Téhéran remet en question la réaction de la France face aux manifestations lycéennes qui secouent le pays et dénonce le double discours du gouvernement français en matière de droits de l'homme.
Dans une publication sur X mardi 6 octobre, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a évoqué la violente répression des manifestations lycéennes par les forces de l'ordre françaises ainsi que l'approche divergente du gouvernement français en matière de droits de l'homme.
Paris, a-t-il noté, avait évoqué en janvier 2026, la nécessité de respecter "le droit de manifester pacifiquement sans crainte de représailles" et avait appelé le gouvernement iranien à la retenue à l'égard des manifestants.
"Les autorités françaises avaient même évoqué un"soulèvement pacifique", tout en étant conscientes des appels à l'émeute et à la violence lancés depuis l'étranger, ainsi que des informations faisant état d'attaques armées contre des postes de police et les forces de sécurité en Iran", lit-on dans le message.
"Aujourd'hui, en France, les manifestations de lycéens sont décrites comme des"violences urbaines". Le ministre de l'Intérieur semble beaucoup moins enclin à la retenue et appelle à une intervention rapide et à l'usage de la force pour rétablir l'ordre", a-t-il écrit.
Il a également déclaré que le gouvernement français attribuait ces troubles à une "manipulation politique" et à l'implication de groupes d'extrême gauche.
"Il est évident que les violences contre la police, les incendies volontaires et les dégradations de biens publics ne peuvent être justifiés, et que l'État a le devoir de maintenir et de rétablir la paix et l'ordre public", a affirmé le diplomate iranien.
"Si les droits de l'homme et le droit de manifester sont des principes, ils ne devraient pas varier en fonction de la localisation géographique des manifestants", a-t-il soutenu.
Les mobilisations lycéennes en France sont entrées mardi dans leur quatorzième journée.
Une trentaine de rassemblements ont été organisés sur l'ensemble du territoire à l'occasion de "l'acte III" du mouvement lycéen. Les cortèges ont réuni 86 000 personnes selon la police, 260 000 selon la CGT, au niveau national, avant la manifestation parisienne cet après-midi.
Cette nouvelle journée d'action vise à maintenir la pression sur le gouvernement après plusieurs jours de contestation marqués par de vifs affrontements et un bilan sécuritaire important.
Ces rassemblements, motivés par les conditions précaires dans les établissements scolaires, la dégradation des infrastructures éducatives et la pénurie d'enseignants, ont suscité une réponse policière violente. Depuis le début du mouvement de contestation des lycéens, l'Inspection générale de la police nationale a été saisie de plusieurs enquêtes, après que des jeunes ont été gravement blessés lors de heurts avec les forces de l'ordre.
Dix enquêtes sur des cas de violences policières sont actuellement en cours à la suite de blessures causées par l'usage d'armes par la police française lors des manifestations. Main arrachée, perte de l'usage d'un œil, "mâchoire scellée" : plusieurs jeunes ont été gravement blessés à la suite d'interventions des forces de l'ordre.
Parmi les faits qui doivent être éclaircis : les circonstances dans lesquelles un adolescent de 14 ans a été grièvement blessé au visage par un tir de lanceur de grenade policier, le 28 septembre, en marge d'une mobilisation devant un lycée de Saint-Ouen-l'Aumône. Mais aussi celles où un élève de 15 ans a eu la main arrachée, lundi 5 octobre, à Lens (Pas-de-Calais).
Né devant un établissement scolaire d'une banlieue parisienne défavorisée, ce mouvement de contestation d'une ampleur inédite s'est rapidement étendu à l'ensemble de la France, prenant le gouvernement de court.
Des centaines de lycées ont été bloqués et contraints de fermer leurs portes alors que les élèves manifestent contre le manque d'enseignants, la vétusté des bâtiments scolaires et la surpopulation des classes. Des élèves se sont également plaints de températures insupportables dans les salles de classe lors des vagues de chaleur survenues plus tôt cette année.
Selon le ministère français de la Justice, 5 060 personnes ont été interpellées depuis le début du mouvement. Parmi eux, 87 % sont mineurs. Plus de 1 800 personnes ont fait l'objet de poursuites, dont 1 483 mineurs, sans que le ministère ne précise les infractions reprochées.
À ce stade, 790 dossiers ont été classés sans suite, tandis que le gouvernement français a fait savoir que 24 établissements scolaires avaient été incendiés ou saccagés.
Ces troubles se déroulent dans un contexte marqué par des inquiétudes croissantes face à la hausse du coût de la vie. L'inflation a atteint 2,4 % en glissement annuel en août, tandis que la forte progression des prix de l'énergie continue d'accentuer la pression sur les ménages les plus modestes.
Le mouvement de contestation a également pris une dimension politique, alors que l'élection présidentielle française approche à grands pas. Le gouvernement a accusé le parti de la gauche radicale "La France insoumise" (LFI) d'encourager cette mobilisation.
