Komla YAWO
Plus de 20 chefs d'État et représentants de gouvernements africains se sont retrouvés du 2 au 4 octobre 2026 à New Alamein, en Égypte, pour le premier Alamein Africa Forum. L'ambition est de rapprocher les dirigeants politiques du secteur privé et des institutions financières afin de transformer les grandes priorités du continent en projets financés, exécutés et capables de créer des emplois.
Organisé avec l'Union africaine, l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD) et la Banque africaine d'import-export (Afreximbank), le forum doit désormais se tenir tous les deux ans en Égypte. Il ne s'agit donc pas simplement d'un nouveau sommet africain, mais de la création d'une plateforme permanente consacrée à l'investissement, au commerce et à l'intégration économique.
Le véritable enjeu, financer les projets africains
L'Afrique ne manque ni de plans de développement ni de programmes continentaux. Agenda 2063, Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAf), corridors régionaux ou stratégies d'industrialisation dessinent depuis plusieurs années les contours d'une transformation économique du continent.
Le problème se situe davantage dans leur mise en œuvre. De nombreux projets restent à l'étape des annonces faute de financement, de préparation technique ou de garanties suffisantes pour attirer les investisseurs privés.
C'est précisément cette faiblesse que le Alamein Africa Forum cherche à corriger. Les discussions portent notamment sur les mécanismes permettant de transformer des projets en opportunités "bancables", susceptibles d'attirer les banques, les fonds d'investissement et les entreprises. Le forum veut également développer le financement mixte, les garanties et les instruments permettant de réduire les risques liés aux investissements africains.
Une déclaration adoptée à Alamein prévoit notamment la création d'une plateforme d'investissement Alamein destinée à consolider les engagements du secteur privé et à suivre leur évolution. Il s'agit de mesurer périodiquement ce qui a réellement été investi et quels projets sont parvenus jusqu'au financement effectif.
Commerce, énergie, minerais; produire davantage en Afrique
L'autre grande question posée à Alamein concerne le modèle économique du continent. L'Afrique exporte encore une importante partie de ses matières premières sans suffisamment les transformer localement. Parallèlement, elle continue d'importer des produits qu'elle pourrait fabriquer elle-même, notamment dans l'agroalimentaire, la santé et l'industrie.
Le forum veut donc accélérer le passage d'une économie d'exportation de matières premières à une économie davantage fondée sur la transformation et la création de valeur.
Les discussions couvrent ainsi l'agriculture, l'énergie, les infrastructures, la santé, les minerais critiques, l'industrie automobile, le numérique et les nouvelles technologies. Une attention particulière est accordée aux corridors de transport et aux infrastructures capables de relier les marchés africains et de faciliter le commerce transfrontalier.
La ZLECAf apparaît ici comme un levier central. Pour que le marché continental fonctionne réellement, les dirigeants doivent encore résoudre plusieurs obstacles notamment les procédures douanières, normes, paiements transfrontaliers, logistique et circulation des marchandises.
L'enjeu dépasse donc le simple développement du commerce. Il s'agit de créer un marché suffisamment intégré pour donner aux entreprises africaines une taille critique et rendre les investissements industriels plus rentables.
De la diplomatie des sommets à la diplomatie économique
C'est probablement la dimension la plus importante du Alamein Africa Forum. L'Afrique organise régulièrement des sommets au cours desquels sont adoptées des déclarations ambitieuses. Mais leur impact est souvent difficile à mesurer.
À Alamein, les organisateurs veulent introduire une autre culture, celle du suivi, de l'investissement et des résultats. L'Union africaine a d'ailleurs insisté sur la nécessité de passer de "l'ambition à la mise en œuvre".
La déclaration d'Alamein prévoit ainsi une série d'objectifs mesurables, c'est à dire la constitution d'un portefeuille de projets prêts à recevoir des financements, création d'un mécanisme continental en faveur des PME et des chaînes de valeur, ainsi que la mise en place d'instruments africains de réduction des risques et de financement mixte.
Le pari est donc double. Il s'agit d'abord de mobiliser davantage de capitaux africains et étrangers. Mais il faut également convaincre les investisseurs que le continent peut offrir des projets suffisamment préparés, des marchés intégrés et un environnement réglementaire plus prévisible.
L'intérêt stratégique du Alamein Africa Forum se trouve finalement là. Si cette rencontre parvient à transformer les déclarations en projets effectivement financés, elle pourrait devenir un rendez-vous majeur de la diplomatie économique africaine. Dans le cas contraire, elle risque de rejoindre la longue liste des forums continentaux dont les promesses restent sans lendemain.
