📚 05/10/2026 reseauinternational.net  6min ⁑️ 7 #328869

L'Otan, le doute se dit et la rupture ne vient pas

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par Jules Kaizen

En septembre 2026, le premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré qu'il ne voulait pas que son pays soit entraîné dans un conflit "à cause d'un quelconque article 5". Le 1er octobre, le chancelier allemand Friedrich Merz tombait à 10% d'approbation, un record historique. Entre-temps, aucune décision, aucun vote, aucun acte officiel n'a suivi ces paroles. Depuis février 2022, la solidarité atlantique se dit beaucoup, et ne se traduit toujours pas en actes.

Le doute se dit

Le 18 septembre 2026, Robert Fico s'exprime devant des étudiants en médecine, à l'hôpital universitaire de Prešov, en Slovaquie. Le premier ministre slovaque évoque l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, la clause de défense collective qui veut qu'une attaque armée contre un membre de l'OTAN soit considérée comme une attaque contre tous.

"Je ne veux pas que la Slovaquie soit partie à un conflit militaire à cause d'un quelconque article 5".

La déclaration est reprise par POLITICO Europe, Ukrainska Pravda, TASR, le Kyiv Independent. Elle provoque des réactions documentées. Petr Pavel, président tchèque et ancien président du Comité militaire de l'OTAN, réagit. Jaroslav Naď, ancien ministre slovaque de la Défense, également.

Mais après cette date, aucun acte parlementaire ou gouvernemental slovaque n'est documenté. La parole reste une parole. Elle n'engage rien.

L'électorat décroche

Le 1er octobre 2026, l'institut Infratest dimap publie son baromètre politique pour la chaîne publique ARD. Friedrich Merz, chancelier allemand en exercice, tombe à 10% de satisfaction. C'est le plus bas niveau jamais mesuré pour un chancelier depuis 1997, année où l'institut a commencé ses relevés.

Le chiffre est à comparer avec celui d'autres responsables allemands. Boris Pistorius, ministre de la Défense et membre du Parti social-démocrate (SPD), atteint 50% de satisfaction dans le même baromètre. L'écart entre les deux hommes est de 40 points.

Sur les intentions de vote, les instituts divergent. INSA, pour le quotidien Bild, donne l'Union chrétienne-démocrate et son alliée bavaroise l'Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) à 18%, et l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) à 30%. Infratest dimap pour ARD donne l'AfD à 27%. Forsa à 26%. Les chiffres ne concordent pas, et ils sont donnés ici chacun avec son institut.

Ce qui est documenté, en revanche, c'est l'absence. Aucun acte institutionnel allemand sur l'article 5 n'est venu répondre à cette chute. Pas de vote au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand. Pas de déclaration du gouvernement sur les engagements de défense collective. L'électorat décroche, le cadre institutionnel reste inchangé.

Pendant que certains doutent, d'autres pressent. En mai 2026, le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, a exhorté les alliés de l'OTAN à atteindre l'objectif de 5% du PIB dès 2030, au lieu de 2035. La Pologne, elle, y consacre déjà plus de 4% de son PIB.

L'acte qui existe, mais qui n'est pas celui qu'on croit

Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, a accordé un entretien au quotidien Il Foglio le 12 septembre 2026. Elle y explique son soutien à l'Ukraine, et pourquoi elle le maintient malgré son coût politique.

"Pour moi, au cours de ces dernières années, il aurait été plus avantageux sur le plan électoral de ne pas soutenir l'Ukraine plutôt que de le faire. Seulement, je n'ai pas soutenu l'Ukraine pour Kiev, j'ai soutenu l'Ukraine pour Rome".

C'est un acte de langage. Il recadre le soutien italien dans une logique nationale, pas dans une logique d'alliance. Et il existe un acte concret qui va dans le même sens, mais il est antérieur à cette déclaration.

Le 27 août 2026, l'Italie refuse de participer aux exercices de la Coalition des volontaires, le format de coordination des pays qui soutiennent militairement l'Ukraine, lancé à Londres en mars 2025 à l'initiative du Royaume-Uni et de la France. Ce format réunit une trentaine de pays, sans que tous participent aux mêmes niveaux d'engagement. L'Opinion du 27 août 2026 rapporte ce refus. C'est le seul acte opérationnel documenté dans la fenêtre de septembre. Il précède la déclaration du 12 septembre.

Aucun nouvel acte italien n'est documenté après le 12 septembre 2026. La déclaration de Meloni reste donc un acte de discours, et l'acte opérationnel est celui d'août.

L'empêchement mutuel

Au Caucase, deux membres de l'Alliance se neutralisent. La France bloque le partenariat OTAN avec l'Azerbaïdjan, en raison d'un désaccord bilatéral qui remonte à 2023-2024. La Turquie bloque le partenariat OTAN avec l'Arménie. L'information est rapportée par POLITICO Europe.

Le fait est établi. Deux pays membres utilisent leur veto pour empêcher un rapprochement de l'Alliance avec un partenaire du Caucase. Mais ce veto porte sur des partenariats périphériques, pas sur l'article 5. C'est un acte réel, documenté, et il ne concerne pas le cœur de l'engagement collectif.

L'empilement par défaut de confiance

La Force expéditionnaire commune (JEF, Joint Expeditionary Force) est un format de coopération militaire dirigé par le Royaume-Uni, qui rassemble des pays nordiques et baltes, ainsi que les Pays-Bas. Elle organise l'exercice Lion Protector 26 du 3 août au 12 octobre 2026, avec 10 nations participantes.

Le 2 octobre 2026, le Canada dépose formellement sa candidature pour rejoindre la JEF. La candidature est discutée à Keflavík, en Islande, où les ministres de la Défense des pays de la JEF se réunissent. Le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, est présent. Les sources sont le ministère letton de la Défense, le secrétariat de la JEF, le gouvernement britannique et le gouvernement canadien.

Le fait est que l'on empile les cadres. La JEF s'élargit. Le Canada frappe à la porte. C'est une réponse institutionnelle à un besoin de coordination. Et c'est aussi l'aveu qu'aucun cadre existant ne suffit plus.

Ce qui tient l'Alliance

Le 18 juin 2026, Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre des États-Unis, s'exprime lors d'une réunion ministérielle de l'OTAN. Il réaffirme l'engagement américain sur l'article 5, mais sous condition.

"Désormais, nos contributions annuelles à l'OTAN seront conditionnées au respect par les autres pays de leurs objectifs de dépenses de défense".

Le même jour, le retrait de 5000 soldats américains d'Europe est acté. Il s'agit d'un retour aux niveaux de présence antérieurs à 2022, avant l'invasion russe de l'Ukraine. Un réexamen de six mois est annoncé. La source est la transcription officielle du discours, publiée par le département de la Guerre américain.

Le 8 juillet 2026, le sommet d'Ankara publie une déclaration officielle qui réaffirme le principe fondateur.

"Une attaque contre l'un est une attaque contre tous".

L'engagement est réaffirmé. Il est réaffirmé sous condition de dépenses. Et il est réaffirmé au moment où des troupes américaines quittent le continent.

Le contraste slovaque

Jaroslav Naď a été ministre slovaque de la Défense de 2020 à 2023. Il dirige aujourd'hui le parti Democrats, dans l'opposition. Il a réagi à la déclaration de Robert Fico.

"C'est exactement ce que veut Poutine".

La citation est rapportée par Deutsche Welle le 23 septembre 2026. Elle vient d'un Slovaque, pas d'un observateur extérieur. Elle vient de l'intérieur du pays dont le premier ministre vient de douter publiquement de l'article 5. C'est le contraste qui compte. Le pays qui doute n'est pas un pays uni dans le doute.

Un acte suffirait à faire basculer la parole en rupture : une unité OTAN déployée en Ukraine, une frappe sous drapeau OTAN. Tant que ce pas n'est pas franchi, la solidarité tient. Parce qu'elle ne coûte rien.

La solidarité se dit en Slovaquie, en Allemagne, en Italie, en France, en Turquie. Elle se dit au Caucase, à Keflavík, à Ankara, à Bruxelles. Elle se dit à chaque sommet, à chaque réunion ministérielle, à chaque déclaration officielle. Et si elle reste verbale, qu'est-ce qui la ferait basculer ?

source :  Georisk Watch

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