🧠 06/10/2026 euro-synergies.hautetfort.com  6min ⁑️ 8 #329022

La dissonance cognitive comme mécanisme de contrôle

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Mattias Forsgren

Source:  mattiasforsgren.substack.com

Lorsqu'une catastrophe annoncée ne se produit pas, il arrive quelque chose d'inattendu aux convictions des gens. C'est précisément ce que le psychologue social américain Leon Festinger et ses collègues découvrirent en 1954 lorsqu'ils infiltrèrent une petite secte apocalyptique du Minnesota.

Le groupe croyait qu'une immense inondation ravagerait la Terre le 21 décembre et que des extraterrestres sauveraient les croyants. Lorsque rien ne se produisit, les membres ne furent pas désillusionnés - ils devinrent encore plus convaincus. Ils se mirent à recruter de nouveaux adeptes avec une énergie renouvelée et élaborèrent de nouvelles explications pour justifier le fait que la prophétie ne s'était pas réalisée.

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Dans l'ouvrage classique When Prophecy Fails (1956), Festinger montra que la dissonance cognitive - le malaise psychologique qui survient lorsque la réalité entre en conflit avec une conviction profondément ancrée - n'est souvent pas surmontée en abandonnant cette conviction. Au contraire, l'être humain gère ce malaise en renforçant sa croyance, en rationalisant l'échec et en accroissant son engagement.

Ce mécanisme s'est par la suite révélé extrêmement utile bien au-delà des petites sectes religieuses. Dès les années 1920, des théoriciens de la propagande tels que Harold Lasswell et Edward Bernays expliquaient comment exploiter les tensions psychologiques internes, l'ambivalence et le besoin d'harmonie mentale des individus afin d'orienter l'opinion publique dans les sociétés dites démocratiques.

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Lasswell définissait la propagande comme « la gestion des attitudes collectives par la manipulation de symboles significatifs ». Bernays allait encore plus loin et décrivait un « gouvernement invisible » qui façonne le consentement en exploitant des motivations et des émotions inconscientes. Steven Hassan a montré par la suite comment le gaslighting (*), en provoquant une dissonance cognitive, était devenu une technique centrale aussi bien dans les sectes que dans les opérations politiques d'influence de masse.

Aujourd'hui, nous voyons cette technique employée avec Vladimir Poutine dans le rôle principal. Les médias et les faiseurs d'opinion occidentaux présentent un récit contradictoire qui porte toutes les marques d'un produit délibérément construit à partir des méthodes développées pour diriger la «démocratie». D'un côté, Poutine est un homme mourant: cancer, maladie de Parkinson, accident vasculaire cérébral, sosies et « seulement quelques mois à vivre » font régulièrement les gros titres depuis plus d'une décennie. De l'autre, Poutine constitue une menace apocalyptique qui serait actuellement en train de conquérir l'Europe, de manipuler les élections occidentales et de représenter la plus grande menace pour la civilisation depuis les années 1930.

Lorsque Poutine réapparaît vivant et prend la parole après la dernière prédiction de sa mort, le récit ne disparaît pas. Il est immédiatement reformulé: «Il est faible, mais c'est précisément pour cette raison qu'il est plus dangereux que jamais». Le verdict de mort n'est pas considéré comme la preuve d'une couverture médiatique erronée, mais comme une raison supplémentaire d'agir immédiatement. La dissonance entre le «dictateur faible et décadent» et la «menace mondiale toute-puissante» est surmontée en liant encore plus étroitement le public au message général: la Russie constitue une menace existentielle qui exige des sanctions, des livraisons d'armes, des budgets de défense élevés et de la méfiance envers toute voix critique.

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Il s'agit d'une forme sophistiquée de gaslighting collectif. Le lecteur doit porter cette contradiction en lui et apprend à gérer la tension en acceptant la ligne politique qui en découle. Comme dans la secte étudiée par Festinger, l'investissement dans le récit - en temps, en identité et en conviction morale - devient si important qu'il est psychologiquement coûteux de l'abandonner.

Les techniques décrites par Lasswell, Bernays et, plus tard, Hassan sont ici systématisées: créer une dissonance, présenter la solution politique comme la seule issue possible et stigmatiser ceux qui refusent de jouer le jeu.

Cette prophétie concernant Poutine est flexible et éternelle: elle ne peut jamais être entièrement réfutée. Pendant que nous attendons le prochain gros titre annonçant sa mort ou la prochaine «invasion», le mécanisme continue de remplir sa fonction: nous maintenir engagés, effrayés et fidèles au cadre mis en place pour diriger la «démocratie» moderne.

Il est peut-être grand temps de nous demander: qui profite réellement du fait que nous ne soyons jamais autorisés à quitter la secte apocalyptique?

Permettez-moi, dans ce contexte, de rappeler l'excellent article de Kamal El Salim paru dans le quatrième numéro de Parabol en 2024:

- « Après avoir examiné 671 unes - aussi bien ce que l'on appelle l'"etta", c'est-à-dire l'information principale de la page, que ce que l'on appelle le "puff", une accroche -, le résultat est clair. Sur 586 d'entre elles, soit pas moins de 87%, le président russe Vladimir Poutine est mentionné.

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- 174 unes affirment que Poutine perdra la guerre. En voici quelques exemples: "Trois experts de la Russie: cela pourrait être la fin de Poutine", "Magnus Falkehed: c'est le début de la fin pour Poutine", "Mats Larsson: LA NOUVELLE LOI MONTRE LE DÉSESPOIR DE POUTINE" et "Un expert: POUTINE PEUT TOMBER À TOUT MOMENT".

- Ces prédictions se sont succédé pendant toute la durée de la guerre, sans qu'aucune d'entre elles ne se réalise.

- 23 unes affirment que Poutine souffre d'une maladie grave ou de troubles mentaux.

- 121 titres présentent Poutine comme une menace pour la Suède, souvent en associant cette menace à l'OTAN dans le rôle du sauveur. »

Cf. :  parabol.press

Personne n'échappe aux manchettes !

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Note:

(*) Le gaslighting consiste à manipuler délibérément et systématiquement une autre personne afin de l'amener à douter de sa propre perception de la réalité, de sa mémoire et de sa raison. Il s'agit d'une forme de violence psychologique dont le but est de créer de la confusion et de l'incertitude afin d'exercer un contrôle. Le terme est tiré du célèbre film Gaslight (Hantise) de 1944. Dans ce film, un mari manipule sa femme, notamment en diminuant l'intensité de l'éclairage au gaz dans leur maison, puis en affirmant qu'elle ne fait qu'imaginer les choses lorsqu'elle lui fait remarquer que la lumière faiblit.

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