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Le rôle militaire américain secret d'une base sur une île australienne

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par Peter Cronau

Le territoire australien des îles Cocos est en cours de transformation pour soutenir les opérations militaires américaines.

Les îles Cocos (Keeling), territoire australien, sont en train d'être préparées pour jouer un rôle majeur dans un futur conflit militaire entre les États-Unis et la Chine, comme le révèlent les plans militaires australiens et américains.

Le développement des infrastructures militaires sur ces îles s'accélère, mais le site n'a pas été officiellement désigné comme une nouvelle base militaire américaine. Au lieu de cela, les travaux de construction progressent de manière dissimulée, à travers divers projets de construction australiens, des appels d'offres militaires américains, des accords sur le déploiement des forces alliées et des aménagements portuaires commerciaux.

Le plan militaire américain concernant ces îles n'a été annoncé au public ni par un ministre australien ni par un communiqué de presse gouvernemental. L'ampleur réelle du projet a échappé aux experts en défense et en sécurité. Les premières preuves tangibles ont été mises au jour par une journaliste australienne.

En août 2024, Kirsty Needham, de l'agence de presse Reuters,  a découvert des documents militaires prouvant que l'armée américaine s'intéressait de près à ces îles australiennes :

"Un appel d'offres de l'US Navy, publié en juin pour diverses infrastructures de base dans la région indo-pacifique, mentionne les îles Cocos comme site potentiel pour un projet".

Les îles Cocos forment un minuscule atoll situé à 2800 km au nord-ouest de Perth et à 1000 km au sud de l'Indonésie. Il s'agit d'un vestige colonial dépourvu de population autochtone, intégré au territoire australien en 1958 et qui, selon le dernier recensement, compte 593 habitants.

L'Australie mène discrètement des travaux de modernisation de la piste d'atterrissage sans révéler au public que cette opération s'inscrit dans un plan militaire américain bien plus vaste visant à militariser l'île en vue d'une confrontation potentielle avec la Chine.

Le document de l'US Navy qui a révélé le plan

L'indice le plus clair concernant les véritables intentions pour les îles Cocos n'est apparu ni dans une annonce du ministère australien de la Défense, ni dans une déclaration au Parlement, ni lors d'une conférence de presse ministérielle, mais dans un document d'appel d'offres pour des  travaux de construction de l'US Navy, découvert par une journaliste.

En juin 2024, le commandement du génie des installations navales américaines pour le Pacifique (Naval Facilities Engineering Systems Command Pacific) a répertorié des travaux d'infrastructure destinés à de nouvelles installations militaires avancées, dans le cadre de ce qu'il appelle l'"Initiative de dissuasion dans le Pacifique" (Pacific Deterrence Initiative). Les sites répertoriés incluent les Philippines, le Timor oriental et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ; une partie importante du territoire australien,  les îles Cocos, figure également discrètement sur cette liste.

La Pacific Deterrence Initiative (Initiative de dissuasion dans le Pacifique) est un  projet de huit ans doté de 15 milliards de dollars américains, visant à disperser et à renforcer les infrastructures militaires américaines dans la région indo-pacifique en prévision d'un éventuel conflit avec la Chine.

Il s'agit de la plus importante dépense militaire américaine dans la région du Pacifique depuis 80 ans ; cette initiative intervient alors que les États-Unis se préparent à contrer, sur le plan militaire, la concurrence économique et l'influence croissantes de la Chine dans la région.

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Cet extrait de deux pages présente l'appel d'offres de 15 milliards de dollars américains relatif à la "Pacific Deterrence Initiative" (Initiative de dissuasion dans le Pacifique) ; il porte sur la construction d'infrastructures militaires américaines d'envergure dans la zone de responsabilité du Commandement des États-Unis pour l'Indo-Pacifique et détaille une liste de projets prévus, notamment sur les îles Cocos (Australie). (Images : Département de la Défense des États-Unis)

Il a été révélé que les îles Cocos figurent dans le programme de construction militaire américaine couvrant au moins neuf pays ; ce programme prévoit des travaux sur les pistes d'atterrissage, des quais, le dragage de ports, des installations de stockage de carburant renforcées, des routes, des hangars, ainsi que des infrastructures logistiques et autres installations de base.

Le document relatif à la "Pacific Deterrence Initiative" révèle que les États-Unis cherchent spécifiquement à utiliser les îles Cocos pour projeter leur puissance aérienne à travers l'est de l'océan Indien, via les passages maritimes de l'archipel indonésien, jusqu'en mer de Chine méridionale.

Les projets militaires américains pour les îles Cocos vont bien au-delà de la "Revue stratégique de la défense" de 2023, qui visait à moderniser les bases aériennes du nord de l'Australie. Les États-Unis semblent enfin concrétiser leur  ambition de longue date de transformer les îles Cocos en base aérienne pour leur armée. En mars 2012, le Washington Post rapportait :

"Des responsables américains et australiens ont indiqué que l'atoll pourrait constituer un site idéal non seulement pour les avions de surveillance américains avec équipage, mais aussi pour les Global Hawk, des drones de surveillance non armés opérant à haute altitude".

Ces projets semblent  contrevenir à l'engagement pris par l'Australie auprès des Nations unies de ne pas "militariser" les îles - une promesse faite pour convaincre des nations clés de soutenir le transfert de cet ancien territoire britannique sous souveraineté australienne dans les années 1950.

Il est peu probable que l'importance stratégique de la base des îles Cocos soit pleinement perçue par le grand public tant qu'elle ne sera pas devenue une base opérationnelle à part entière pour les opérations militaires américaines contre la Chine.

Cherchant à  dissimuler ce développement au public australien, un porte-parole des Forces de défense australiennes a, de manière trompeuse, occulté la réalité en déclarant en août 2024, à la suite du rapport de Reuters :

"Il n'y a actuellement aucun investissement américain aux îles Cocos".

Compte tenu de la révélation selon laquelle les investissements américains aux îles Cocos avaient déjà débuté deux mois plus tôt - avec le lancement de l'appel d'offres, chiffré à un milliard de dollars, pour la construction d'installations américaines sur l'archipel -, cette déclaration officielle était manifestement et délibérément trompeuse.

"L'arrivée des Marines"

La nature de l'utilisation militaire américaine des îles Cocos a peut-être été révélée involontairement par un porte-parole américain lorsqu'il a évoqué les projets d'infrastructures des États-Unis sur place :

"Ces projets pourraient, ou non, soutenir la force de rotation des Marines basée à Darwin".

Le  contingent de Marines américains en rotation permanente à Darwin s'est progressivement étoffé, passant d'un déploiement initial de 200 hommes en 2012 à 2500 militaires aujourd'hui. Toutefois, certains experts en défense préconisent une augmentation significative de ses effectifs et de ses capacités, envisageant un déploiement pouvant atteindre  16 000 Marines.

Avec les navires et aéronefs de soutien, un tel effectif constituerait une brigade expéditionnaire des Marines complète, forte de 20 bataillons regroupant Marines, marins et personnels navigants.

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Vue depuis le nord sur la piste des îles Cocos, avant le début des travaux de modernisation d'un demi-milliard de dollars et des grands chantiers d'infrastructure militaire américaine ; cliché pris depuis l'un des anciens avions de surveillance AP-3C Orion de la RAAF. (Photo : ministère de la Défense)

Les forces du Corps des Marines américain déployées en Australie et ailleurs dans la région Asie-Pacifique constituent un élément clé d'une politique américaine émergente visant à contrer l'ascension économique de la Chine en ciblant ses voies maritimes vitales.

Cette stratégie de blocus à distance viserait à paralyser l'économie chinoise ou à provoquer un changement de régime, sans pour autant mener une guerre totale ou une invasion. Toutefois, il est peu probable que la Chine accepte de subir cette "mort par mille entailles" ; un conflit de plus grande envergure semblerait inévitable.

La stratégie consistant à bloquer le commerce maritime chinois fait l'objet de débats ouverts et d'affinements au sein des cercles stratégiques et de défense de Washington, ainsi que parmi les principaux groupes de réflexion ("think tanks") pro-américains. La RAND Corporation, par exemple, a examiné de près les stratégies militaires permettant de vaincre la Chine, tandis que le Center for Strategic and International Studies (CSIS) a étudié les lourdes conséquences commerciales que de  tels blocus auraient pour des pays comme l'Australie.

La mise en œuvre d'un "blocus à distance" visant à intercepter les navires chinois aux points de passage maritimes stratégiques  repose largement sur les forces des Marines, selon l'analyste stratégique Brian Berletic, un ancien Marine américain spécialiste des tactiques de combat et de la planification stratégique des États-Unis. Il souligne :

"L'ensemble du Corps des Marines américain a été spécifiquement restructuré pour mener une guerre contre le trafic maritime chinois dans la région Asie-Pacifique et au-delà.

Opérant depuis des îles et des zones littorales, les Marines américains ont été transformés en une force dont la mission consiste presque exclusivement à perturber le trafic maritime chinois".

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En août, un appareil MV-22 Osprey du Corps des Marines des États-Unis, rattaché à la force de rotation des Marines à Darwin (US Marine Rotational Force Darwin), a atterri à bord du HMAS Canberra dans le cadre d'un exercice d'"entraînement à l'intégration des forces" baptisé Exercise Capital Reach (Photo : lieutenant Peter Allen ; Marine royale australienne).

L'importante force expéditionnaire de Marines américains, d'aéronefs et de navires amphibies opérant régulièrement depuis Darwin utiliserait à coup sûr la vaste piste d'atterrissage et les nouvelles installations portuaires - ainsi que les nouvelles infrastructures militaires américaines en construction aux îles Cocos - comme "soutien à la force de rotation des Marines à Darwin" et comme point de déploiement avancé en cas de conflit avec la Chine.

Un demi-milliard de dollars pour "une piste d'atterrissage"

Les plans initiaux de modernisation de la piste de  l'aéroport civil, situé sur West Island (l'île principale de l'archipel des Cocos), ont été annoncés par le gouvernement australien en janvier 2020.

Un contrat de 184 millions de dollars a été signé avec le ministère de la Défense pour élargir et renforcer la piste civile de l'île, afin de "soutenir les avions de surveillance maritime et d'intervention P-8A Poseidon ainsi que d'autres opérations aériennes". L'achèvement des travaux était prévu pour la mi-2023.

Comme c'est souvent le cas, les intentions du ministère de la Défense sont dévoilées par étapes successives.

Au-delà de l'élargissement et du renforcement initiaux de la piste, un projet d'une tout autre envergure a été annoncé en janvier 2023. Le coût estimé du projet global  a explosé pour atteindre la somme considérable de 568 millions de dollars, soit trois fois le montant initial. Le ministère de la Défense explique cette hausse par une extension de la portée du projet visant à allonger la piste.

Les nouvelles exigences militaires concernant la piste ont évolué ; un prolongement de 150 mètres s'est avéré nécessaire pour permettre aux avions P-8A Poseidon de décoller avec le plein de carburant et une charge d'armement maximale. Le projet prévoit également l'agrandissement des aires de stationnement des avions et la modernisation des installations de stockage de carburant.

Le quai de construction temporaire, situé au port de Rumah Baru sur West Island et destiné au déchargement des matériaux de chantier, a été agrandi. Un quai permanent et des installations de soutien sont actuellement en construction dans ce port afin de permettre le débarquement d'importantes quantités de matériel, de carburant, d'équipements de maintenance, de pièces détachées, de véhicules terrestres et de personnel.

L'ampleur réelle du projet américain "Pacific Deterrence Initiative" (Initiative de dissuasion dans le Pacifique) concernant les îles Cocos est maintenue dans le plus grand secret par les deux gouvernements. Parallèlement, alors que des milliards doivent être investis dans les nouvelles installations de la base militaire, les habitants des îles se méfient des projets du gouvernement fédéral  visant à déplacer une grande partie des 600 résidents de l'archipel, officiellement en raison du coût des mesures d'adaptation à la hausse du niveau de la mer prévue sous l'effet du changement climatique.

Le projet de développement militaire des îles Cocos, dont le coût pourrait atteindre le milliard de dollars, est suspendu à l'achèvement par l'Australie des travaux d'agrandissement de la piste ; ces travaux, qui ont pris du retard, devraient s'achever en 2029. Les opérations de l'armée américaine doivent débuter peu après.

La base aérienne de lutte anti-sous-marine

Le ministère de la Défense indique que le P-8A Poseidon de la RAAF (Royal Australian Air Force), avion de lutte anti-sous-marine, sera le principal appareil à utiliser la piste modernisée des îles Cocos, aux côtés des nouveaux drones de surveillance sans pilote Triton MQ-4C. Il s'agit d'aéronefs de combat aux capacités exceptionnelles.

Le P-8A Poseidon est largement utilisé dans le monde par l'US Air Force (USAF) et vient d'être acquis par la RAAF. Lorsqu'il est utilisé par ses alliés comme l'Australie, l'USAF  le décrit comme un "multiplicateur de force mondial".

Les avions et les drones basés aux Cocos se complètent dans les missions de surveillance mondiale et de combat. Les  drones MQ-4C effectuent des missions de surveillance maritime à grande échelle et d'acquisition de cibles à haute altitude depuis l'Australie, pouvant les mener à de très grandes distances au-dessus de la Chine, de la Russie, de l'Afrique et du Moyen-Orient.

Dotés d'une autonomie de plus de 15 000 km et volant à une altitude de 15 km, ces appareils peuvent mener des missions de plus de 24 heures. La RAAF exploite actuellement trois de ces MQ-4C Triton - sur une flotte prévue de sept appareils - depuis la base aérienne de Tindal, dans le Territoire du Nord.

Le P-8A Poseidon, avec son équipage, assure des missions de renseignement et de reconnaissance à plus basse altitude ; la RAAF qualifie ces opérations de "surveillance maritime", un terme à la connotation anodine que le grand public associe davantage à la détection de navires de passeurs de migrants ou à la lutte contre la pêche illégale.

La réalité est bien différente : le P-8A Poseidon est un redoutable chasseur de sous-marins et une plateforme d'attaque antinavire extrêmement puissante. Le projet de baser ces appareils aux îles Cocos se précise.

Grâce à un rayon d'action supérieur à 2000 kilomètres, ils peuvent traquer et cibler des navires sur toute l'étendue du détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l'Indonésie. Ce détroit constitue un point de passage stratégique pour environ 25% du commerce maritime mondial et pour 80% des importations de pétrole de la Chine.

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Les îles Cocos (Australie) sont situées à 2800 km au nord-ouest de Perth et à 1000 km au sud de l'Indonésie, ce qui en fait un point stratégique pour les forces souhaitant intercepter le trafic maritime chinois transitant par le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l'Indonésie. (Graphique : avec l'aimable autorisation d'ABC et de Declassified Australia)

Le Poseidon remplit une mission dite ISTAR : renseignement, surveillance, acquisition de cibles et reconnaissance. Il est doté de radars, de capteurs acoustiques, d'équipements de surveillance électronique et de 129 sonobouées de détection sous-marine, capables d'identifier et de suivre des navires de guerre ainsi que des sous-marins, tout en générant des données de ciblage.

L'appareil est armé pour attaquer ces cibles grâce à quatre missiles de croisière antinavires Harpoon montés sous les ailes et cinq torpilles anti-sous-marines MK-54 logées dans des soutes internes. Les 128 Poseidon de l'USAF et les 14 appareils de la RAAF font actuellement l'objet de modernisations visant à leur permettre d'emporter des armements à longue portée encore plus perfectionnés.

Ils seront équipés de deux nouveaux missiles : le AGM-158C LRASM (Long Range Anti-Ship Missile) de Lockheed Martin, doté de capacités autonomes (IA), et le missile supersonique antiradar AGM-88G AARGM-ER (Advanced Anti-Radiation Guided Missile - Extended Range) de Northrop Grumman. Chacun de ces missiles permettra de doubler la portée de l'arsenal actuel de l'appareil, la portant à 300 kilomètres.

Cet armement confère au P-8A Poseidon une capacité offensive bien plus redoutable que ne le laisse supposer la description anodine de "surveillance maritime" avancée par le ministère de la Défense.

L'essor du rôle militaire des îles Cocos

De nouveaux travaux de modernisation sont en cours sur l'aérodrome des îles Cocos afin de permettre aux avions de guerre électronique et de gestion du combat d'y mener leurs opérations.

En février 2023, le ministère de la Défense a annoncé un projet de 22 millions de dollars visant à transformer les îles Cocos en " base opérationnelle avancée" pour le soutien à la guerre électronique. Les travaux comprennent la construction d'un centre d'opérations aériennes et de planification de mission, ainsi que d'un hub sécurisé de données et de communications assurant la liaison avec la base principale de RAAF Edinburgh, en Australie-Méridionale.

Grâce à ces capacités opérationnelles et de traitement des données renforcées, la base aérienne des Cocos accueillera quatre avions MC-55A Peregrine récemment acquis, destinés aux missions ISREW (renseignement, surveillance, reconnaissance et guerre électronique). Ces appareils interceptent et analysent les communications électroniques ainsi que les signaux de données ; ils servent à cibler les systèmes radar hostiles et autres menaces, tout en s'intégrant dans un réseau fluide de partage d'informations avec les forces aériennes et militaires alliées.

Les capacités de surveillance aérienne de l'avion MC-55A Peregrine surpassent celles de la station terrestre de réception radio exploitée par l'Australian Signals Directorate (ASD) à l'extrémité sud de West Island depuis les années 1990.

Signalé pour la  première fois par le journaliste Philip Dorling en 2013, ce poste d'écoute intercepte des signaux et du trafic radio en provenance de pays asiatiques, notamment les communications des forces navales, aériennes et militaires indonésiennes. L'installation est pilotée à distance depuis le quartier général de l'ASD à Russell Hill, Canberra.

La "base d'opérations avancée" modernisée des îles Cocos accueillera également l'avion E-7A Wedgetail de la RAAF, un appareil aux capacités exceptionnelles utilisé pour la surveillance électronique, la gestion complexe du combat, le suivi aérien et la coordination radar en situation de conflit réel.

Cet avion a fait ses preuves au combat, ayant déjà été déployé en soutien aux États-Unis et à l'OTAN lors d'opérations en Europe et au Moyen-Orient.

Deux appareils ont été déployés en mars dernier pour soutenir les Émirats arabes unis dans le cadre de la guerre d'agression américaine contre l'Iran, et en Pologne l'année précédente pour aider l'Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Grâce à la modernisation de la base des îles Cocos pour des "opérations avancées", ces avions seront certainement engagés dans tout conflit opposant les États-Unis à la Chine.

Accroître le rayon d'action des bombardiers américains

L'utilisation accrue de l'aérodrome par des avions ravitailleurs militaires constitue une autre raison majeure des travaux actuellement menés sur la piste.

Les avions ravitailleurs opérant depuis la base aérienne des îles Cocos permettront de porter le rayon d'action au combat des chasseurs australiens F-35A Lightning II de 1000 km (limite pour la défense du territoire national) à plus de 1500 km, couvrant ainsi largement les points de passage stratégiques de la mer de Chine méridionale.

Les travaux de renforcement de la piste aux îles Cocos visent spécifiquement à permettre l'exploitation d'avions ravitailleurs très lourds, pouvant atteindre un poids de 233 000 kg à pleine charge. L'Australie dispose de sept avions ravitailleurs KC-30A, tandis que les États-Unis en possèdent plus de 400, dont un grand nombre opère par rotation depuis leurs 15 principales bases aériennes de la région Asie-Pacifique.

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Le renforcement de la piste de la base aérienne des îles Cocos permettra spécifiquement d'accueillir de lourds avions ravitailleurs en vol, susceptibles de soutenir des missions de bombardement au plus profond du territoire chinois. On voit ici un bombardier américain B-52H Stratofortress à long rayon d'action et à capacité nucléaire en train de ravitailler auprès d'un KC-135 Stratotanker américain. (Photo : US Air Force)

La construction d'une base opérationnelle américaine à l'aéroport de Darwin, destinée aux avions ravitailleurs KC et à six bombardiers nucléaires à long rayon d'action B-52, est actuellement en cours. Ces appareils viendront s'ajouter aux six bombardiers B-52 américains qui opèrent depuis la base de la RAAF de Tindal.

Pour ravitailler ces appareils ainsi que d'autres en vol, l'US Air Force a déployé jusqu'à 12 de ses avions  KC-46A Pegasus et  KC-135 Stratotanker sur les bases de la RAAF de Darwin et de Tindal lors d'exercices prolongés.

La modernisation de la piste des îles Cocos - avec un revêtement renforcé pour supporter le poids des gros avions ravitailleurs - permettra un "déploiement avancé" bien plus important des avions et ravitailleurs de l'USAF, étendant ainsi le rayon d'action de leurs appareils militaires en route pour des missions létales lors d'un conflit dans les mers situées au nord.

Ces projets - incluant la rénovation de la piste (un chantier colossal de 500 millions de dollars), la construction d'un quai permanent et le développement des infrastructures de la base aérienne, ainsi que l'extension prévue dans le cadre de l'initiative américaine de dissuasion dans le Pacifique (Pacific Deterrence Initiative) - transformeront les îles Cocos : d'un aérodrome civil limité à un usage militaire occasionnel, elles deviendront une base d'opérations avancée soutenant une présence militaire bien plus vaste.

La base élargie des îles Cocos constituera un  atout géographique "critique" pour les États-Unis dans leur stratégie de dissuasion et de pression à l'encontre de la Chine, selon Darshana Baruah, experte en sécurité maritime à l'Australia India Institute :

"La position stratégique des îles Cocos, situées à proximité immédiate tant du détroit de Malacca que des approches septentrionales de l'Australie, leur confère d'immenses avantages géostratégiques".

Le contrôle des points de passage maritimes stratégiques - en particulier les voies de transport de pétrole et de gaz - s'est révélé être une stratégie offensive cruciale lors de la guerre d'agression menée par les États-Unis contre l'Iran.

Les preuves du développement d'installations militaires avancées sur les îles Cocos indiquent qu'elles joueront un rôle de premier plan en première ligne d'une future guerre contre la Chine.

source :  Consortium News via  Marie Claire Tellier

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