📚 05/10/2026 investigaction.net  7min ⁑️ 4 #328926

La gauche et les nationalistes arabes qui soutiennent Ansar Allah au Yémen

José Antonio Egido

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Le sujet est largement occulté par les médias grand public. Au Yémen, le mouvement Ansar Allah bénéficie du soutien d'une partie de la gauche et des nationalistes arabes dans sa lutte contre les factions locales appuyées par les régimes saoudien et émirati, ainsi que contre les offensives des États-Unis et d'Israël.

L'engagement du mouvement Ansar Allah serait une histoire de religion. Elle expliquerait pourquoi ces Yéménites s'aligneraient sur l'Iran dans la guerre qui l'oppose aux États unis et Israël. Pourtant, des partis politiques ne répondant pas à ce type d'alliance religieuse soutiennent Ansar Allah. Preuve que la religion n'est pas le facteur déterminant, mais bien la lutte contre l'impérialisme. Coup d'œil sur ces partis yéménites.

Le contexte historique

Le conflit armé qui a déchiré le Parti socialiste du Yémen (PSY) en 1986 a profondément affaibli cette formation, alors à la tête du seul État arabe à s'être défini comme marxiste-léniniste : la République démocratique populaire du Yémen (RDPY). En 1990, celle-ci a accepté de s'unifier avec le Yémen du Nord.

Cette unification n'a entraîné aucune amélioration sociale ou politique pour la population. Elle s'est au contraire traduite par davantage d'oppression et d'appauvrissement, sous l'effet des réformes néolibérales imposées par le FMI et du pillage des ressources, dans le cadre d'une dictature soutenue par l'Arabie saoudite, les États-Unis, ainsi que par les forces réactionnaires d'Al-Qaïda et des "Frères musulmans".

Le mouvement d'opposition à cette dictature, apparu dans  les années 1990, s'est amplifié autour du slogan lancé en janvier 2002 par  l'homme politique et érudit islamique chiite Sayed Hussain al-Houthi : "Dieu est le plus grand ! Mort à l'Amérique ! Mort à Israël ! Malédiction sur les Juifs ! Victoire à l'islam !" Ce slogan présente un caractère idéologiquement rétrograde : il est ouvertement antijuif, et non exclusivement antisioniste.

Al-Houthi a fondé Ansar Allah, qui s'est progressivement imposé comme une force militaire et a mené six guerres entre 2004 et 2010. En janvier 2015, le mouvement - communément appelé les Houthis - a pris le contrôle de la capitale, Sanaa, ainsi que d'une partie du pays. Il a alors constitué un gouvernement d'union nationale soutenu par plusieurs partis de gauche et panarabes :

Le Front national démocratique, parti communiste

Dirigé par son secrétaire général, Nashwan Nusayr an-Nausayri,  ce parti, qui avait conduit une insurrection marxiste-léniniste dans les années 1970, a apporté son soutien au soulèvement d'Ansar Allah, baptisé "Révolution du 21 septembre". Pour des raisons de sécurité, il ne révèle pas le visage de ses dirigeants sur les réseaux sociaux.

Une fraction importante du Parti socialiste yéménite (PSY)

Une large fraction du PSY est implantée dans la capitale, Sanaa, à Taïz. C'est la troisième ville du pays, capitale culturelle et foyer historique du socialisme et des groupes de gauche du nord du Yémen. On trouve également des factions du PSY dans d'autres régions septentrionales, notamment Amran, la ville portuaire d'Al-Hodeïda, Al-Jawf et Dhamar. Ce courant a prêté allégeance à cette révolution. Réuni sous le nom de "Socialistes contre l'agression", il dénonce l'offensive menée contre le pays par des régimes arabes réactionnaires soutenus par les États-Unis. En 2016, il a organisé une  conférence générale extraordinaire du parti afin d'exclure les membres qui s'étaient rangés aux côtés du gouvernement réactionnaire et avaient fui à Riyad, la capitale saoudienne.

Des factions et des responsables locaux liés au PSY, issus des grandes confédérations tribales Hashid et Bakil - auxquelles appartiennent également les Houthis -, ont choisi d'intégrer l'administration houthie ou de conclure des accords avec elle. Dans le gouvernorat d'Ibb, certains dirigeants du PSY et du FDN ont ainsi collaboré avec les Houthis.

Ce courant du PSY occupe une place politique minoritaire, mais stratégique. Ses cadres siègent au Conseil politique suprême, au Conseil consultatif (Choura), dans les comités populaires et au sein de l'administration publique de la capitale et des gouvernorats contrôlés par le gouvernement de Sanaa. Ils sont particulièrement présents dans les secteurs de la culture, de l'éducation et des affaires sociales. Aux côtés du petit FDN, ils constituent l'aile gauche du bloc de partis yéménites qui coopèrent avec Ansar Allah et rejettent l'intervention étrangère. Ils participent également à la mobilisation de la population lors de grands rassemblements.

La figure de proue de ce courant est le  président du Comité central (CC) du PSY, Yahya Mansour Asba. Autre personnalité importante,  Sultan al-Sami Abd Rabbo al-Samei, membre éminent du comité exécutif du PSY et chef tribal influent de Taïz, a mobilisé ses partisans pour faciliter la prise de la ville par les Houthis au détriment des forces réactionnaires. Wadi Al-Aghbari, premier secrétaire du parti à Sanaa, dirige quant à lui l'appareil militant local ainsi que les structures syndicales et étudiantes. Parmi les autres responsables figurent  Anas al-Qadhi, l'un des principaux théoriciens et porte-parole du mouvement à Sanaa, issu d'une nouvelle génération de cadres marxistes-léninistes du parti, et  Aiban Mohamed al-Samei, sociologue et membre du CC chargé des relations progressistes internationales. Ce dernier a représenté le parti au IIIe Forum antifasciste organisé à Moscou par le Parti communiste de la Fédération de Russie les 24, 25 et 26 mai 2026.

L'alliance entre cette faction du PSY et Ansar Allah ne procède ni d'un rapprochement avec l'idéologie religieuse ni d'un renoncement au socialisme, à l'anti-impérialisme ou à l'expérience socialiste de la RDPY. Elle découle plutôt de leur hostilité commune envers les forces réactionnaires des Frères musulmans (le parti Islah, soutenu par le Qatar), les terroristes d'Al-Qaïda et de Daech, ainsi que l'impérialisme et Israël. Les combattants issus des tribus qui se sont ralliés aux Houthis et proviennent de la gauche du PSY ou du FDN sont qualifiés de "mutahawwithin" ("houthisés"). En 2017, cette faction a  publiquement déclaré : "Nous affirmons que cette révolution est celle de tout le peuple yéménite contre le système impérialiste et ses agents régionaux et locaux. Elle est l'héritière du mouvement national yéménite, de son projet de libération et de sa stratégie de résistance, depuis l'époque du colonialisme ottoman et britannique."

Les baasistes qui soutiennent Ansar Allah

Le Parti Baas arabe socialiste (région du Yémen), historiquement aligné sur le Baas syrien, soutient lui aussi la révolution houthie. Cette position s'inscrit dans le prolongement de l'adhésion du gouvernement syrien de Bachar el-Assad à l'"Axe de la Résistance", auquel appartient Ansar Allah. Le 21 septembre, le parti a  déclaré : "Le Parti Baas arabe socialiste (région du Yémen) a affirmé que la glorieuse révolution du 21 septembre incarnait l'indépendance et la souveraineté de la patrie, et a mis fin à des décennies de tutelle et de soumission aux puissances étrangères et aux ennemis du peuple yéménite." Son secrétaire général adjoint, Khaled al-Sabai, occupe un poste de conseiller au sein de l'appareil d'État dirigé par les Houthis.

L'Organisation de réforme populaire nassérienne

Dirigée par Mujahed al-Quhali, l'Organisation de réforme populaire nassérienne a également décidé de soutenir les "Houthis" et de rejoindre le gouvernement de salut national. En septembre 2026, elle a  salué "la victoire historique lors de la libération de Bab el-Mandeb et de la côte occidentale, soulignant que ce triomphe, obtenu par la grâce d'Allah, confirme l'essor de la démarche révolutionnaire, libératrice et unificatrice pour le Yémen".

Source: Investig'Action

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