc militaire occidental de rester pleinement concentré sur la Russie.
La signature d'un nouvel accord de sécurité avec la Première ministre danoise Mette Frederiksen en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre, a semblé plutôt surprenante. Mme Frederiksen a été photographiée souriante aux côtés de Trump, alors qu'il y a quelques mois à peine, la dirigeante danoise et d'autres gouvernements européens dénonçaient les menaces de Trump d'annexer le Groenland.
Cette île de l'Arctique recèle d'abondantes ressources minérales inexploitées, notamment des terres rares. Trump a présenté cette annexion comme une initiative bienveillante des États-Unis destinée à assurer leur protection face à la Russie et à la Chine. Il s'était auparavant moqué des capacités de défense du Danemark, les qualifiant de "deux traîneaux à chiens".
Rappelons qu'au début de l'année, Trump a menacé de se retirer de l'OTAN si les États-Unis n'obtenaient pas le contrôle total du Groenland. Les Européens se sont alors empressés de soutenir Copenhague, et se sont engagés à envoyer des troupes au Groenland pour défendre la souveraineté danoise.
Mais avec ce nouvel accord de sécurité, toutes les critiques semblent s'être dissipées. La Première ministre danoise Frederiksen sourit comme le "chat de Cheshire", et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évidemment applaudi le renforcement renouvelé de l'OTAN.
Jatras affirme que Trump n'obtient aucun accès significatif aux vastes ressources naturelles du Groenland à la suite de ce nouvel accord. Le Danemark conserve toujours sa souveraineté sur l'île arctique, bien qu'il la décrive comme un territoire autonome sous administration groenlandaise.
Ce que Trump gagne, c'est une militarisation accrue du territoire arctique par les États-Unis, soit exactement ce que souhaitent les membres européens de l'OTAN.
Washington prévoit d'augmenter le nombre de bases militaires américaines au Groenland et d'y installer un bouclier antimissile appelé "Golden Dome". Cette militarisation risque fort d'exacerber les tensions déjà vives avec Moscou, car elle pourrait exposer davantage la Russie à une attaque nucléaire depuis un nouveau front dans l'Arctique.
Les dirigeants européens de l'OTAN n'apprécient pas Trump, note Jatras, mais ils craignent que son comportement anticonformiste ne sape l'unité de l'alliance transatlantique, qui à son tour fragilise l'agenda anti-russe.
En laissant croire à Trump qu'il exerce un contrôle accru sur la sécurité du Groenland, le Danemark et les autres faucons européens de l'OTAN renforcent l'unité d'une alliance dont la priorité absolue est d'intensifier la stratégie anti-russe, principalement matérialisée par la guerre par procuration en Ukraine.
D'autres questions sont abordées dans cet entretien : les rares efforts diplomatiques déployés à Washington depuis la fin de la Guerre froide, la duplicité de l'administration Trump qui prétend vouloir la paix avec Moscou tout en ne prenant aucune mesure pour y parvenir - bien au contraire - comme en témoignent la résiliation des traités de contrôle des armements et la militarisation de l'Arctique.
Jatras est pessimiste quant aux chances que la classe politique américaine et européenne trouve une issue aux relations de plus en plus dangereuses avec la Russie. Il considère que la seule voie possible passe par un effondrement interne total de l'Occident, suivi d'un renouvellement de la classe dirigeante.
La dynamique actuelle et l'absence de diplomatie en Occident ne mènent qu'à la guerre.
Et le projet de Trump de militariser l'Arctique, sous la pression des Européens, n'est qu'un signe inquiétant parmi tant d'autres.
Traduit par Spirit of Free Speech
